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Le best of livres 2020

Le best of livres 2020

11 décembre 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Une chose que les confinements et autres couvre-feux nous autorisent à faire, c’est lire. L’année 2020 nous a vu avaler nombre de romans dont certains dormaient dans nos bibliothèques depuis longtemps. Voici un best of entre archives et rentrées littéraires !

Yaël

2020, cette année de confinement aurait du être une année de lectures et puis finalement pas tellement ou pas assez. Trop de temps à lire certains classiques peut-être. Besoin de cela : se ressourcer. Néanmoins, dans l’offre riche qu’on a vu affleurer dès que cela a été possible, j’ai été très marquée par la justesse et la sensibilité de Chavirer de Lola Lafont (Actes Sud) qui pour moi mérite vraiment un prix dans cette rentrée littéraire. Côté historique j’ai beaucoup apprécié La Maison Allemande de Annette Hess, également chez Actes Sud. Et enfin, mordant, pertinent et juste, Le Dernier juif de France de Hughes Serraf m’a fait rire et réfléchir (Intervalles).

Amélie

En 2020 je me suis sérieusement remise à lire, comme quand j’étais jeune. Avant, je lisais un livre par semaine, et là c’est de retour, cela ne tient pas qu’aux confinements, mais le résultat est là. Je vais commencer mon best of par le passé. Mon cher et tendre m’a mis dans le mains L’Absolue Perfection du crime de Tanguy Viel, un roman noir très drôle sur un braqueur raté écrit en 2001. Une merveille de cynisme et d’écriture directe. J’ai également rattrapé Le Maître des illusions de Donna Tartt, écrit en…1994!!!. Il s’agit d’un autre polar sous fond d’humanités grecques. La structure est 100% américaine puisque l’on suit un personnage qui parle au présent, du passé. Et c’est exactement ce qu’a fait Eric Reinhardt avec ses Comédies Françaises dont le héros Dimitri est déjà mort avant que tout ne commence. C’est pourtant lui qui nous racontera comment sous Giscard, la France a raté le coche d’internet, et surtout comment c’était avant, avant tout, de séduire et boire des cafés dans Paris. Mon dernier coup de cœur de la rentrée littéraire, était Chavirer, le livre de Lola Lafon sur la prostitution mondaine des adolescentes. Un livre qui raisonne avec LE livre de cette année, Le consentement de Vanessa Springora qui a rajouté au mouvement metoo un nouveau volet, celui du monde de l’édition. Son témoignage, intense était la seule façon d’arrêter le pédophile Gabriel Matzneff. C’est aussi un ouvrage majeur sur la fascination au pouvoir, celle qui pousse les mères à mettre leurs filles dans les lits des puissants. Depuis le livre a été traduit et ne cesse depuis un an d’être lu et écouté. Oui, un livre, cela s’écoute aussi !

Géraldine

En 2020, j’ai commis un sacrilège, je lis désormais sur liseuse… nostalgique de l’odeur du papier et des crampes quand il faut tenir le livre dans une position tordue, mais bien obligée de reconnaître l’allègement de mes bagages et les vertus de la fonction annotation….

J’ai aimé en 2020 la plume si radicale de Constance Debré, dans Love Me Tender. De quoi débouter définitivement les détracteurs de l’autofiction, tant son écriture nous bouleverse de justesse et de courage. Une farouche liberté, Gisèle Halimi, (grand) hommage oblige. Yoga, d’Emmanuel Carrère, parce que depuis le temps il le méritait, son Goncourt raté, mais surtout ce journal d’une dépression affrontée tout nu nous saisit aux tripes. Et répond accessoirement à tous nos doutes non politiquement corrects sur le yoga et la méditation. D’une grande humanité. La Petite Dernière, de Fatima Daas, pour le plaisir de découvrir une nouvelle écriture, et comprendre comment les paroles du Coran peuvent soutenir, porter, hanter, une jeune fille musulmane, lesbienne, féministe en banlieue aujourd’hui.

Laetitia

la bande-dessinée, un des secteurs du livre se portant le mieux, a elle aussi subi 2020 avec des bouleversements de calendriers de sorties chaotiques. Mais on voit également naître des nouvelles façons de penser l’édition, avec de meilleures rémunérations des auteurs, comme le projet Exemplaire mené par Lisa Mandel.

Côté manga, la série Sengo, qui a commencé à être publiée cette année, est nettement sortie du lot. L’originalité du sujet (le retour à Tokyo de deux soldats juste après la seconde guerre mondiale), le dessin, le mélange gravité et humour, tout en fait une série passionnante.

Si j’ai beaucoup aimé Aldobrando de Gipi et Critone et Géante de Deveney et Tamarit, J’ai été littéralement happée par Le serment des lampions de Ryan Andrews. Cette histoire entre voyage imaginaire d’enfants et conte initiatique et fantastique m’a ramenée au cœur des histoires de ma jeunesse, un mélange entre Spielberg, Tolkien et Ghibli qui nous emporte dans des contrées lointaines et merveilleuses. Le tout porté par un dessin magnifique, mon coup de coeur de l’année.

Et enfin, je l’ai attendu avec impatience, le nouvel album Touiller le miso de Florent Chavouet a été, encore une fois, un vrai délice. Livre hybride entre bande dessinée, livre illustré et récit de voyage, l’univers de l’auteur et son regard sur le Japon sont uniques, et rarement exactement où on l’attend.

