Théâtre
Grégory Gadebois nous offre une performance magistrale dans « Des fleurs pour Algernon », au Petit Saint-Martin

Grégory Gadebois nous offre une performance magistrale dans « Des fleurs pour Algernon », au Petit Saint-Martin

04 février 2020 | PAR Geraldine Elbaz

Anne Kessler met en scène jusqu’au 14 mars au Théâtre du Petit Saint-Martin l’adaptation du roman de Daniel Keyes, prix Nebula du meilleur roman de science fiction en 1966. Un seul en scène absolument remarquable, porté par un comédien exceptionnel (Molière du seul en scène 2014) qui nous embarque dans une réflexion passionnante sur l’intelligence, la différence et le lien social.

« Je ne savais même pas que j’avais un QI et maintenant il va tripler. » Charlie Gordon. 

Algernon, c’est la souris qui a subi une intervention chirurgicale lui permettant de devenir plus intelligente. Le Docteur Strauss et le Professeur Nemur, les deux scientifiques penchés sur le sujet, vont proposer à Charlie Gordon, dont le QI n’excède pas 68, de vivre la même expérience pour décupler ses capacités intellectuelles. S’opère alors une transformation spectaculaire du cobaye, dont nous allons suivre les progrès fulgurants. Charlie développe son vocabulaire, apprend des langues étrangères, la musique, emmagasine moult connaissances mais cette amélioration implique manifestement des relations sociales compliquées. Sa nouvelle intelligence lui fait prendre conscience, avec une lucidité amère, des moqueries de ses collègues alors qu’il était simple d’esprit puis de la crainte qu’il suscite suite à sa transformation.

Le texte magnifique de Daniel Keyes était au départ une nouvelle (Prix Hugo 1960), puis un roman traduit dans 30 langues et vendu à plus de 5 millions d’exemplaires. Elue en 1992 meilleure nouvelle de tous les temps, Des fleurs pour Algernon a été adaptée de nombreuses fois (cinéma, tv, radio…) et Cliff Robertson avait même décroché l’Oscar du meilleur acteur en 1969 pour le rôle de Charly Gordon (Charly de Ralph Nelson, 1968). L’adaptation sur les planches de Gérald Sibleyras est un véritable petit bijou, qu’Anne Kessler fait briller avec une mise en scène impeccable, juste et sensible. Comment rendre justice enfin à l’immense Grégory Gadebois, ancien pensionnaire de la Comédie Française, littéralement habité par le rôle de Charlie, dont le jeu parfait restitue avec une humanité rare et sublime les émotions et le cheminement intellectuel du personnage, tel une courbe de Gauss? Son phrasé, sa posture, son regard et tous ces petits détails qui composent le rôle sont servis avec un brio sans égal au spectateur subjugué. Le comédien transcende l’oeuvre et nous touche au coeur.

Des fleurs pour Algernon est certainement l’une des meilleures pièces à l’affiche, à voir et à revoir. Un coup de coeur, assurément.

Des fleurs pour Algernon, Au Théâtre du Petit Saint-Martin jusqu’au 14 mars 2020. Durée : 1h20

Crédit photos : (c) Laurencine Lot et affiche du spectacle

Infos pratiques

Le Sémaphore – Théâtre d’Irigny
Cinéma Le Balzac
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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