Danse
Boris Gibé & Florent Hamon – Bienheureux sont ceux qui rêvent debout sans marcher sur leurs vies

Boris Gibé & Florent Hamon – Bienheureux sont ceux qui rêvent debout sans marcher sur leurs vies

15 mai 2017 | PAR Simon Théodore

Dans le cadre du Festival Extradanse de Strasbourg, Boris Gibé et Florent Hamon présentaient leur dernière création. Spectacle au titre à rallonge, Bienheureux Sont Ceux Qui Rêvent Debout Sans Marcher Sur Leurs Vies s’inscrit dans une démarche, entamée en 2008, qui consiste à interroger les interactions entre danse, cirque et cinéma. À la croisée de ces arts, le corps devient un medium d’expression intéressant mais parfois inintelligible.

La salle de théâtre est plongée dans un noir total. Des immenses néons scintillant agressent l’œil du spectateur. Le décor-machine se distingue par intermittence. Le bruit et les ombres témoignent de ses mouvements dans l’espace, dévoilant ainsi la profondeur du champ et la simplicité du lieu. Quelques projecteurs sont disposés sur le sol et s’illuminent au rythme d’une voix off. Dos au public, dans le fond de la scène, apparaissent finalement les deux interprètes. Ils évolueront dans un décor de cinéma, se transformant et se dégradant au rythme de la performance.

Divisée en trois actes, cette performance est construite autour de rythmes à l’efficacité relative. Si la première partie, durant laquelle les corps des deux interprètes se meuvent et ne font qu’un, est emprunte d’une forte sensualité et d’une poésie certaine, elle s’avère, sur la durée, quelque peu redondante. Contrastant ce rythme lancinant, le dernier tiers du spectacle voit apparaître une forme de violence, tant physique que visuelle. Les corps ne dansent plus mais se battent et la sensualité s’est transformée en érotisme au moment où les corps évoluent dans leur plus simple appareil. À l’évidence, le langage de ces corps nus perturbe et l’intensité du spectacle atteint, malgré les rires nerveux, son paroxysme.

Parfois difficiles à saisir à travers la chorégraphie, quelques enjeux comme la prédominance de l’information dans une société visuelle ou la sexualité sont évoqués. Néanmoins, ce spectacle se distingue par cette recherche de trouver, à travers le corps et ses mouvements, une nouvelle forme de communication. Aussi, l’intérêt de la démarche de Florent Hamon et Boris Gibé se trouve dans la volonté constante de briser les frontières entre la danse, le théâtre et le septième art. Celui-ci transparaît tant dans la mise en scène que dans l’utilisation des lumières et des sons. Durant l’interlude marqué par de faux problèmes techniques, les ambitions du duo sont d’ailleurs évoquées. L’instant s’inscrit alors comme un véritable temps de rupture, durant lequel le public est pris à partie, et se voit doté d’une dimension comique intéressante qui permet de s’écarter de la simple représentation de danse contemporaine.

En somme, Bienheureux Sont Ceux Qui Rêvent Debout Sans Marcher Sur Leurs Vies est un spectacle de danse contemporaine dont la force réside dans la volonté de briser les frontières entre les arts à travers une mise en scène réfléchie. Néanmoins, en dépit de la véritable osmose unissant les interprètes durant les phases les plus intenses, la chorégraphie manque d’une diversité qui permettrait d’améliorer la dynamique de la première partie de la représentation.

Visuel : (c) POLE SUD – CDC

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Simon Théodore

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