Opéra
La Dame Blanche lance le « Festival En Voix ! »

La Dame Blanche lance le « Festival En Voix ! »

17 novembre 2021 | PAR Victoria Okada

La 4e édition du Festival En Voix ! est lancée au Théâtre Impérial – Opéra de Compiègne, avec la reprise de La Dame Blanche, une production de La Co[opéra]tive

Le « Festival En Voix ! », un festival d’art lyrique et de chant choral créé en 2018, est déployé dans toute la région Hauts-de-France. Cette année, pour sa 4e édition, les 24 spectacles en 78 représentations et en 39 jours (du 9 novembre au 17 décembre) auront lieu dans 45 communes des 5 départements de la région. Initié par le Théâtre Impérial-Opéra de Compiègne et son directeur artistique Éric Rouchard, ce Festival est unique en France à une échelle régionale. La programmation très variée, comprend des stars du monde lyrique comme Pretty Yende, Petra Lang et Philippe Jaroussky mais aussi des ensembles de tout horizon comme le Trio Ayonis, le Quatuor A’Dam, le duo Fabien Hyon-Juliette Sabbah, la Compagnie La Tempête, Les Lunésiens…

Un spectacle joyeux et bien rodé

Pour l’ouverture d’une telle festivité, il fallait un spectacle joyeux et bien rodé. La Dame Blanche de François-Adrien Boieldieu, produite par la Co[opéra]tive aurait du tourner en 2020. L’annulation pour cause de COVID n’a pas découragé l’équipe ; le spectacle avait été capté à l’Opéra de Rennes et diffusé en décembre de l’année dernière. Depuis, les rediffusions à la télévision et le replay sur internet nous ont permis d’apprécier la beauté de la production dont l’originalité de la mise en scène (notamment les costumes) a fasciné plus d’un mélomane, d’autant que les chanteurs et l’équipe artistique assurent une représentation de qualité.

Créée en décembre 1825, La Dame Blanche fut l’un des meilleurs succès de l’Opéra-Comique, à un point tel d’ailleurs que la place située devant l’institution parisienne a pris, en 1851, le nom du compositeur. Reléguée par la suite aux oubliettes, la pièce n’a été montée que rarement de nos jours et les reprises dans le théâtre de la création se sont faites également rares ; les plus récentes furent celles des années 1990 puis en février 2020 (lire notre chronique).

Un nouveau regard

La présente production, mise en scène par Louise Vignard, propose un nouveau regard sur l’histoire du fantôme, d’un château hanté et d’un héritage, sujets très à la mode au milieu du XIXe siècle. L’intrigue est transposée en une fable dans un monde animalier qui se termine par une cage dorée (le château hérité) construite par l’homme. Outre les costumes pleins de fantaisies, cette transposition n’est pas évidente à saisir de prime abord. Quant à la Dame Blanche, elle reste dans l’imagination des personnages et n’est pas montrée, ce qui ne nourrit pas forcément notre attente grandissante de voir au dénouement « enfin » l’ombre hantée. Par ailleurs, le programme précise que les dialogues ont été retravaillés et réécrits en partie ; il aurait été intéressant, pour les mélomanes les plus avertis, d’indiquer le livret revu, rendant ainsi l’intention plus limpide. Malgré tout, on reconnaît une bonne direction des chanteurs et l’ensemble des scènes, réalisé avec beaucoup de soin, ravit les yeux.

Jeunes chanteurs prometteurs

Cette production de La Dame Blanche met en valeur des jeunes chanteurs, suivant ainsi l’un des objectifs de la Co[opéra]tive. On remarque immédiatement l’assurance, dans les rôles de Dikson et Jenny, de Fabien Hyon et Sandrine Buendia, solistes en résidence au Théâtre Impérial. L’un et l’autre possèdent un solide bagage technique qui ne fait pas passer la moindre faille. Avec une projection sans hésitation et des timbres clairs et lumineux, ils forment un couple vocal idéal. Leurs chants donnent d’autant plus de crédibilité qu’ils sont profondément investis dans leurs jeux d’acteurs. À leurs côtés, Sahy Ratia dans le rôle de George, le mystérieux soldat étranger arrivé dans le château, se fait remarquer par son ton solaire qu’il utilise habilement pour exprimer un mélange de naïveté et de candeur qui caractérise son personnage. Quelques moments d’aigreur entachent cependant un peu sa magnifique prestation ; nous sommes certains qu’il rattrapera cela dans les représentations suivantes.

La même remarque vaut pour Caroline Jestaedt en la Dame Blanche. Ses aigus sont souvent serrés, ce qui resserre son timbre, alors qu’elle est beaucoup plus à l’aise dans la tessiture intermédiaire. Majdouline Zerari en Marguerite possède une riche couleur avec une touche de profondeur qui la sert comme un atout ; la basse Ronan Airault assume admirablement le petit rôle du juge de paix Marc-Irton. Quant à Marc Scoffoni, alias Gaveston, il s’impose avec autorité par ses expériences scéniques évidentes.

Les subtilités colorées de l’orchestre

Pour cette production, Robin Melchior, a transcrit la partition, servie par 19 instruments dits « berlioziens » de la première moitié du XIXe siècle. La nouvelle partition fait déjà ressortir les caractéristiques de ces instruments, plus corsés que les instruments modernes. Mais le chef Nicolas Simon, qui excelle dans la subtilité expressive, rend plus évidents ces coloris particuliers en dirigeant les musiciens de l’Orchestre Les Siècles. Les chanteurs peuvent faire une entière confiance en ses gestes généreux et limpides qui semblent leur être un véritable renfort. Vêtu d’un costume et d’un pantalon rouge écarlate et coiffé de plume, il est l’un de ces oiseaux qui peuplent le royaume imaginaire de La Dame Blanche.

La Dame Blanche en tournée :

Les 15 et 16 décembre à Besançon, les 28, 29, 31 décembre, 1er et 3 janvier à Rennes, les 5 et 6 janvier à Quimper, les 15 et 16 janvier à Tourcoing et les 18 et 19 janvier à Dunkerque.

Visuels : © Rémi Blasquez

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