Théâtre

Un soir chez Victor H. de Lucie Berelowitsch à La Loge.

Un soir chez Victor H. de Lucie Berelowitsch à La Loge.

10 octobre 2017 | PAR David Rofé-Sarfati

La définitivement géniale Lucie Berelowitsch (AntigoneLe Livre de Dina) monte au Théâtre de la Loge un spectacle déambulatoire inspiré des procès verbaux des séances de spiritisme de la famille Hugo lors de leur exil à Jersey, et signe un spectacle jubilatoire empli des mots de Victor Hugo et d’une facette de l’auteur: la folie. 

En 1852, la famille Hugo est en exil à Jersey. Dans leur maison en bord de mer Victor Hugo s’initie au spiritisme jusqu’à en perdre un peu la raison. C’est lorsque l’esprit de sa fille Léopoldine lui apparaît que Victor Hugo décide d’organiser pendant les deux années qui suivent des séances de spiritisme avec sa famille et ses amis. Avec ces esprits, ils échangent sur l’art, la mort, composent des poèmes, parlent de démocratie, de république et de religion. Les séances prendront fin quand Jules Allix, dans une crise de folie, se jettera sur la famille Hugo, une arme à la main. Il sera interné et deux semaines après cet épisode, la famille Hugo sera expulsée par les autorités locales de Jersey vers Guernesey.

Au premier acte nous sommes installés dans le parc municipal attenant au théâtre. Entre les jeunes rappeurs et les joueurs de boules, Victor Hugo débarque avec sa petite famille, jetés du bateau qui les a expulsé du continent. Thibault Lacroix le pétillant Tiresias du fabuleux Antigone  (création 2016) incarne un Victor Hugo exubérant, harangueur qui malgré l’humiliation de l’exil ne renonce ni à son rang ni à ses combats. Berelowitch comme à son habitude pousse le biais et le décalage; son Hugo sera un histrion halluciné, un psychotique version paranoïaque. Les mots de l’académicien militant républicain, un peu libertaire aussi, sonnent dans la bouche de Thibault Lacroix comme le bourdon d’un culte républicain. Victor Hugo vient à nous avec sa fièvre de vivre, d’enseigner, d’insuffler sur le monde. Au deuxième acte nous sommes réunis autour de tables de spiritisme, les séances se succèdent et les phrases de Hugo sont savoureuses car dites par le poète en personne, en chair et en os et en folie. Nous sommes saisis par les comédiens dans une performance affleurant le délire habillé par le travail soigné et efficace sur la lumière. On oublie notre chaise et son inconfort. Lorsque Hugo se querelle avec Shakespeare par le truchement de Baudelaire, notre âme d’enfant réveillé par le talent de la proposition s’émerveille de la visite des trois grands hommes.

Il arrive que la caricature mieux que la tempérance rende justice à un homme et à son oeuvre, il arrive que le versant psychotique d’un être en dise plus sur lui que le reste de son discours. Preuve en est chez le Victor Hugo de Lucie Berelowitch, et chez elle aussi peut-être. Restent 3 dates à ne pas rater.

 

 

Mise en scène : Lucie Berelowitsch
Musique : Sylvain Jacques
Lumières : Kelig Le Bars
Avec Claire Bluteau, Vincent Debost, Jonathan Genet, Thibault Lacroix et Jeanne Lazar.
1H10
Theatre La Loge
77 rue de Charonne
Paris 11e

Crédit Photos Hélène Bozzi

Festival Lumière: rencontre avec Denis Revirand, chargé de promotion
Omar Sosa, Seckou Keita et Gustavo Ovalles électrisent le Bal Blomet [Live Report]
David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *