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Enquêtes vagabondes, dans les pas d’Emile Guimet

Enquêtes vagabondes, dans les pas d’Emile Guimet

10 décembre 2017 | PAR Laetitia Larralde

Le Musée Guimet nous propose de remonter aux origines de sa création avec une exposition sur les voyages de son fondateur, Emile Guimet, 140 ans après son voyage en Asie.

L’origine du musée est un pigment, un colorant artificiel bleu outremer qui assura la fortune de la famille Guimet et permit à Emile de se consacrer aux voyages. Avant sa grande expédition en Asie il avait déjà visité plusieurs pays, notamment l’Egypte où le musée de Boulaq avait fait germer l’idée de créer son musée, et publié des récits de voyage où sa curiosité et son ouverture au monde transparaissaient déjà. C’est en mission officielle pour le Ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts qu’il part en 1876 pour l’Asie, mais prenant la direction de l’ouest. Il retrouve à New York le peintre et illustrateur Felix Regamey, qui se chargera de la documentation graphique du voyage afin de compléter les notes d’Emile Guimet. Ils commencent donc par traverser les Etats-Unis d’est en ouest, étudiant au passage les différentes sectes religieuses qu’ils rencontrent, sujet qui passionne Guimet. Ils poursuivent ensuite par le Japon, récemment ouvert aux étrangers mais sous contrôle strict, les non-japonais n’étant autorisés à visiter que quelques villes du pays. Après deux mois riches de rencontres ils continuent vers la Chine, où la situation est difficile entre guerres et révoltes, et ils ne restent que peu de temps, pas assez pour comprendre le pays et ses habitants avec lesquels la communication est difficile. Le voyage continue vers Ceylan et l’Inde, pour retourner en France via l’Egypte et le tout nouveau canal de Suez.

Au cours de ce voyage, dont le point d’orgue a été le Japon, Guimet et Regamey ont particulièrement étudié les religions des pays visités et recueilli une documentation précieuse sur la vie quotidienne. Regamey fait beaucoup de croquis sur le vif, dont quelques-uns sont présentés dans l’exposition, afin de pouvoir faire ses grands tableaux une fois de retour en France. Ces tableaux, qui dormaient dans les réserves du musée depuis de nombreuses années et dont certains ont nécessité une restauration, avaient pour but de servir de mise en contexte à tous les objets rapportés du voyage.
Regamey fait preuve dans ses toiles, croquis et gravures d’un œil ethnographique. Les scènes représentées sont souvent enrichies de détails du quotidien, ou de précisions sur les outils, objets de culte, costumes… Bien que sa peinture soit tombée dans l’oubli dans les années 1920 car on lui reprochait sa naïveté, elle porte en elle un témoignage fort sur les pays visités, notamment le Japon qui commençait tout juste son occidentalisation et pour lequel le peintre avait une fascination née avec le japonisme européen. Ses toiles du Japon semblent avoir capturé une partie de l’âme japonaise tant elles résonnent avec le mouvement des estampes Shin-hanga qui commença au début du XXème siècle et avec des œuvres d’artistes comme Yoshida Hiroshi ou Kawase Hasui.

L’Exposition universelle de 1878 de Paris est l’occasion de présenter les statues rapportées du Japon et de Chine entourées des tableaux de Regamey dans une préfiguration du futur musée. L’idée est ensuite de créer à Lyon, ville d’origine de Guimet, un musée encyclopédique dédié aux religions du monde entier, avec pour base les nombreux livres et manuscrits rapportés de voyage. Mais par faute de soutien de la ville, Guimet se voit contraint de déménager à Paris, où, aidé par l’Etat et la ville de Paris, il construit son musée et en devient directeur, en contrepartie du don de sa collection. Le choix de Guimet dans ses acquisitions est souvent guidé par l’aspect industriel, comme par exemple l’utilisation des pigments dans les céramiques chinoises, ou l’intérêt purement iconographique. Mais la reconstitution du mandala du temple Toji de Kyoto, copie qu’il avait commandée à échelle réduite à un sculpteur japonais, a pour lui une portée pédagogique forte : l’ensemble de sculptures, disposé ici dans son agencement originel, est pour lui une évocation claire de la doctrine bouddhique qui explique comment parvenir à l’illumination.
L’exposition se termine avec une série de petits films documentaires des archives Pathé datés entre 1896 et 1920 qui montrent la fascination des cinéastes pour l’Extrême-Orient et semblent nous faire marcher dans les pas de Guimet.

A l’époque des premiers touristes, l’évocation du voyage d’Emile Guimet et Félix Regamey montre deux apprentis savants enthousiastes, avides de partager leurs découvertes, leur savoir et leur vision du monde.

Enquêtes vagabondes, le voyage illustré d’Emile Guimet en Asie
Musée National des arts asiatiques – Guimet
du 6 décembre 2017 au 12 mars 2018

visuels : 1- affiche de l’exposition / 2- © Collection Famille Guimet et musée Guimet, Paris / Image MNAAG / 3- © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Mathieu Rabeau / 4- © Musée Guimet, Paris, dist. RMN Grand Palais / Image MNAAG / 5- © MNAAG, Paris, dist. RMN-Grand Palais/Thierry Ollivier

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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