Fictions
« Ça raconte Sarah » de Pauline Delabroy-Allard : Passion amoureuse (synonyme : souffrance)

« Ça raconte Sarah » de Pauline Delabroy-Allard : Passion amoureuse (synonyme : souffrance)

19 mars 2020 | PAR Julien Coquet

Premier roman d’une jeune auteure, Ça raconte Sarah est un roman d’amour exceptionnel. Deux femmes s’aiment beaucoup. Et même trop.

Sarah, elle est partout. Sa présence, envahissante, bouleverse la vie de la narratrice. Pourtant, cette dernière menait une vie réglée, cadencée par son nouveau-né et par les cours d’histoire qu’elle donne à Paris. Il faut continuer à vivre après le départ du père de l’enfant. Et voilà qu’arrive Sarah, la bouleversante, la virevoltante, la tournoyante. Bref, en un mot : la vivante. Cette rencontre entre deux femmes est une révélation. La présentation de l’une à l’autre aurait pu conduire à de l’amitié. C’était sans compter la révélation de Sarah : « je crois que je suis amoureuse de toi ». A partir de cet aveu, c’est la passion entre les deux femmes. Et qui dit passion dit souffrance. Sarah est trop vivante, trop enjouée, trop libre. Un tel amour passionnel ne pouvait conduire qu’à une impasse. La deuxième partie du roman s’attarde sur le drame de cet amour.

A la lecture de Ça raconte Sarah, on devine que Pauline Delabroy-Allard a lu les grands textes théoriques sur l’amour : Fragments d’un discours amoureux de Barthes, Le Choc amoureux d’Alberoni… Par de courts chapitres, l’auteur dresse le portrait d’une femme qui, telle une tempête, emporte tout sur son passage. « Dans cette tempête, elle est capitaine de navire ». La narratrice, « femme de marin », est emportée bien malgré elle. Elle ne peut expliquer cet amour, cette nouvelle attirance pour les femmes. L’amour passionnel passe par les détails : un mot prononcé d’une telle manière, un geste effectué, un morceau de musique que l’on fait découvrir. Tout est prétexte à s’émerveiller. Mais Pauline Delabroy-Allard montre aussi la face cachée de cet amour qui devient passion et obsession. Ce sont les appels nocturnes, les horribles sensations de manque, le mal-être physique. Dans la deuxième partie, que l’on ne racontera pas, c’est l’effondrement. On tient là un très grand roman sur l’amour.

« Elle contrarie son emploi du temps dès qu’elle le peut, pour me voir. C’est toujours le même scénario. Elle vient chez moi, dans mon appartement. Elle chuchote quand je lui demande de parler moins fort parce que mon enfant dort à côté. Elle laisse durer, toujours un peu, le moment délicieux du dîner. Elle raconte des histoires. Elle boit son verre de vin en me regardant droit dans les yeux. Elle fume une cigarette à la fenêtre. Et puis elle n’y tient plus, elle s’approche de moi. Elle me respire, elle m’aspire. Ça raconte ça : le souffle, le soufre, la tempête. »

Ça raconte Sarah, Pauline Delabroy-Allard, Les Editions de Minuit, 192 pages, 7,80 €

Illustration : Couverture du livre

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Julien Coquet

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