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La Co(opera)tive : Une Petite Messe Solennelle de Rossini brillamment mise en scène par Jos Houben et Emily Wilson à Compiègne

La Co(opera)tive : Une Petite Messe Solennelle de Rossini brillamment mise en scène par Jos Houben et Emily Wilson à Compiègne

10 janvier 2020 | PAR Yaël Hirsch

Créée à l’opéra de Rennes en décembre, la Petite messe solennelle de Rossini mise en scène par le belge Jos Houben et l’américaine Emily Wilson pour la Co(operative)* poursuit sa tournée. Nous l’avons vu à Compiègne, à l’espace Jean Legendre avant qu’elle ne parte pour Besançon, Sete et Dunkerke.

Tout commence par un grand ménage (métaphore du rangement et du nettoyage qui se file jusqu’au bout!) dans un grand gymnase qui est aussi un peu salle de bal et de musique. On découvre le piano et l’accordéon prend place et pendant que deux comédiens au look un peu à la Deschiens ramassent cotillons et bouteilles. Un air du « Figaro » de Mozart est joué, comme pour remonter aux racines. Les deux côtés sont ouverts et un bric-à-brac s’y entasse, que les trois comédiens, les douze chanteurs et leur extraordinaire chef, en kaki de travail, apportent vers le centre. Entre baskets et manteau de fourrure, bas à damiers et nœud papillon, on ne sait pas si l’humanité qu’ils représentent est réfugiée dans un camp de fortune ou bourgeoise, pratiquant de la musique au salon. Le parti pris, sous l’égide de Bergson (« quelques chose de mécanique dans quelque chose de vivant »), pour le duo Jos Houben et Emily Wilson (qu’on avait découvert à l’Opéra Comique avec le conte pour enfants La princesse légère) est le burlesque. L’on rit donc, au son d’un accordéon sublime et plus trivial qu’un harmonium, on jubile, on se moque … mais pas que! La poésie des jeux de mimes et de clown vient nourrir la pente naturelle de l’oeuvre, commande du comte Pillet-Wil en 1863 au compositeur du Barbier de Seville et l’oeuvre brouille les pistes entre sacré et profane, sans jamais oublier de nourrir l’émotion. 

Plongé profondément dans la musique de Rossini merveilleusement interprétée, l’on suit une humanité soumise à un destin et qui le vit et qui le chante avec intensité. Ce groupe parfaitement dirigé, qui danse, bouge, change d’époque en se déguisant, porte un mannequin pour dessiner une Pieta et répond à son chef, voire le défie de prendre le pouvoir. Mais  le mouvement souvent drôle de la foule  n’empêche pas le Kyrie, le Credo ou l’Agnus dei d’être poignants. Avec un chœur puissant (chœur Melismes), des voix d’une immense qualité (Estelle Béreau, Ronan Airault…), une lumière époustouflante qui descend comme un crépuscule pour transformer la messe en Requiem et l’image finale de l’alto Blandine de Sansal en robe bleue et enceinte, le pari de démultiplier la grâce par le burlesque est gagné.  Le public nombreux et attentif de l’espace Jean Legendre a, à raison, applaudi cette messe à à tout rompre. Un joyau pur, avec des prochaines dates à Besançon du 14 au 16 janvier 2020 (toutes les dates ici).  Quant au Théâtre Impérial de Compiègne, il propose une création mondiale avec l’Opéra de Guillaume Connesson Les bains macabres, les 24 et 26 janvier prochains. Informations. 

* Les scènes nationales de Quimper (direction Vincent Léandri), de Dunkerque (direction Ludovic Rogeau) et de Besançon (direction Anne Tanguy) auxquelles s’associe le Théâtre impérial de Compiègne (direction Eric Rouchaud), l’Opera de Rennes (direction Matthieu Rietzler , et bientôt l’atelier lyrique de Tourcoing, ont formé depuis le 15 avril 2014  et qui produit ensemble des spectacles lyriques.

Visuel :©Laurent Guizard

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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