Performance
L’Aventure invisible, la fascinante performance philosophique de Marcus Lindeen au T2G

L’Aventure invisible, la fascinante performance philosophique de Marcus Lindeen au T2G

13 octobre 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Au T2G avec Festival d’Automne, Marcus Lindeen nous convie à entrer dans le cercle de la confidence où trois comédiens prennent dans leurs voix l’identité de trois humains pour qui le « moi » est devenu une fiction. Passionnant.

Que des acteurs se mêlent discrètement au public, cela est chose courante. La Covid rend l’affaire moins discrète puisque eux seuls, au premier rang de ce petit gradin circulaire, ne sont pas masqués. Claron McFadden, Tom Menanteau et Franky Gogo ont tous une autre particularité : ils portent une oreillette. Ce processus qu’Emilie Rousset employait dans sa restitution du procès de Bobigny offre, dès que les mots arrivent, une tessiture très particulière à la voix : à la fois une distance et une vérité.

Chacun d’eux est un autre dont le récit arrive dans l’oreille.

Alors à l’éternelle question existentielle inhérente au seul fait de vivre, le metteur en scène suédois répond avec beauté et philosophie.

En choisissant trois parcours de vie accidentés de manière différente, il montre que l’écoute est nécessaire et possible pour comprendre que l’identité est une construction qui, comme toute construction, peut se démonter.

Lindeen agit en journaliste, le ton du spectacle est celui d’une interview fluide, sauf qu’elle est réalisée par les personnes représentées. Lindeen croise, comme l’indique le résumé sur le programme : « le parcours de trois vies extraordinaires : celui d’une neuroanatomiste américaine (Claron McFadden) renommée ayant subi un accident vasculaire cérébral qui lui a fait perdre totalement la mémoire (…) . Celui d’un libraire parisien (Tom Menanteau) souffrant de la maladie dégénérative de Recklinghausen, aussi appelée « syndrome d’Elephant Man ». Aujourd’hui, seul homme au monde à avoir reçu deux greffes totales du visage, il vit sous les traits d’un jeune homme ayant vingt-cinq ans de moins que lui. Et celui d’une cinéaste queer (Franky Gogo) qui utilise l’art comme un rituel mortuaire pour entrer en contact avec la photographe surréaliste Claude Cahun. »

« J’étais invisible »

Le choix de ces trois trajectoires, deux clairement subies, la troisième plus consentie, permet de multiplier le champ des réflexions. Qu’est ce que vivre à la mauvaise époque ? Naître avec un visage de monstre ? Perdre sa mémoire et le savoir ? La performance montre qu’être est un mouvement permanent, et que des chocs tels que les vivent les protagonistes peuvent non pas les changer mais faire naître d’autres individus.

Le jeu des acteurs/témoins est très naturaliste dans ce dispositif qui joue la carte à la fois du documentaire et de l’installation. Ce décor pourrait être l’arène d’un plateau de télévision, le voyeurisme en moins. L’installation permet une écoute intense et une réelle réflexion sur les contours de sa propre identité.

Au T2G jusqu’au 17 octobre puis à la Comédie de Caen, CDN de Normandie, le spectacle sera présenté du 3 au 6 novembre.

Crédits image :

Franky Gogo, Claron McFadden et Tom Menanteau (© Maya Legos)

Au passage

Franky Gogo est chanteur et il jouera à la Boule Noire ce mercredi (à l’origine dans le cadre du MaMa qui a été annulé. Il y a deux séances prévues : une à 19h30 et une à 21h.

Infos pratiques

sevres espace loisirs
Théâtre le Funambule
theatre_de_gennevilliers

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *