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Playlist de la semaine (117)

Playlist de la semaine (117)

30 mai 2015 | PAR Bastien Stisi

Le premier épisode du triptyque clip de Paul K., le nouveau single d’Outfit, le folk bouleversant d’une Néo-zélandaise méconnue…la playlist de la semaine, rendez-vous hebdo confectionné par Toute La Culture, rien que pour vos oreilles et pour vos tympans exigeants : 

1. Paul Kalkbrenner, « Cloud Rider »

Comme le héros de Voltaire, Florian, garçon pataud et candide, parcourt le monde  avec les yeux de celui qui semble ne pas en entrevoir l’animosité qui s’en génère. Sa quête initiatique à lui, c’est de partager la musique qui accompagne son quotidien avec tous les humains qui sont amenés à croiser son chemin. Et si quelques embuches se dressent devant lui (globalement, son attitude est un peu trop frontale et trop honnête pour générer l’adhésion générale…), le garçon marque par sa faculté à ne pas perdre ce sourire qui accompagne les tracés verticaux et house de « Cloud Rider », ce premier extrait clipé qui introduit le prochain album de l’omnipotent DJ allemand Paul Kalkbrenner (de passage à Paris il y a quelques jours). Métaphoriquement, le clip de Paul K., 1er d’une trilogie exclusivement focalisée sur la quête de Florent, peut aussi / doit sans doute être également vu comme une allégorie de ces mélomanes passionnés prêts à se saigner pour faire découvrir au monde extérieur ce qui fait fonctionner leur monde intérieur. C’est le parcours de Paul K. et de tous ses congères qui est ici conté.

2. Reptile Youth, « Away »

Pressé par un besoin urgent de renouvellement et de sensations nouvelles (le bassiste de Reptile Youth a récemment quitté le groupe), le leader / chanteur / performer Mads Damsgaard, dont on avait noté il y a quelques mois la formidable énergie scénique lors d’un passage à la Flèche d’Or, s’est isolé quelques mois de son Danemark natal afin de composer ce nouvel EP, dont le nom (Away) prend d’un coup tout son sens. A Los Angeles, il s’est entouré de collaborateurs avec lesquels il n’avait encore jamais travaillé (le bassiste de Kashmier, le batteur de  et le guitariste de Broke), afin de livrer un disque trouvant toujours, non pas la voie du folk minimaliste (en interview, Mads Damsgaard nous affirmait pourtant qu’il songeait à une telle évolution), mais la distance entre mélancolie solaire et disco-pop lunaire. Pas encore de tendances folk à l’horizon.

3. Outfit, « New Air »

Entre leurs cousins de Liverpool Wave Machines et les artistes tous marqués « synthpop sensible » de leur label Memphis Industries (Barbarossa, El Perro Del Mar, Hooray For Earth, Poliça, Supreme Cuts…), qui continue à prouver avec chacune de ses sorties que l’on peut associer la pop à l’idée d’exigence, le quintet Outfit sortira son second album Slowness le 15 juin, et introduit l’arrivage avec un premier extrait, « New Air », sur lequel il faut bien avouer que l’on ne respire pas trop mal. Voluptés patientes et mélodies d’Outre-Manche : l’air est bon dans cette partie de la pop.

4. Caandides, « Winter XIII »

La vraie bonne nouvelle pop française de la semaine nous vient de Caandides, désormais signé chez Cracki Records, qui annonce la parution à l’automne d’un premier album studio que l’on attendait depuis un moment (ou au moins depuis le début de l’année 2015). L’électro pop psychédélique, tropicale, acide et vertigineuse de ces Français bien entourés (le clip présenté ici est réalisé par Florent Cornier, membre de la troupe furieuse de Blind Digital Citizen, avec qui ils ont partagé récemment une belle date au Petit Bain) se trouve introduite par « Winter XIII », un instant toujours isolé entre les chansons fracassées de WU-LYF et les mélodies voyageuses de leurs cousins de Beaty Heart.

5. Helluvah, « This Is Hot »

Après son passage au Perchoir dans le cadre des soirées Culture Perchée, et après la parution d’un troisième album qui avait convoqué le post-punk groovy là où il y avait surtout hier de la pop folk arty, Helluvah livre le clip de son single « This Is Hot », brûlant comme une séance de sadomasochisme en cuissarde et en auto-tamponneuse (avec cette phrase, on n’invente rien). Le clip, esthétique et vicelard, est l’œuvre de Tito Gonzalez Garcia, qui avait déjà réalisé celui de « Santa Fé BobX remix », et valide les tendances plus synthétiques d’un album jamais aussi bon que lorsqu’il salit ses manières de manière maximale.

6. Yelle, « Ba$$in »

Sous ses allures de midinette sexy qui ferait de son enveloppe charnelle la porte première vers les belles et faciles perspectives, Yelle est sans doute l’une des artistes les plus intelligentes (et aussi l’une des plus féministes) de la scène électro pop française, elle qui tord et remodèle diamétralement les codes (et les corps) en les reprenant conséquemment à son avantage sur son troisième album Complètement Fou (de loin, le meilleur). Sur « Ba$$in », et dans son clip paru la semaine passée, elle propose ainsi un cours de séduction via le mouvement du bassin. Et ce n’est sans doute pas pour rien que ce tube aux allures de Macarena subversive, a vu son double « s » remplacé par le signe représentant le dollar… La pop, tout en demeurant vilainement sexy, peut aussi s’avérer diablement maligne.

7. Aldous Harding, « Stop Your Tears »

Quelques titres seulement livrés sur la toile (« Stop Your Tears », « Hunter », « No Peace ») avec le soutien de Lyttleton Records, et un petit cœur visiblement bien écorché qui camoufle quelque chose de bien grand : dans la plus pure tradition des folkeuses aux voix bouleversées (de Joan Baez à First Aid Kit, le prisme est large), la Néo-zélandaise Aldous Harding, de passage sur la terrasse du Petit Bain cette semaine, incarne le futur de ce qui fera pleurnicher demain. Ce folk-là joue sur la retenue et les frissons qui demeurent un moment sur la peau, et accouchera d’un album en septembre. Et si on ignorait son existence hier, on attend désormais demain avec une réelle impatience.

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Visuel : (c) pochette de Complètement Fou de Yelle

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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