Spectacles

Le best of spectacles 2017

Le best of spectacles 2017

10 décembre 2017 | PAR La Rédaction

On aura vu de très bons spectacles cette année mais lesquels restent vraiment, surpassent le très bon pour devenir des chocs éternels ?

Amélie

Pour ma part je commence par le mois de décembre où le clivant Je suis un pays de Vincent Macaigne m’a totalement séduite. Voir en Macaigne une signature forte, un théâtre du chaos millimétré. Jamais je n’oublierai cette robe verte à paillettes et « Diamonds » de Rihana, preuves que le kitsch nous sauvera toujours du pire. Une fresque démente sur l’apocalypse que j’emmène avec moi en 2018.

Sans réfléchir, C’est la vie de Mohamed el Katib est venu. Mohamed signe un théâtre documentaire toujours juste et il semble nous avoir préparé à « ça » depuis deux ans. Il avait déjà travaillé la question du deuil, celui de sa mère, mais là il nous parle d’un deuil qui n’aura pas lieu car il est impossible, il nous parle de la façon de vivre avec des fantômes, toute la vie.  Fanny Catel et Daniel Kenigsberg racontent chacun la perte de leur enfant. C’est sur la ligne et jamais cela ne tombe du mauvais côté. Je ne m’en suis pas remise.

IBSEN HUIS !!!… ah.. LE choc d’Avignon. La réconciliation même avec la programmation d’Oliver Py. Simon Stone a fait une pièce architecturale démente où la maison tient le premier rôle et où tout le théâtre d’Ibsen est convoqué. La pièce tourne encore dans ma tête comme un cauchemar confortable.

Put your heart under your feet, and walk  de Steven Cohen. Encore une pièce sur la mort. Un plateau plein des chaussons de son mari, Elu, disparu.  Une justesse folle dans le traitement du sujet. Une violence qui vous happe. Des images dont la beauté n’a d’égal que la tristesse inconsolable de Steven Cohen

Anne Teresa… il fallait choisir.. Drumming Live aurait eu sa place, mais déjà je déborde… Alors ce sera Love Supreme ce génial spectacle qui aura incarné le jazz, la blue note, dans une danse non égalée depuis qu’elle règne. Suspensions, contrepoints et arrêts nets. Anne Teresa sera l’invitée du festival d’automne 2018, et avant cela, Love Supreme sera repris au Théâtre de la Ville ( Salle Cardin), du 9 au 20 janvier. Vivement l’année prochaine.

Yaël

Tout à fait d’accord avec notre rédac’ chef: pour moi le spectacle le plus bluffant de l’année est C’est la vie de Mohamed El Khatib, vu dans le cadre du Festival d’automne : documentaire vivant sur l’impossible, juste, profond, drôle. Un moment cru et nu qui met la conscience aux prises avec cette réalité : on survit à tout, mais pas n’importe comment.

L’autre grand spectacle de cette année, c’est le Proust de Yves-Noël Genod aux Bouffes du Nord. Une lecture brillante par le comédien d’un des textes les plus dépiautés par la critique littéraire. On a vraiment vécu deux heures avec Marcel, dans une réflexion profonde valable pour tous les temps – gagnés et perdus.

Enfin, côté Opéra, la mise en scène le plus subtile d’une création musicale sur un livret des années 1930 va pour moi à David Pountney pour son Figaro get’s a divorce, vu au Grand Théâtre de Genève.

Simon Théodore

« Briser les frontières entre les arts » : voilà sûrement le point commun des trois représentations qui m’ont le plus marqué cette année. Si, parfois les enjeux de ces spectacles semblaient difficiles à saisir, peut être trop poétiques ou abstraits, la forme en dévoilait leur beauté et leur intérêt…

Je commencerais ma sélection par Fruits of Labour de Miet Warlop. Entre atmosphère « pink floydienne » et sonorités dub planantes, cette performance de la créatrice flamande, présentée lors du Festival Extradanse de Strasbourg, propose une nouvelle forme de concert de rock.

