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[Chronique] Aldous Harding : folk isolé, chansons hantées

[Chronique] Aldous Harding : folk isolé, chansons hantées

03 septembre 2015 | PAR Bastien Stisi

Au milieu des All Blacks’s haka et des terres Aotearoa, Aldous Harding construit des petits mélodrames ordinaires sans fracas ni grand apparats. Son premier album de folk minimal, sorti quasiment de nulle part (mais quand même soutenu par un label local, Lyttelton Records, et par un autre australien, Spunk Records), s’impose cependant comme l’un des plus sensibles et des plus frissonnants de l’année.

[rating=5]

À l’abri de tout, ou presque (et même de la culture de masse, on le devine), la jeune fille à grandi en Nouvelle-Zélande, au sein d’une communauté particulièrement repliée sur elle-même (Lyttelton, bordée par les largesses infinies de l’Océan Indien). En adoptant une pensée durkheimienne (c’est la société qui façonne les individus qui la composent), on peut ainsi supposer que c’est cet environnement autarcique et cotonneux qui est le responsable de ces compositions fascinantes qui figurent sur ce premier album éponyme. Car sur cet album, même pas précédé d’un EP (le fait est suffisamment rare pour être précisé), Aldous Harding parle d’elle, ou de figures étrangères mais banales, le plus souvent confrontées aux désillusions les plus terribles : celles qui émanent de la vie normale. Pour vivre heureux, il ne suffit donc pas forcément de vivre caché.

Car il semblerait que cet isolement n’ait pas forcément favorisé, chez Aldous Harding, la constitution d’un esprit jouisseur. Quelques morceaux de folk ultra minimal et hanté en témoignent, comme le traumatique « Stop Your Tears » (« Lord, show me my daughter / Show me her before she burned »), ou comme le renoncé et sublime « No Peace », morceau que l’on devine auto descriptif et significatif d’un isolement bien trop pesant (« I live in a small pale house / A moment’s march from the beach / My day is growing near / And here I find no peace at all »).

D’une beauté absolue, même quand les productions s’emplissent davantage (comme sur le magnifique « Hunter »), ce folk-là joue sur la retenue et les frissons qui font frémir les corps. Aperçue au début de l’été sur la terrasse du Petit Bain, la Néo-Zélandaise a fini par sortir de sa caverne, ce qui devrait lui permettre d’aller mieux. Souhaitons toutefois, de manière bien égoïste, qu’elle y retourne très vite : car l’on veut encore profiter un peu de l’exposition de ces petites douleurs artisanales, et qui permettent, surtout de combattre vaillamment le normal.

Sortie le 11 septembre

Aldous Harding, Aldous Harding, 2015, Spunk Records / Woo Me / La Baleine, 46 min.

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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