Spectacles
Le best of spectacles 2020

Le best of spectacles 2020

09 décembre 2020 | PAR La Rédaction

Entre deux confinements, nous avons pu voir des spectacles, parfois en étant seulement quelques happy few dans des salles vides face à des plateaux pleins. Retour sur une année très étrange.

Amélie

Mon coup de cœur absolu de 2020 c’est Splendid’s d’Arthur Nauzyciel. Une version pour zoom de sa mise en scène de ce texte de Jean Genet, qui raconte les derniers jours de condamnés enfermés. Pour la première fois depuis longtemps le virtuel était charnel. Mais si je joue le jeu vraiment, et que je remonte à un temps qui me paraît ancestral, je dois retourner dans la Maison de Christian Rizzo, dernier chef-d’œuvre avant l’effondrement. Un 27 février où tous à Chaillot, dans une salle pleine, et les visages libres nous ne voulions rien savoir alors que le chorégraphe en faisant danser les morts, avait tout prévu.  Ensuite, il a fallu patienter et voir et revoir des captations à la façon d’un historien qui fouille des archives. Et puis, le Théâtre de la Ville nous a offert une nuit folle ce 22 juin 2020 en convoquant Dante et Ionesco jusqu’au petit jour.  Quelques jours après, je me rendais à Vidy, dans le théâtre Suisse que dirige Vincent Baudriller pour la bombe sensible de Stefan Kaegi, Boîte Noire, un spectacle pour un spectateur dans un théâtre fantôme. Une folie. Et puis je suis entrée comme tous dans l’entre-deux. Le temps des spectacles possibles, mais distanciés et masqués.  Deux restent vraiment. La fascinante performance identitaire de Marcus Lindeen et la mise à mort du patriarcat par Pascal Rambert.  Je termine cette drôle de sélection par un spectacle vu en janvier 2020.  Nous campons sur les rives d’Hubert Colas où la fête et le sexe s’effaçaient dans un précipité de lumière qui aurait dû m’alerter sur l’idée que le pire avait de l’avenir.

Geoffrey

Une année aux très nombreux lieux fermés, mais toujours autant d’exigence côté envies de spectateur de théâtre ? Résultat : peu de propositions artistiques présentes dans ce classement personnel au final. Un seul, pour ainsi dire. Hélas, le spectacle écrit par Nicole Génovèse et mis en scène par Claude Vanessa, présenté au Théâtre de la Tempête, à Vincennes. Une œuvre pour la scène fonctionnant sur un principe de répétition, cadrant un déjeuner familial en grossissant ses micro-accidents, ses blancs, ses absences, sa mécanique grippée… Où étions-nous ? Dans un vivarium ? Un au-delà ? Sur une scène où se jouait un vaudeville commenté en direct ? Dans une conférence scientifique sur la société actuelle ? Un meeting politique ?… L’abstrait, le social, le burlesque, et bien d’autres choses encore, réunis dans ce spectacle original, déroutant et hilarant. Ces deux dernières qualités restant extrêmement ardues à mêler. Avec une équipe magnifique, à découvrir ici, au sein de laquelle on remercie grandement chaque membre.

David 

L’année 2020 fut une étrange année pour le théâtre ; elle fut marquée par quelques spectacles importants, et beaucoup de faux départs qu’une reprise en 2021 viendra, nous l’espérons, sauver. Plusieurs créations planifiées sont ainsi reprogrammées. Toutefois, à la suite de la fermeture des frontières, les spectacles étrangers prévus ne seront jamais vus. Les mesures gouvernementales en une crypto-nationalisation ont préservé le secteur cependant que l’arrêt des représentations nous a fait perdre pour toujours des pièces qui ne verront jamais le jour. Pour ajouter à notre peine, cette année aura connu le départ prématuré de Wladimir Yordanoff

Toutefois, l’année emporta quelques enthousiasmes. Les théâtres nationaux et plusieurs Centres Dramatiques ont proposé des captations gratuites de leur répertoire durant les deux confinements. Nous avons pu découvrir ou redécouvrir le travail du metteur en scène, directeur de l’Odéon Stéphane Braunschweig, ou celui du metteur en scène Jacques Vincey. Eric Ruf a lancé une chaîne en direct et le public a vérifié la force et la puissance de la troupe de la Comédie Française. Deux festivals essentiels ont eu lieu : L’indispensable Mousson d’été du pétillant Michel Didym qui a confirmé encore son dynamisme et sa force créatrice, ainsi que le Fab de Bordeaux.

