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[Best of 2015] Les 20 albums de l’année

[Best of 2015] Les 20 albums de l’année

28 décembre 2015 | PAR Bastien Stisi

Une année de musique résumée en 20 albums : voici ce que vous avez (peut-être) adoré en 2015, et surtout ce que vous avez loupé.

20. Blind Digital Citizen, « Premières Vies » (Entreprise)

« Le meilleur est à venir, l’avenir est ici », s’emporte ainsi François dans l’antimiliariste et optimiste « War », ce morceau explosif et époustouflant qui clôture le 1er album de Blind Digital Citizen. Pas certains que le quintet signé chez Entreprise puisse trouver un jour formule plus judicieuse : car l’on a du mal à imaginer comment la pop fabriquée en France pourra désormais tenter de tordre la langue sans songer à ce premier album exemplaire et absolument abouti.

Dans le iPod : « Ravi », « Cumbia », « Dvek »

19. Mbongwana Star, « From Kinshasa » (World Circuit)

Deux anciens de Staff Beda Bilili (Theo Nzonza et Coco Ngambali), se positionnent, d’emblée et de manière littérale, comme les véritables « stars du changement », et mettent sur pied un album qui oscille ainsi entre post-punk DIY, rythmiques traditionnelles, rumba congolaise, électro progressive et incantations griot, un son fusionnel et lo-fi marqué par les essayages semblables des ambassadeurs locaux et continentaux du genre (Konono n°1, avec qui ils ont d’ailleurs collaboré sur « Malukayi »), et qui témoigne de la richesse humaine et sonore ahurissante de ce que peut produire la scène alternative congolaise.

Dans le iPod : « Maluyaki », « From Kinshasa To The Moon », « Kimpala »

18. Mutiny On The Bounty, « Digital Tropics » (Deaf Rock Records)

En abandonnant les voix qui parasitaient hier le propos global, et en laissant dialoguer guitares et machines, les Luxembourgeois de Mutiny On The Bounty trouvent enfin leur rythme de croisière. Et redistribuent, dans la lignée de Battles, les cartes nouvelles et exigeantes d’un d’un math-rock électronique, changeant et longiligne. Il se passe donc des choses dans le petit Grand Duché de Luxembourg…

Dans le iPod : « Dance Automaton Dance », « Ice Ice Iceland », « MKL JKSN »

17. Blanck Mass, « Dump Flesh » (Sacred Bone Records)

En amont de Fuck Buttons, qu’il mène depuis trois excellents albums avec son binôme Andrew Hung, John Power a construit le projet Blanck Mass, dont il livre aujourd’hui sur Sacred Bones Records un second album radical enfin à la hauteur de ce qu’il est capable de produire avec son groupe d’origine. Post-rock sans guitares et ambiances violement drone, de l’électro gangrenée de l’intérieure, et construite sous camisole.

Dans le iPod : « Cruel Sport », « Dead Format », « Loam »

16. Feu ! Chatterton, « Ici le Jour (a tout ensevelli) » (Barclay)

Après des débuts qui leur avaient valu l’étiquette (trop vite collée) de nouveaux apôtres d’une chanson / rock français revigoré(e)s, les 5 garçons de Feu ! Chatterton valident sur ce 1er album une mutation plus pop, confirmation grandiose d’un écart tellement dur à envisager. Un album de chansonnier, et donc un album de musiciens. À écouter à la lumière d’une bougie maigrie, qu’on veillera à alterner avec la lumière d’une boule à facettes grossie. Ici le Jour a tout enseveli. Et le monde (celui de la pop chantée en Français, essentiellement) s’en trouve d’un coup beaucoup plus lumineux.

Dans le iPod : « La Malinche », « Côte Concorde », « La Mort dans la Pinède »

15. The Soft Moon, « Deeper » (Captured Tracks)

Luis Vasquez, au moment de choisir le nom qui devait accompagner son projet de cold wave indus et shoegaze il y a maintenant cinq ans, s’est déciment salement trompé : car au lieu de « The Soft Moon », c’est bien « The Hard Moon » qu’aurait dû se nommer cette histoire de cris, de couches accumulées, de sédition acérée, d’ombres, savant et méchant mélange d’une techno indus, d’un post-punk métallique, d’un shoegaze claustrophobe, d’une cold-wave à la luminosité bien tamisée, d’une new wave aux allures mélodiques, le tout porté par cette voix qui frôle parfois les bas fonds, et les effraient souvent.

Dans le iPod : « Black », « Far », « Deeper »

14. Aldous Harding, « Aldous Harding »(Spunk Records)

Au milieu des All Blacks’s haka et des terres Aotearoa, Aldous Harding construit des petits mélodrames ordinaires sans fracas ni grand apparats. Son premier album de folk minimal, sorti quasiment de nulle part (mais quand même soutenu par un label local, Lyttelton Records, et par un autre australien, Spunk Records), s’impose cependant comme l’un des plus sensibles et des plus frissonnants de l’année.

Dans le iPod : « Hunter », « Stop Your Tears », « No Peace At All »

13. Bachar Mar-Khalifé, « Ya Balad » (InFiné)

Ya Balad (« ô pays » en Arabe), le 3e album de Bachar Mar-Khalifé, est sans aucun doute le plus abouti d’une carrière débutée il y a une demi-douzaine d’années chez InFiné. Le musicien d’origine libanaise y évoque, entre fantasmes assumés et souvenirs bouleversés, ce pays qu’il a été contraint de quitter à l’âge de 6 ans aux côtés de sa famille. Un album épris d’une liberté grandiose. Et absolument essentielle.

Dans le iPod : « Lemon », « Layla », « Ya Balad »

12. New Order « Music Complete »

Dix ans après Waiting for the Siren’s Call, et après deux albums clairement plus rock que leurs prédécesseurs, New Order marque avec la parution de ce 9e album (10e en comptant Lost Sirens, fait de titres inédits qui n’avaient pu trouver leur place sur Waiting for the Siren’s Call) un retour aux sources électroniques du groupe. Un son qui paraîtra convenu aux novices parce que déjà largement attendu. Mais en réalité singulier parce qu’il est récité par ceux qui, à l’Origine, ont contribué à le façonner.

Dans le iPod : « Singularity », « Plastic », « Unlearn This Hatred »

11. Battles « La Di Da Di » (Warp Records)

Cinq après avoir frôlé la rupture (le leader d’alors, Tyondai Braxton, s’en était alors allé débuter une carrière solo), Battles confirme avec La Di Da Di ce qu’avait déjà commencé à suggérer Gloss Drop, le précédent album studio des Américains : chez Battles, autour du trio John Stanier – Ian Williams – Dave Konopka, les machines ont définitivement pris l’ascendant sur les humains. Une évolution qui ne change pas la répartition des cartes : puisque dès lors qu’il s’agit de math-rock électro-sonique, et quels que soient les acteurs du moment, ces types-là n’ont définitivement pas de rivaux.

Dans le iPod : « Do Net », « FF Bada », « Cacio e Pepe »

10. Sufjan Stevens, « Carrie & Lowell » (Ashmatic Kitty)

Avec le sublime Carrie & Lowell, porté par quelques petites absolument cathartiques (« Death With Dignity », « All of Me Wants all of You », « No Shade in the Shadow of the Cross »…), Sufjan Stevens panse les plaises d’une blessure occasionnée par le décès, récent, d’une mère qui ne l’a pas élevé. Traumatique, l’album laisse derrière lui les extravagances pop de The Age of Adz afin de revenir à des fondamentaux plus folk, et soigne les maux par les mots. Un véritable confessionnal, et un chef-d’œuvre de folk lacrymal.

Dans le iPod : « All of Me Wants All of You », « Should Have Known Better », « Fouth Of July »

9. Perez, « Satos » (Barclay)

Le 1er album de Perez pourrait se voir résumé par son titre, Saltos, puisque celui-ci évoque à la fois les galipettes du corps et de l’esprit, et les sauts périlleux permanents entre les genres de prédilection de l’ancien leader d’Adam Kesher (entre pop variétale et cold-wave glaciale), mise au service de comptines dépressives et cyniques, de divagations vagabondes, de romances dantesques et chaotiques, de narrations libidineuses. L’excellent album pop français de l’année.

Dans le iPod : « Une Autre Fois », « Les Bars des Musées », « Apocalypse »

8. Howling, « Sacred Ground » (Monkeytown Records)

Si cette Terre-là est bien sacrée, comme le suggère le joli titre de l’album, l’Australien Ry X y est incontestablement pour quelque chose. Qu’il collabore ou s’associe avec n’importe qui (ici avec Frank Wiedemann, avec Adam Freedland et Steve Nelupa sur The Acid, avec sa guitare acoustique sur son projet perso), le charisme vocal de ce vendeur de merveilles tend, toujours et donc aussi sur son nouveau projet Howling, à diriger vers le sublime.

Dans le iPod : « Stole The Night », « Forest », « Short Line »

7. Nicolas Cruz, « Prender El Alma » (ZZK Records)

« Prender el alma ». C’est-à-dire « prendre l’âme ». Ou plutôt, moins littéralement et plus littérairement, en capturer l’essence, les origines. Se dresser comme une barrière devant l’oubli logique et difficilement remédiable. Ne pas oublier ses racines, et au contraire, les faire resurgir. C’est la démarche, plus anthropologique que touristique  qu’entreprend Nicolas Cruz via cet album brillant, qui propose un voyage dans cette terre d’Équateur à la fois évoquée avec le prisme d’hier et avec celui d’aujourd’hui. Avant-gardiste et donc indispensable.

Dans le iPod : « Sanación », « La Cosecha », « Eclipse »

6. Tame Impala, « Currents » (Modular Recordings)

Avec Currents, le troisième album de Tame Impala, Kevin Parker convoque toujours les glorieuses sensations psychés, mais en favorisant l’utilisation des synthés et des mélodies désincarnées aux dépens des guitares et des troubles mélanco-chantées qui ont, jadis, fondé sa postérité. Les guitares, omnipotentes hier, sont remplacées par les synthés et les basses mélodiques. On est ainsi passé du rock psyché à la pop psyché. Des songes enfumés aux dancefloors enjolivés.

Dans le iPod : « The Less I Know The Better », « Let It Happen », « ‘Cause I’m A Man »

5. Ratatat, « Magnifique » (Because Music)

Il faut quand même une sacrée confiance en soi (ou alors un je-m’en-foutisme royal) pour appeler un album Magnifique. Le terme, pompeux et adapté au propos, est ici à considérer dans le sens « somptueux », « nuptial », « grandiloquent ». Car Magnifique, le 5e album de Ratatat (les deux précédents s’avéraient largement plus atoniques), est un album qui en fait des tonnes. Et qui, c’est si rare, a bien raison de le faire.

Dans le iPod : « Cream On Chrome », « Nightclub Amnesia », « Magnifique »


4. Suuns & Jerusalem In My Heart, « Suuns & Jerusalem In My Heart » (Secretly Canadian)

Bien qu’imprégné de deux fortes personnalités sonores clairement identifiables (les incantations arabisantes de Jerusalem In My Heart et les boucles nerveuses de Suuns), l’album parvient à faire cohabiter avec justesse et coherence les sonorities des deux projets canadiens, juxtaposées à bon escient au point de ne faire plus qu’un. La diversité dans le mélange. Des sons comme des cultures. Indispensable.

Dans le iPod : « Gazelles in Flight », « Metal », « In Touch »

3. Viet Cong, « Viet Cong » (Jagjaguwar)

La grosse claque post-punk de cette année provient du Canada et de Viet Cong (dont le nom devrait changer bientôt), qui injectent sur un 1er album éponyme 7 morceaux lo-fi et glaciaux que l’on devra se passer, de préférence, avec le volume au max, le torse nu plein de tatouages apaches, enfermé dans une cave ruisselante d’humeurs bipolaires. Certains écrivent des manifestes. D’autres font des albums de post-punks crades comme le Monde. Et quand le besoin se fait sentir d’hurler la révolte, ceux-ci peuvent s’avérer parfaitement complémentaires.

Dans le iPod : « Death », « Silhouettes », « Newspaper Spoons »

2. Girl Band, « Holding Hands With Jamie » (Rough Trade)

Girl Band est avant tout une musique de contrastes, nombreux. Le contraste, entre le nom du groupe et la sexualité de ses membres (qui sont donc tous des garçons, quatre au total). Celui aussi, entre les gentilles gueules desdits garçons et leur musique de bad boys, fusion sonique et volcanique de post-punk, de musique rave, de rock effroyablement noisy. Le contraste qui nous chope encore, à l’écoute de ce disque bipolaire, entre l’envie de taper frénétiquement du pied sur la piste de danse, et l’envie, plutôt, de taper avec les poings sur tout ce qui bouge. L’album le plus paradoxal, le plus addictif et le plus cathartique de l’année.

Dans le iPod : « Umbongo », « Pears For Lunch », « Paul »

1. Flavien Berger, « Léviathan » (Pan European Recording)

Le Léviathan, lorsqu’il est évoqué dans les récits bibliques, évoque tout à la fois l’idée de chaos originel et de refonte potentielle du Monde. Léviathan, c’est aussi le nom du premier album de Flavien Berger. Et c’est une riche idée d’avoir nommé ainsi cet album, tant celui-ci semble partager avec le monstre tout-puissant l’attrait pour ces créations que d’autres nomment destructions…Un disque de pop tendre, complexe et fascinante, interprété dans la langue d’adoption du dadaïste Tristan Tzara, qui plutôt que de s’avérer le terme de tout, est le commencement de quelque chose de nouveau. L’improbable et impossible très grand album de l’année.

Dans le iPod : « Léviathan », « La Fête Noire », « 88888888 »

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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