Théâtre
Mademoiselle Else, un petit bijou au Poche Montparnasse

Mademoiselle Else, un petit bijou au Poche Montparnasse

14 septembre 2020 | PAR Geraldine Elbaz



Après deux collaborations déjà fructueuses (Faisons un rêve et Le Canard à l’orange), Nicolas Briançon met en scène la comédienne Alice Dufour dans Mademoiselle Else, d’après la nouvelle d’Arthur Schnitzler écrite en 1924. Un magnifique seul en scène brillamment interprété, jusqu’au 3 janvier 2021 au Poche Montparnasse.


Boucles blondes, teint de porcelaine, grands yeux cristallins, la jeune Else incarnée par Alice Dufour, fait son entrée insouciante et joyeuse. Silhouette svelte, vêtue d’une élégante robe blanche, socquettes et chaussures assorties, elle croque dans une pomme et tourbillonne. Sa voix est enfantine, aux intonations parfois timides, parfois véhémentes.

Issue de la bourgeoisie viennoise, la demoiselle de 19 ans est en villégiature dans un hôtel de luxe en Italie, sans ses parents qui sont déjà rentrés. Elle profite allègrement de son séjour, jusqu’au moment où… elle reçoit une lettre de sa mère. Son père a des ennuis d’argent et elle doit demander à un certain Monsieur von Dorsday, riche marchand d’art et vieil ami de la famille séjournant dans le même hôtel, de les aider financièrement. Elle a trois jours pour rembourser les biens pupillaires détournés par papa sinon… tout sera perdu. Seulement voilà, Dorsday accepte de prêter l’argent mais émet une condition : elle devra se montrer nue.

Que faire ? Sauver le père ? Mais à quel prix ? « Dévergondée » peut-être, « putain » sûrement pas !
Le dilemme semble inextricable.

Construite sur le monologue intérieur du personnage principal, taraudé de doutes, d’angoisses, sujet aux émois les plus vifs, face à un insupportable cas de conscience suite à une proposition tout à fait indécente, la pièce repose essentiellement sur le jeu d’Alice Dufour, dirigée d’une main de maître par Nicolas Briançon.

A travers les yeux de la comédienne, son regard incroyablement expressif, son phrasé, les mouvements scéniques parfaitement calibrés, on suit les méandres dans lesquels Else s’enlise progressivement.

Le devoir familial peut-il écraser ses valeurs morales ? Entre pudeur et déshonneur, on s’interroge sur les réflexions d’une âme tourmentée, sacrifiée, qui doit endosser l’irresponsabilité parentale.

Nicolas Briançon nous propose une mise en scène inventive et esthétique particulièrement réussie, où le raffinement du décor, les lumières et les projections vidéos subliment les émotions, les états d’âme et le cheminement moral de la tragique héroïne de Schnitzler servis magistralement.

Pépite théâtrale à voir absolument.


Crédit photos : (c) Pascal Gély

Mademoiselle Else
D’après Arthur Schnitzler
Au Théâtre de Poche Montparnasse
Adaptation et mise en scène Nicolas Briançon
Avec Alice Dufour
Avec les voix de : Anne Charrier, Michel Bompoil, François Vincentelli, Magali Lange et Cécile Fisera
Costumes Michel Dussarat
Vidéo Olivier Simola
Lumières Jean-Pascal Pracht
Son Emeric Renard
Durée 1h20
Jusqu’au 3 janvier 2021

L’agenda culture de la semaine du 14 septembre
Thésée symphonique chez Didier Jeunesse
Geraldine Elbaz
Passionnée de théâtre, de musique et de littérature, cinéphile aussi, Géraldine Elbaz est curieuse, enthousiaste et parfois… critique.

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