Dans la liste des bonnes nouvelles, l’année 2020 sera la consécration de Léna Bréban qui monte à partir du 15 décembre Sans Famille dans la salle du vieux Colombier.

Nous aurons retenu de cette année étrange quatre pièces chocs : L’innovante adaptation de Mademoiselle Julie, Meurtre d’âme par Moni Grégo d’après Mademoiselle Julie d’August Strindberg ; l’inoubliable Bérénice mise en scène par Robin Renucci, Les Serpents de Marie Ndiaye, choc esthétique et littéraire mis en scène de Jacques Vincey. Enfin ajoutons à ces trois pièces à revoir en 2021, la pièce Fièvres, généalogie d’une insurrection de Kheireddine Lardjam, une pièce intelligente et audacieuse.

Paul

L’annus horribilis 2020 a été pour nous tous l’année de l’éloignement contraint des salles de spectacles. Au-delà des « meilleurs spectacles », j’ai plus envie de distinguer les « spectacles les plus extraordinaires » parce qu’il fallait y croire pour y aller et qu’y arriver était un sentiment merveilleux. Avant la mi-mars, le train-train nous apportait son lot de plaisirs même si l’Opéra de Paris était déjà dans les choux pour cause de grève contre la réforme des retraites. À l’étranger, c’était un Roméo et Juliette porté à coups de testostérone magique par un Vittorio Grigolo déchaîné, une Turandot par une Anna Netrebko sidérale ; il y eut aussi un passionnant voyage chez Bartok par Katie Mitchell et un Falstaff grotesque et génial par Bieito et Maestri ; À Paris, le roi Alagna nous enchantait au Théâtre des Champs-Élysées en interprétant le grand Caruso.

On n’était pas encore sûr, lors d’un beau week-end dans le sud, illuminé par une Dame de Pique formidable et un Pirate où Pirozzi côtoyait les sommets, de la catastrophe qui s’annonçait. Lorsqu’on était en approche du désastre, je me précipitais au théâtre, le 12 mars, pour des magnifiques Sorcières de Salem à l’Espace Cardin, et, le 14 (à la toute dernière séance) au cinéma pour la réjouissante Bonne épouse.

Puis rideau !

La rentrée fut sonnée, en juin, de manière horrifiquement réjouissante à l’Opéra comique puis avec un concert dirigé par Klaus Makela à la Philharmonie, beau à en pleurer. Les festivals d’été français ayant été, prématurément et sans demi-mesure, annulés, je courais prendre plaisir dans le chaos napolitain avec Tosca et Aïda puis dans la douceur de Pesaro avec Le voyage à Reims et un récital Jessica Pratt. Comme beaucoup, j’y croyais à la rentrée en allant retrouver Angela Gheorghiu toujours divine dans Mimi, un Solveig magnifique à Strasbourg, puis ce furent Metz et Dijon.

Le gouvernement s’apprêtait à décréter à nouveau le spectacle vivant comme « non essentiel », je filais à l’anglaise à Athènes pour deux sublimes Butterfly et, alors que tout se refermait en France, c’était Vienne pour un week-end magique (Cav/Pag et Eugène Oneguine puis Madrid pour une Rusalka incandescente. À l’approche de cette fin d’année, je fis partie (avec Yaël et Victoria) de ceux qui assistaient enfin à un petit miracle… à l’Opéra de Paris avec le Ring. Et le 5 décembre, le roi Domingo nous a émerveillés une fois de plus dans I due Foscari. Où maintenant ?

