Pop / Rock
L’interview stroboscopique : Helluvah

L’interview stroboscopique : Helluvah

09 avril 2015 | PAR Bastien Stisi

Crépitements lumineux, rugissements scintillants, et coup de strobo sur Helluvah et sur son dernier album en date Long Distance Runners, que la Française viendra présenter ce dimanche à l’occasion de la 4e édition des soirées Culture Perchée de Toute La Culture au Perchoir du XIe arrondissement…

Quatre ans d’écart entre As We Move Silently et Long Distance Runners, ton dernier album. Comment l’expliquer ?

Helluvah : La sortie d’As We Move Silently a été assez compliquée, je crois que j’avais besoin de temps pour passer à autre chose. Cela dit, l’enregistrement de Long Distance Runners a débuté en août 2013, donc il y a un petit moment déjà, mais on l’a enregistré au long cours : on a passé 6 mois dessus, à raison d’une semaine par mois. J’avais la volonté de prendre du recul, à l’inverse de ce que j’avais fait pour les deux albums précédents, à savoir rentrer en studio et tout enregistrer d’un coup. Là, je voulais prendre mon temps, laisser les choses reposer pour les reprendre ensuite. Il fallait également que les collaborations avec Marc, Katel et Charla puissent se faire, ce qui dépendait aussi de l’emploi du temps de chacun.

Quelles sont ces distances que tu évoques sur le titre de cet album ?

Helluvah : La principale distance concerne mon rapport au travail musical. J’ai la sensation de voir de nombreux groupes accéder rapidement à la médiatisation pour retomber tout aussi rapidement. À l’inverse, je construis ma musique dans la durée. Je n’atteindrai peut-être jamais le sommet, je ne serai peut-être jamais en haut de la vague, mais en attendant, j’ai tendance à penser que ce que je propose peut durer plus longtemps, parce que ce n’est pas bâti sur de l’éphémère. Je creuse mon sillon. Cela peut aussi aller de paire avec le sentiment de traverser des déserts, et de se sentir seule, parce que c’est ardu. D’où le titre du livre d’Alan Sillitoe, The loneliness of the long distance runners

Folk, électro pop, post-punk, rock progressif, R&B…on peut associer beaucoup de termes à ce dernier album, et globalement à l’ensemble de ta discographie. Est-ce le témoin d’une lassitude précoce des choses ou d’un désir permanent de se renouveler ?

Helluvah : Plus que de me renouveler, j’ai envie de faire évoluer les choses. Alors j’essaie d’autres arrangements, d’autres instruments, mais je pense que la base demeure, une base rock. De la même manière que nos goûts évoluent et que l’on découvre de nouvelles choses, sans pour autant renier la musique de notre adolescence, que l’on aimera toujours… Mais je le fais juste parce que j’ai envie, pas parce que je me dis « ce serait bien de changer ».

De l’extérieur, on a la sensation que les instrumentations s’amplifient à mesure que les albums se succèdent. La démarche est-elle consciente ?

Helluvah : C’est une démarche à la fois consciente et inconsciente. Elle est consciente dans la mesure où au fil des années, on progresse dans la façon de jouer de son instrument, on découvre de nouveaux sons, on a envie d’autres instruments … J’ai le sentiment d’avoir plus d’idées et de mieux maitriser les arrangements, de pouvoir donner plus facilement corps à ce que j’ai envie qu’avant, quand je connaissais 3 accords de guitare et c’est tout.  Donc je fais le choix de plus d’instrumentations parce que j’en ai envie.

En revanche, c’est inconscient dans le sens où l’envie de travailler comme ceci ou cela est le travail d’une réflexion, de découvertes, qui apparaissent dans mon champ des possibles sans que je l’aie prévu ou planifié.

Est-ce la notion de « déconstruction » propre à Jacques Derrida que tu évoques sur « Derrida Guerilla » ?

Helluvah : C’est exactement ça ! Derrida partait du principe que lorsqu’on étudiait un texte, il fallait essayer de comprendre tout ce qu’il sous-entendait, ce qu’il cachait ou même ce qu’il ne disait pas. Qu’il fallait ne pas s’en tenir à sa signification première et apparente. De mon point de vue, on peut aussi essayer de l’appliquer à un niveau personnel, en luttant contre soi-même et ce qu’on pense, en analysant ce qui sous-tend nos faits, nos gestes, nos pensées, à la manière d’un travail psychanalytique par lequel on essaie de capter notre inconscient.

As-tu déjà joué dans un lieu aussi hautement perché que Le Perchoir ? (tu noteras le jeu de mot qu’implique cette question)

Helluvah : Jamais ! J’ai joué sous terre, sur des péniches, sur la terre ferme, mais jamais aussi haut. Le lieu est magnifique, ça donne très envie d’y jouer !

Je cherche des sons pour remplir mon iPod…quelque chose à me conseiller ?

Helluvah : Le très bon nouvel album de Soko ainsi que l’EP d’Agua Roja. Et un vieux truc de 1998 : The proximity effect de Nada Surf, un disque absolument magnifique qui n’a absolument pas marché, hélas. Et puis aussi BRNS, Midlake, les premiers Interpol, le 2° album de Yelle, Alopecia de Why ? ou l’intégralité des disques de The National.

Helluvah, Long Distance Runners, 2015, Dead Bees Records, 39 min.

En concert au Perchoir ce dimanche 12 avril, dans le cadre des soirées Culture Perchée de Toute La Culture.

Infos pratiques

Fondation entreprise Ricard
Théâtre de Châtillon
Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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