Julien

2020 m’aura laissé pas mal de temps (à mon plus grand désespoir) mais, ce n’est pas pour autant que j’ai lu plus de livres. J’ai d’ailleurs choisi de me concentrer sur des livres longs comme La Chartreuse de Parme, complexes comme La Maison des feuilles de Danielewski ou des grands classiques comme Le Père Goriot. Au-delà de ces livres qui étaient dans ma PAL (Pile à lire, comme on dit sur Instagram), j’ai eu le plaisir de débuter l’année par un essai passionnant sur une nouvelle vision de la lutte des classes : Les Deux clans de David Goodhart. Placé près de Humanité de Rutger Bregman, ce sont vraiment deux essais passionnants que j’ai dévorés, le deuxième, plus journalistique, étant peut-être plus grand public. J’ai aussi pu me plonger dans cette très belle histoire d’amour que j’avais repérée à la rentrée littéraire 2018, Ça raconte Sarah de Pauline Delabroy-Allard, maintenant disponible en poche et à offrir pour Noël. La rentrée de littéraire de septembre n’a malheureusement pas transformé l’essai : rien ne m’a follement convaincu. Je louerai tout de même ce court texte tristement prophétique : La Machine s’arrête de E. M. Forster, novella de science-fiction annonciatrice de Matrix et des meilleurs épisodes de Black Mirror.

Enfin, pour moi, un top doit aussi regarder de l’autre côté de la lorgnette : en tant que chroniqueur, il est important pour moi de vous dire quels livres il ne faut pas lire. On passera ainsi rapidement sur Arcadie d’Emmanuelel Bayamack-Tam, « fourzitou » de tous les sujets de société et le resucé Broadway de Fabcaro, auquel on préférera grandement Le Discours du même auteur.

Mahaut

Cette année a eu le mérite de me faire sortir de ma routine littéraire, c’est vrai. Pour une fois, j’ai pu prendre le temps de lire tous les livres qui me donnaient vraiment envie. Au programme du premier confinement, le roman de Stephen King, L’institut, que j’ai dévoré d’une traite. Pour une fois, pas de sang, ou à peine, mais une étrange atmosphère dans un orphelinat pour enfants un peu spéciaux… et des personnages touchants ; j’ai même lâché une petite larme, je l’avoue, en tournant la dernière page…

Puis, une lecture un peu plus joyeuse ; j’ai découvert les Bandes dessinés Les vieux fourneaux dont le 6ème tome est sorti cet hiver pour Noël. J’ai adoré retrouver ses personnages tout au long de leurs péripéties toutes plus rocambolesques les unes que les autres. Enfin, j’ai profité de la réédition de Dune de Franck Herbert, pour enfin lire ce chef-d’œuvre de la science-fiction. J’ai plongé dans ce monde de sable où la seule chose qui fait encore vivre l’univers est une épice de longue vie, une histoire aux échos étrangement trop réalistes…

Marine

Il paraît que pendant le premier confinement, certains lecteurs assidus n’ont pas réussi à lire. Il paraît aussi qu’au contraire, des lecteurs d’ordinaire plus distraits ont à cette (très exceptionnelle) occasion plongé la tête la première dans leur bibliothèque. Me concernant, je me suis tournée vers ma pile à lire qui, de son côté, avait bien besoin d’un petit nettoyage de printemps. Ainsi, parmi mes lectures ont figuré des (presque) classiques qui manquaient sérieusement à mon palmarès (Just Kids de Patti Smith, Sula de Toni Morrison, Une femme d’Annie Ernaux…) et des nouveautés qui m’ont fait voyager, dont l’excellent nouveau roman de Gaëlle Nohant, La femme révélée

Considérant la rentrée littéraire de septembre, comment ne pas citer Liv Maria de Julia Kerninon, Fille, femme, autre de Bernardine Evaristo ou Les orageuses de Marcia Burnier, tout en haut de mon palmarès de l’année et que je conseille à tout mon entourage depuis leur lecture ? Et me concernant, 2020 a aussi inévitablement été marquée par les nombreux essais féministes de qualité arrivés en librairie dont Le Regard féminin, Une révolution à l’écran d’Iris Brey, Une farouche liberté de Gisèle Halimi, Présentes de Lauren Bastide ou Le génie lesbien d’Alice Coffin.

 

Jean-Marie

En 2020, la culture a été entravée et les libraires en difficultés mais il restait heureusement les livres. Des livres pour s’évader, se réconforter, réfléchir, vivre. Je retiendrai d’abord un coup de cœur, Les lendemains de Melissa Da Costa, le deuxième roman d’une auteure française de 28 ans. Amande renait après le décès de son compagnon et de son bébé. Un texte lumineux et sensible sur le deuil, la résilience, la renaissance par la création … d’un jardin de rêve… »Un immense cortège funèbre devenu l’accablant miroir de nos peines et de nos défaites ». Cette phrase est un bon reflet du roman de Pierre Lemaitre, Le miroir de nos peines. Un roman captivant sur un secret de famille et sur l’exode de 1940. Abhijit V. Banerjee, et Esther Duflo sont prix Nobel d’économie. Leur livre : Economie utile pour les temps difficiles est remarquable par sa clarté par sa pédagogie. Il a l’immense mérite de remettre l’expérimentation de terrain et la dignité humaine au cœur du débat économique.Cynthia Fleury, enfin pour Ci-Git l’Amer Guérir du ressentiment un essai élégant, important, pour la prévention de ce poison mental au niveau individuel et collectif. Le très beau travail d’une philosophe et d’une thérapeute.

Visuel ©Grasset

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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