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Fruits of Labor : L’ « art-rock » de Miet Warlop

Fruits of Labor : L’ « art-rock » de Miet Warlop

07 mai 2017 | PAR Simon Théodore

Diplômée de l’Académie royale des Beaux-Arts de Gand, Miet Warlop est une artiste visuelle belge. Après avoir présenté son nouveau projet Fruits of Labor à la Villette et lors du 19ème Festival Artdanthé, elle était programmée, les 4 et 5 mai à Strasbourg dans le cadre du Festival Extradanse. Entre performance visuelle et concert de rock, ce spectacle se révèle être un syncrétisme réussi et plaisant de différentes formes de spectacle vivant.

La lumière illumine la salle de la Grande Scène du Centre Dramatique National d’Alsace lorsque les visiteurs s’installent. Sur les planches, dos au public, cinq silhouettes se distinguent devant des meubles recouverts d’un drap blanc. Droite, installée sur un plateau tournant sur lui-même, Miet Warlop scintille telle une boule à facette de soirée disco et les premiers accords de la ballade d’ouverture « Fucking Flower » résonnent. Le tissu dévoile alors une batterie démembrée, puis progressivement remontée. Celle-ci battra le rythme de cette performance d’ « art-rock »…

Fruits of Labor s’apprécie comme un concert de rock. Inspirées par des atmosphères « pink floydiennes » et d’’autres plus modernes, les compositions envoûtent, immergent l’audience dans l’univers de Miet Warlop et permettent au public de participer à la performance en tapant le rythme des mains. Au fil des huit titres constituant ce voyage, les quatre multi-instrumentistes s’échangent basse, batterie, micro et guitare. Seul le cinquième membre de la troupe tiendra un unique rôle en incarnant la figure du roadie. Il ne prendra sa trompette que lors du magnifique final, « Tell Me », aux sonorités dub planantes et à l’atmosphère presque apocalyptique.

La créatrice flamande s’inscrit au croisement des arts visuels et de la scène en produisant un véritable syncrétisme des genres. Si la dimension musicale est, sans aucun doute, agréable, elle tire sa force et son impact à travers la forte impression visuelle qu’il se dégage du spectacle. Que ce soit le jeu de scène des comédiens ou le recours à des éléments de décor dans le processus de création musicale, tout est pensé pour que les codes s’effacent. L’effet produit renforce alors l’intensité de la performance. Ainsi, les comédiens n’hésitent pas à délaisser les planches pour aller à la rencontre du public ou à prendre un immense bloc de polystyrène pour symboliser un taureau de corrida, une voiture roulant à vive allure ou encore un autel sur lequel serait suspendu un nouveau messie.

Bien que la forme du spectacle soit réussie, il est parfois difficile de déceler le fond à travers la simple réception des paroles des chansons. Interprétées en anglais et en français, celles-ci impliquent de prêter attention aux gestuelles des corps et aux autres éléments de la mise en scène. Comme souvent dans le spectacle vivant, il est alors question de représenter la société contemporaine. Ainsi, Miet Warlop emploie des formes, des couleurs, des sonorités et des rythmes pour évoquer le terrorisme, la religion ou encore la drogue. Autant de thématiques aux enjeux forts caractérisant notre monde.

En somme, avec Fruits of Labor, Miet Warlop propose un spectacle aussi beau visuellement que prenant musicalement. Elle s’écarte de sa série de personnage-objets présents dans Mistery Magnet et construit une œuvre musicale innovante qui ne prend sens qu’à travers l’harmonie de l’interaction entre les personnages et les objets : à savoir une nouvelle forme de concert rock !

Visuel : (c) POLE SUD – CDC

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Simon Théodore

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