Autre spectacle où la dimension musicale était essentielle : Bien Sûr, Les Choses Tournent Mal de la compagnie Kubilai Khan Investigations. Un véritable voyage immersif, à la croisée du concert et de la danse, où la trame se construit autour d’une question : « Comment évoquer les conséquences écologiques de notre présent à partir d’un futur imaginé ? ».

Enfin, Bienheureux Sont Ceux Qui Rêvent Debout Sans Marcher Sur Leurs Vies clôt mon top de l’année. Derrière ce titre à rallonge, Boris Gibé et Florent Hamon brisent les frontières entre les arts du cirque, de la danse et du cinéma. Entre sensualité, violence et érotisme, le langage des corps prend tout son sens et s’exprime à travers une mise en scène réfléchie.

Simon Gérard

Je rejoins évidemment Simon Théodore pour Fruits of Labour de Miet Warlop. Ce n’était ni une pièce comme les autres, ni un concert comme un autre, ni une performance comme une autre. Une inventivité folle était mobilisée pour montrer au public quelque chose de simple, presque idiot : par le processus de création, quelque chose est créé. Titre insolent que ce Fruits of Labour qui ne parle de rien d’autre que de lui même. Mais il fallait le faire.

Il y a des spectacles qui prennent de l’importance avec le temps. C’est le cas par exemple du Babarman de Sophie Perez et Xavier Boussiron, présenté en mai dernier aux Amandiers. Idée géniale que de proposer un spectacle pour enfants et pour adultes, mais où enfants et adultes n’assisteraient absolument pas au même spectacle — malgré un plateau en commun. La légèreté et l’immaturité rigolote des aventures de Babarman, roi pétomane en pleine crise existentielle, côtoie de très près une réalité crue, gênante et parfois triste, uniquement réservée aux parents… Mais jusqu’à quand tiendra le si fragile vernis de l’enfance ?

Enfin, il est important de mettre en avant le travail théâtral original et innovant de Jonathan Capdevielle — dont trois spectacles, À nous deux maintenant, Saga et Adishatz ont été  présentés ou représentés au cours de cette année 2017. Capdevielle a su mettre en place une esthétique théâtrale extrêmement personnelle — à la limite de l’autobiographie — et cohérente. Même lorsqu’il s’attaque à Bernanos pour adapter Un Crime à la scène, c’est pour évoquer et questionner le lien qu’un artiste établit avec son oeuvre et celle des autres. La théâtralité prend la forme d’une fugue, et on est systématiquement emporté dans un univers polyphonique et polymorphe fascinant.

Christophe Candoni

Retour sur une production majeure de la saison de l’Opéra national de Paris avec la revisite expérimentale de Cosi fan tutte par Anne Teresa de Keersmaeker. Fidèle à son écriture chorégraphique minimaliste et circonvolutive, l’artiste belge traduit passionnément les errances des cœurs mozartiens.

Autre production vertigineuse, l’Ibsen Huis du jeune et surdoué metteur en scène Simon Stone, déjà star des scènes internationales. Produite par le Toneelgroep Amsterdam et présentée cet été au Festival d’Avignon, la pièce parcourt toute l’oeuvre du dramaturge nordique et actualise sans tabou ses plus grands thèmes. Joué et mis en scène avec une force et une sensibilité incomparables, le spectacle est un des plus puissants de l’année.

Emprunt d’une superbe délicatesse, Doreen, présenté au Théâtre de la Bastille, fut un choc émotionnel de par son sujet sensible, finement traité et porté par un couple d’acteurs hors pair (Laure Mathis et David Geselson).

Milo Rau a fait sensation avec Five easy pieces présenté à Nanterre-Amandiers, un spectacle bousculant d’une beauté et d’une densité rares où se rejouait le fait divers Dutroux avec de très jeunes et fabuleux acteurs issus du CAMPO de Gand.

Enfin la revisite très personnelle des évangiles par Pippo Delbono dans Vangelo, un théâtre hurlant et intime comme sait si bien le faire l’artiste italien.

David Rofé-Sarfati

Hors concours d’une sélection toujours difficile à arbitrer, le magnifique et unique « Tous des oiseaux » de Wajdi Maouwad à La Colline aura signé l’année 2017. En remontant l’année nous aurons croisé des spectacles surprenants, novateurs, toujours prodigues, comme autant de balises de la création d’un millésime très riche. Resteront en nous certainement ceux qui auront su innover de façon radicale sans renoncer à sensibilité et à la vulnérabilité de l’acte théâtral. Citons donc : le sidérant EL OTRO du chilien Luis Guenel, le pessimiste LOVE, LOVE, LOVE de Mike Bartlett mise en scène par Nora Granovsky, l’actuel et fantastique Marchand de Venise de Jacques Vincey et l’avant gardiste UN SOIR AVEC VICTOR H de Lucie Berelowitsch.

Geoffrey Nabavian

Tardivement, l’année 2016 m’avait offert sa perle théâtrale, à placer en tête de classement. Tel est un peu le cas pour 2017, aussi : mon spectacle champion de l’année, ma plus belle expérience, reste Dom Juan mis en scène par Marie-José Malis, au Théâtre de la Commune, à Aubervilliers. Où, dans une salle de représentation à nu, sans décor, une dizaine de comédiens étourdissants, entourés d’une équipe à toute épreuve, se sont employés à faire vibrer très fort les entrailles douloureuses de la pièce de Molière. En nous offrant ces mots, avec calme et intensité. Avec du respect, et du jeu, de la magie, et de la colère. Sous des lumières restant allumées tout du long, au-dessus du public. Afin que le partage puisse avoir lieu, dans la réflexion, et dans la sensation.  4h37 de voyage et d’étonnement. Magnifique travail. Vive le non-figuratif.

Un peu plus tôt dans l’année, le Festival de Caves 2017, 12e du nom, a permis aux spectateurs curieux de vivre une traversée, ou plus exactement une ascension, avec retours tout en bas, très, très marquante. L’Illetric, pièce écrite par Moreau, et mise en scène également par lui, dans le cadre du beau Festival. Réunis à vingt dans une cave parisienne du côté de Marcadet-Poissonniers, nous avons pu suivre l’excellente Anne-Laure Sanchez, s’enfonçant, en solo, et quasi immobile, au cœur des mots rugueux, fiévreux, empoisonnés parfois, humains et vibrants toujours, de Moreau, occupé dans ce texte à peindre un être aux prises avec l’illétrisme. La création de cette pièce, écrite suite à une commande de Lectures & lecteurs et Etienne Charasson, au Festival de Caves, constitua une tentative prenante, épuisante parfois, s’adressant à la tête et aux sens. Joliment perturbés par le sous-sol et son atmosphère… Vive l’underground théâtral.

En début d’année 2017, aussi, un autre voyage, tout simple et tout juste, en terres d’intimité, a constitué lui aussi un événement : Jo&Leo, pièce de Julie Ménard, mise en scène par Chloé Simoneau, et présentée au Théâtre de Belleville. Les splendides Lola Roskis Gingembre et Lou Bohringer ont été là pour nous aider à glisser dans un univers subtilement peint, à l’atmosphère emplie d’humanité et de justesse, traduite sans aucun effet superflu. Un peu plus d’une heure durant, on a pu vivre au rythme des vies de deux jeunes filles, amenées à découvrir leur attirance l’une pour l’autre. Des existences offertes à nous sans images toutes faites, dans leur complexité. Vive les différences, et les vies pas très droites.

Enfin, l’une des réussites de l’année fut La Grande Montée. Un opéra rock mené par le groupe Cheveu, avec des chanteurs lyriques et un choeur de participants amateurs, prenant pour figure centrale le coureur cycliste Marco Pantani. Programme fascinant, mis en scène par Julien Fisera. Et présenté pour une seule soirée, au grand hélas, au Théâtre des Amandiers, à Nanterre. Une réussite cocasse, touchante, entre plusieurs tons, émaillée de chansons bien écrites, portée par une joie furieuse. Dans un climat fonceur. Une tentative pas gagnée d’avance, mais très marquante au final. Vive la prise de risque. Vive l’avant-garde théâtrale !

Visuels :

Put your heart your feet ©Pierre PLANCHENAULT

La Recherche ©Christine Monlezun

Bien sûr les choses tournent mal (c) Jean Michel Blasco

Cosi ©Anne Van Aerschot

El Otro  ©DR

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