Danse
« Une maison », les fondations lumineuses de Christian Rizzo sont enfin à Paris

« Une maison », les fondations lumineuses de Christian Rizzo sont enfin à Paris

28 février 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Après une tournée de près d’un an en France, la dernière création du directeur du CCN de Montpellier offre à Chaillot son dernier chef-d’oeuvre ciselé. Une phrase chorégraphique pure qui vous amène dans un au-delà hypnotique. Une merveille à voir jusqu’au 29 février.

Tout commence par une prophétie, un homme seul, masqué, trace un parcours sur le sol blanc. Il y a la figure tutélaire de Rizzo posée sur le côté. Cette fois-ci, le cône est en terre, et il est haut. Au dessus de l’homme et de la bute,  il y a un toit pas encore bien resserré. Les mains sur les hanches bien à plat, les jambes fléchies, il indique, dans un pas large ce qui doit se nommer une fondation.

Puis, la maison se peuple. Mais les relations sont toujours des lignes croisées. On imagine bien que se trouvent là des amis ou une famille, que certains ne peuvent, ne veulent pas se voir, tandis que d’autres se voient, se sentent, même séparés. Alors, Rizzo multiplie des pas de deux merveilleux où les danseurs sont autorisés à danser seulement s’ils sont touchés. 

Au rythme de la techno froide de Cercueil, les interprètes répètent des motifs : ils sont posés en chandelles et, par moment, les pas des danses folkloriques, autre fondamental de Christian Rizzo, surgissent. Youness Aboulakoul, Jamil Attar, Lluis Ayet, Johan Bichot, Léonor Clary, Miguel Garcia Llorens, Pep Garrigues, Julie Guibert, Ariane Guitton, Hanna Hedman, David Le Borgne, Maya Masse, Rodolphe Toupin et Vania Vaneau, les habitants de cette maison, au tapis de danse pour l’instant blanc, vêtus pour l’instant de noir, se déplacent dans des diagonales, seuls, guidés par des bras qui quittent peu l’horizontal et des marches genoux pliés.

La danse est comme saccadée, chaque passage au geste suivant est marqué par un temps, comme une attente. Les vivants sont dans un dialogue incessant avec un au-delà qui deviendra manifeste après que la maison tombe en ruines dans un geste qui remet la terre à sa place, c’est-à-dire au sol, prête à accueillir une étrange ronde, comme un rêve.

Rizzo impose une géométrie obsédante, toujours à base circulaire. Il laisse des traces, pose des pas. Il rappelle ici que les murs même invisibles ont une mémoire et que même les danses macabres peuvent être une fête.

Il reste de la place, ne restez pas à la porte d’Une maison.

Visuel ©Marc Dommage

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