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[Chronique] « Long Distance Runners » d’Helluvah : dans l’ombre, l’horizon pop

[Chronique] « Long Distance Runners » d’Helluvah : dans l’ombre, l’horizon pop

26 février 2015 | PAR Bastien Stisi

Après deux albums empreints d’une pop folk minimale et crevassée (le second s’avère plus nerveux que le premier), la Française Camille Warmé et son projet Helluvah cèdent sur Long Distance Runners à la tentation électro pop, tout en conservant le regard, en coin, focalisé sur les ombres.

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C’est qu’elles méritent l’attention, ces ombres. Car il semblerait bien qu’elles soient doubles. Il y a d’abord les silhouettes du passé discographique qui transparaissent, au sein d’un album qui, malgré une mutation sonore certaine et logique (il y a tout de même quatre ans d’écart entre les deux essais), garde encore en mémoire le son brut, parfois vitalement lo-fi, de son prédécesseur As We Move Silently.

Ces ombres, on les sent également émaner de ce chant parfois préoccupé, pas toujours relâché malgré les mélodies envolées, qui contraint l’esprit à zieuter irrémédiablement vers les redondances d’un post-punk curtisien idéal. Les collaborateurs vocaux qui apparaissent ici (le Joy Marc Huyghens sur « This Is Hot » et Katel sur « The Lights ») s’avèrent tout autant judicieux.

Affecté et particulièrement nerveux sur ses premiers instants (« Make It Right », « Life on the Video »), Long Distance Runners élargit son audience potentielle à mesure qu’il avance, à l’image des très pop « What’s the Point » et « A Dark and Cold Wave », venus mettre un peu de lumière au sein d’un disque jusqu’alors sacrément tamisé. L’ombre reprendra logiquement ses droits, et avec une telle aisance (sur l’opaque « The Lights » comme sur la cavale « Highways », ça sent le soufre pop), que l’on en vient à fantasmer l’idée d’une Helluvah jouant pleinement la carte de la pop vicelarde et cradotte. Une évolution à la Soko, mais sans le cirque « punk de divan » qui l’entoure.

Chez Helluvah, les instrumentations s’amplifient à mesure que les albums se succèdent. Et celui-ci (sûrement le meilleur de sa carrière) le fait avec autant d’intelligence que de maîtrise, jonglant à bon escient entre mélodies pop, progression post-rock, touches indus et ruissèlements cold-wave. Plus surprenant encore, la voix de Camille Warmé adopte, lorsqu’elle ne convie pas dans le même enclos Morricone et The Cure (« Derrida Guerilla »), un groove inédit (« This Is Hot », « Whats’ the Point ») que l’on n’aurait pas forcément soupçonné à l’écoute de ses deux premiers LP. « This is Hot » ? C’est bouillant même.

Helluvah, Long Distance Runners, 2015, Dead Bees Records, 39 min.

Visuel : © pochette de Long Distance Runners d’Helluva

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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