Théâtre
« Tenir paroles » : le Théâtre de la Ville sublime le confinement

« Tenir paroles » : le Théâtre de la Ville sublime le confinement

24 juin 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Nous vous en parlions hier, jusqu’à ce soir le Théâtre de la Ville est ouvert et il veille. Il veille sur le spectacle vivant et prend soin du souvenir des morts. Et, au cœur de ces 48 heures folles est née l’idée de créer un spectacle : Tenir paroles, à partir d’un dispositif mis en place pendant le confinement .

C’est donc 14 heures après l’avoir quitté que nous retrouvons l’Espace Cardin. Certains ont fini vers 7H30 et ont repris à 16h avec justement Les consultations poétiques, musicales et chorégraphiques. Les consultations ont lieu depuis longtemps, on vous en parlait en avril : cette idée est née à Reims, quand Emmanuel Dermacy Mota dirigeait La Comédie. Il s’agit de consultations presque comme chez le médecin où la réponse aux symptômes est poétique. Depuis elles existent régulièrement au Théâtre de La Ville, et voilà qu’elles s’étaient adaptées au confinement, et après ? Et après cela donne un corpus de 6000 appels retranscrits et une troupe de 90 comédiens dont la majorité ne s’étaient pas vus avant la veillée.  

« Le téléphone : une sacrée invention  ! »

Emmanuel Demarcy-Mota prend la parole avant chaque séquence. Sur celle-ci il raconte comment avec le confinement, il a fallu faire spectacle autrement, et la redécouverte du téléphone dans sa fonction première a été un moteur. Etre au téléphone pour se parler sans sortir de chez soi, comme s’il y avait un fil. L’idée encore plus chouette est de rassembler ces performances sonores pour un spectateur/auditeur en oeuvre collective. Sur scène ils sont une vingtaine et ils campent les praticiens et les patients de cette médecine de l’imaginaire très particulière. Pendant deux mois, 6000 personnes ont répondu à la question « comment ça va ? ». Et en fonction de leur réponse, ont reçu un ou des poèmes. Le corpus est aussi divers que l’état de chacun, de Jim Morrison à Peter Handke. Ils s’avancent pour nous parler, ils sont accompagnés par les flûtes d’Henri Tournier et la guitare d’Arman Méliès. 

Transcender les mots

Le résultat donne le tournis. Il s’agit d’un tour d’Europe de l’enfermement pendant l’épidémie, avec des témoins ayant 6 ans comme 88. Certains sont légers d’autres sont lourds et tristes. Et les comédiens eux, n’en ressortent jamais indemnes. Ce jeu-là se joue à deux. Mais c’est peut-être quand les mots des mesures gouvernementales viennent remplacer ceux de Ionesco dans Jeux de Massacre que l’on quitte le docu-fiction pour entrer solidement dans le théâtre et la représentation du monde. La pièce de Ionesco raconte un confinement total par temps de peste, le parallèle est troublant. La mise en scène met en perspective les nouveaux gestes du quotidien, et quand tous les comédiens se masquent, face à nous, c’est plus l’image de la culture muselée qui surgit que celle d’une protection de la population.  

Tenir Paroles est vraiment un spectacle, bien plus que Dermarcy-Mota semble le dire. Il se glisse entre Didier Ruiz et (toujours) Ionesco et offre une capture d’écran sensible de la société pendant ce printemps aux rues vides.

Hier nous restons sages et filons après le premier tableau. Aujourd’hui à 21H se donne Ionesco Suite mais aussi les 25 et 26 et aussi, tout juillet, sont programmés une série de spectacles tout public. Du 1er au 4 : Les séparables de Melquiot, du 7 au 14 Alice traverse le miroir de Demarcy-Mota, du 7 au 11, Venavi ou Pourquoi ma sœur ne va pas bien d’Olivier Letellier, Udo complètement à l’est par La cordonnerie du 16 au 19 et pour finir, J’ai trop d’amis de David Lescot du 22 au 30. 

 

Visuel : ©ABN

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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