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Makela dompte Beethoven pour un concert de retrouvailles avec la Philharmonie de Paris

Makela dompte Beethoven pour un concert de retrouvailles avec la Philharmonie de Paris

12 juillet 2020 | PAR Paul Fourier

Le jeune chef, futur directeur de l’Orchestre de Paris, a enflammé le public déjà heureux de retrouver la grande salle Pierre Boulez.

Il est des moments uniques comme celui où un public (certes masqué et distancié) se réjouit, non seulement, de retrouver une formation chère à son cœur mais aussi, et finalement tout simplement, de retrouver la musique et le partage avec d’autres après un long moment d’abstinence. C’est ainsi, qu’alors que les musiciens de l’orchestre s’installent, il leur ait fait une interminable ovation, authentique acte d’amour et de respect pour ce qu’ils sont et ce qu’ils représentent.

Laurent Bayle, le maître des lieux, viendra sceller ces retrouvailles, saluant les 1200 spectateurs présents dont 50 personnels soignants (ovationnés) de l’AP-HP, et au passage, la Maire de Paris présente dans la salle, rappelant que le jeune chef finlandais (24 ans), Klaus Makela, est nommé conseiller musical au 1er septembre prochain pour passer, en 2022, directeur musical de l’Orchestre de Paris. Il rappelle également que la formation a su garder le contact avec le public pendant cette étrange période et annonce qu’un projet ambitieux encore mystérieux est à venir avec Arte.

Ces préambules réalisés, on peut replonger dans l’essence même du concert, dans la musique et dans la communion, mot idoine pour décrire le ton de cette soirée car il faut avouer que ce fut du grand art.

L’orchestre débute par Le tombeau de Couperin de Maurice Ravel, œuvre certes dédiée au grand compositeur, mais qui fut, également, en 1917, l’occasion pour le musicien de rendre hommage à six de ses camarades tombés au combat pendant la Guerre. Et paradoxalement, c’est une œuvre pudique, presque légère par moments et tellement « ravelienne ». Et l’on doit dire que Klaus Makela et son orchestre épousent parfaitement la douceur intrinsèque de cette musique, que la baguette sait se faire joueuse, que le corps longiligne du chef, telle une liane, accompagne, danse avec la cadence alors que le geste se fera plus vif dans le Rigaudon final.

On change de ton avec Beethoven. Cette fois, la guerre n’est plus souffrance mais exaltation presque joyeuse, la symphonie N°7 « fêtant » en quelque sorte la victoire des Anglais sur les troupes de Napoléon lors de la bataille de Vittoria (1811). Quelle énergie naturelle se dégage dès le premier mouvement alors que Makela va chercher les musiciens par sa gestuelle ! Quelle noblesse chez ce jeune dirigeant de 24 ans, quelle attention partagée avec ses musiciens… Le geste est précis, parfois sec, les envolées d’une fulgurance tranquille et les arrêts brusques comme il se doit chez Beethoven. L’allegretto qui suit est beau à pleurer. Le chef couve les cordes, les caresse, les laissant émerger dans une douceur ondoyante qui s’élève dans la grande salle Pierre Boulez. Le rythme est parfois solennel pour cette mélopée lancinante.

C’est ainsi que Makela donne de la douceur à Beethoven, apprivoisant le monstre.

On retrouve la même précision du geste dans le 3e mouvement, cette même solennité à la fois respectueuse et tranquille, non sans une certaine emphase à la fin du morceau.

Puis vient le Finale, le Allegro con brio que Wagner qualifia de bacchanale et pour lequel Weber aurait volontiers envoyé le compositeur à l’asile. Le jeune homme s’arrime solidement sur ses deux pieds prêt à affronter la tempête, la folie (la fureur ?) beethovenienne. C’est fascinant à regarder tant l’orchestre est précis dans cette pièce propice à tous les emportements.

Le fauve est dompté, le public exulte. C’est la fête retrouvée ! Et l’on remercie debout ces magiciens qui nous font rentrer dans une nouvelle époque où l’art permet de transcender un quotidien loin d’être prometteur.

Visuel : © Mathias Benguigui

 

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