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Le 20e anniversaire festif du Concert d’Astrée au Théâtre des Champs-Elysées

Le 20e anniversaire festif du Concert d’Astrée au Théâtre des Champs-Elysées

16 novembre 2021 | PAR Victoria Okada

Le Concert d’Astrée a fêté ses vingt ans au Théâtre des Champs-Élysées avec de nombreux invités. Quelques solistes ont malheureusement dû annuler leurs participations suite au dernier contrôle sanitaire où ils ont été testés positif au coronavirus. Malgré tout, la capacité d’adaptation, acquise depuis bientôt deux ans, a fait son œuvre et la soirée fut un véritable succès.

Une cheffe 

Emmanuelle Haïm a toujours voulu devenir une cheffe d’orchestre. À huit ans, elle dirige déjà un chœur. Sa solide formation au sein du Conservatoire national supérieur de Paris est son outil lorsqu’elle commence à diriger – auprès de William Christie, Philippe Herreweghe, Christophe Rousset… – des orchestres baroques qui foisonnent déjà à l’époque. Elle a également travaillé au Centre de Musique Baroque de Versailles qui, après une quinzaine d’années d’existence, était devenu une institution incontournable pour la musique baroque française. Elle va d’ailleurs prochainement entamer une nouvelle aventure avec ce même CMBV à partir de cette saison en tant que cheffe en résidence auprès de la Maîtrise.

Ses premières années professionnelles en tant que continuiste lui étaient plus que précieuses ; elles étaient déterminantes pour sa carrière. Les rencontres avec Simon Rattle et Louis Langrée, Emmanuelle Krivine… lui ont tant apporté. Ainsi, son ensemble et elle ont joué tôt sur des grandes scènes, New York, Berlin, Londres, Barcelone… Mais c’est à l’Opéra de Lille, ville de la fondation de l’ensemble, qu’ils ont trouvé un port d’attache et continuent à créer des merveilles, comme dernièrement l’Idoménée de Campra (lire notre chronique dans le site partenaire Vivace-cantabile.com). En tant que dénicheuse de talent, Emmanuelle Haïm a confié le rôle-titre de Rodelinda de Haendel à Jeanine de Bique, prochaine Alcina du même compositeur à l’Opéra Garnier.

Une ribambelle d’airs baroques par des chanteurs de premier plan

Ce soir, le Théâtre des Champs-Élysées — lieu de la première apparition publique du Concert d’Astrée en 2002 — était « blindé » jusqu’à la dernière place des galeries, situées tout en haut du théâtre. Quelques jours auparavant, le gala à Berlin avait recueilli un franc succès avec la participation de Sir Simon Rattle pour une Suite orchestrale des Boréades de Jean-Philippe Rameau.

Le programme parisien, différent de celui de Berlin, est composé de deux parties : la première est consacrée à Rameau (Naïs, Dardanus, Les Indes galantes, Hippolyte et Aricie et Castor et Pollux) et à Campra (Idoménée) alors que la seconde partie l’est à Purcell (Dido and Aeneas et The Faily Queen) et à Haendel (Tamerlano, Aci, Galatea e Polifemo, Il trionfo del Temp e del Disinganno, Alcina, Theodora, Ariodante, Rinaldo, et Poro, re delle Indie).

Une vingtaine de cantatrices et de chanteurs défilent en solo, duo, trio, en quatuor ou en chœur, pour une ribambelle d’airs baroques. Chacun et chacune apporte leur timbre et leur couleur pour des chants à affects très variés.

Citons en quelques-uns parmi ceux qui ont beaucoup marqué les esprits : l’air de Dardanus « Lieux funestes » par Mathias Vidal (avec le basson remarquable) ; les récit et air d’Émilie « La nuit couvre les Cieux » des Indes Galantes par Isabelle Druet ; l’air de Phani « Viens, Hymen » du même opéra par Sabine Devieilhe ; l’air de Télaïre « Brillez, astres nouveaux » de Castor et Pollux par Emmanuelle de Negri ; puis vinrent l’air de la Jalousie par Victor Sicard et le récit de Vénus « Que les soupçons… » par Eva Zaïcik, l’air d’Idoménée avec le chœur de sacrificateurs « Ô Neptune, reçois nos vœux » par Tassis Christoyannis, tous d’Idoménée de Campra (ils ont tous les deux tenu récemment ces rôles dans la production à Lille puis à Berlin) dans la première partie.
Dans la seconde partie : l’air de Tamerlano « A dispetto d’un volto ingrato » par Carlo Vistoli ; l’air de Polifemo « Fra l’ombre e gl’orrori » par Andrea Mastroni ; la première partie de l’air de Bellezza « Un pensiero nemico di pace » par Sabine Devieilhe ; le récitatif et l’air d’Alcina « Ah ! Ruggiero crudel… Ombre pallide » par Natalie Dessay ; le récit et l’air de Theodora « O thou, bright Sun… » par Emoke Barath ; l’air de Bellezza « Tu del Ciel ministro eletto » par Sandrine Piau

Jeu de gala

Si la forme décousue du gala a apporté quelques frustrations du fait du manque de continuité, c’était avant tout une fête, et certains ont joué le jeu à fond. Ce fut le cas d’Andrea Mastroni, vêtu d’une veste tout en paillettes. Natalie Dessay a exceptionnellement rompu son arrêt dans l’art lyrique, se montrant au sommet de son art. Quant à Rolando Villazón, on l’a retrouvé avec ses gestes très exubérants (finalement comme d’habitude…).
À la fin, les chanteurs se sont installés sur les deux allées de parterres, les dames d’un côté, les messieurs de l’autre, pour entonner avec toute la salle « Hallelujah » de Haendel.

Pendant toute la soirée, les musiciens de l’orchestre ont tous été portés par un élan, chaque pupitre à leur part dans cette fête ; on a pu notamment remarquer le merveilleux violon solo David Plantier dialoguant avec le chant dans plusieurs airs. La sonorité épicée de l’orchestre donnait « la pêche » à la soirée qui, grâce à la direction dynamique d’Emmanuelle Haïm, était remplie d’une énergie tour à tour agitée, calme, vitaminée ou jubilatoire.

Photo © Fanny Destombes / Le Concert d’Astrée

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