Pierre

Malheureusement, niveau concert de rock, l’année fut plus que pauvre. Hormis quelques rares concerts en début d’année, le monde s’est senti orphelin de cette communion entre musicen.nes et public, cette parenthèse, cette déconnexion, le temps d’une heure et quelque, du monde. On aurait pu voir certains concerts cet été, entre deux vagues (pas de l’Atlantique, on s’entend), histoire de, mais rien de tout ça. Rares ont été les lives neufs, avec du contenu inédit. Et pourtant, j’ai pu assister à l’un des rares. Il fallait s’assurer d’une place, gratuite, mais disponible en petit nombre, au Studio 104 de la Maison de la Radio. Nous voici le 7 octobre, pas trop loin du premier couvre-feu (on a encore eu de la chance), et le quintet Fontaines D.C. s’avance sur scène. Auteurs d’un second album phénoménal, A Hero’s Death, sorti le 31 juillet chez Partisan Records, les cinq Irlandais étaient réunis dans le 16e arrondissement de Paris pour présenter certaines de leurs nouvelles chansons en live pour l’une des premières fois.

Masque de rigueur, un siège vide entre chaque spectateur, le groupe bien enfoncé dans la scène, on sent que ça ne sera pas aussi naturel qu’avant. Qui plus est, écouter du punk assis, c’est comme ne pas boire en soirée. La fête est cool, mais pas forcément folle. Malgré ces conditions quelque peu désavantageuses, les Fontaines ont réussi à ambiancer une salle parfois hésitante quant à sa possibilité de mouvement – très limitée. Leur set, comprenant pour la plupart des chansons du dernier LP, montre encore une fois la puissance du groupe, impressionnant même dans un live étriqué. Leur poésie, leur noirceur, leur simplicité, leur goût pour la mélancolie furent vecteurs d’émotions communicatives, bouleversantes. Vivement le retour des concerts, et notamment de leur date à l’Olympia, en avril prochain. On a tellement hâte.

Le concert ayant été filmé, certaines vidéos sont disponibles sur le site de France Inter

Yaël

De cette année très heurtée et trop greffée à l’écran, je garde le souvenir de l’émotion simple et prenante suscitée par Une Histoire d’amour de Michalik, l’émerveillement des 48h du Tenir Parole programmées par Emmanuel Demarcy-Motta au Théâtre de la Ville. Vue en janvier au Théâtre Impérial de Compiègne, la burlesque et émouvante Petite messe solennelle de Rossini mise en scène par le belge Jos Houben et l’américaine Emily Wilson pour la Co(operative)* m’a fait réfléchir et bouger.

Géraldine

2020 année compliquée MAIS dont je retiendrai tout de même quelques pépites théâtrales et musicales qui m’ont enchantée. 

Tout d’abord, deux formidables seuls en scène aux titres florifères et aux sujets émouvants : Des Fleurs pour Algernon (Daniel Keyes) porté par un Grégory Gadebois habité et Fleurs de soleil (Simon Wiesenthal) avec Thierry Lhermitte.

Je me souviens aussi de la fabuleuse leçon de piano d’Eric-Emmanuel Schmitt dans l’adaptation sur les planches de son roman Madame Pylinska et le secret de Chopin (Théâtre Rive Gauche). 

J’ai été émerveillée par l’interprétation de Béatrice Agenin dans Marie des Poules (Théâtre Montparnasse), par celle d’Alice Dufour dans Mademoiselle Else (Poche Montparnasse) et puis Clémence Thioly dans Affaires Sensibles (Tristan Bernard). 

Dans un registre plus humoristique, Camille Chamoux, Camille Lellouche et Maxime Gasteuil ont réussi à nous faire rire aux éclats et à nous faire oublier le temps d’une soirée le contexte anxiogène ambiant et je tiens pour cela à les remercier.

Le Festival Pianissimo à la sortie du premier confinement a été pour moi très fort en émotions avec des moments magiques grâce à des artistes extraordinaires comme Jacky Terrasson, Baptiste Trotignon et Pierre de Bethmann au Sunside Sunset.

Enfin, j’ai été éblouie par la beauté des chorégraphies de Dream (Salle Pleyel) et Béjart fête Maurice (Palais des Congrès).

Mes coups de cœur culturels 2020 ont clairement embelli cette année et comme les meilleures choses sont partagées, j’espère que vous aurez l’occasion de les découvrir prochainement !

 
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