Pop / Rock

Aldous Harding, la révélation indie folk

Aldous Harding, la révélation indie folk

13 novembre 2019 | PAR Katia Bayer

Chanteuse folk néo-zélandaise, Aldous Harding était en concert hier soir à la Cigale dans le cadre de sa tournée européenne. En 3 albums, cette jeune artiste hyper douée s’est façonnée un joli répertoire de balades douces et pop, entre malice et retenue. Ce soir, elle sera à Strasbourg avant de poursuivre sa route au Royaume-Uni, en Allemagne et aux Pays-Bas.

On avait délaissé les concerts il y a quelques mois après avoir été déçu par une Cat Powers jouant au fantôme et à la reprise ratée, laissant l’émotion au vestiaire du Théâtre de Sébastopol de Lille. Un brin septique, on est revenu au concert, comme certains retournent à l’église, mi-craintif mi-curieux. Aldous Harding. Drôle de nom. La Cigale. Sa fourmi. En deux temps, trois tempos, on a revu sa copie.

Aldous ressemble à la bonne copine avec qui on prend des chocolats chauds mais qui n’a jamais le temps de nous voir. Trop occupée, trop libre. Aldous, c’est l’opposé de la pouf qui exhibe ses fefesses, dans des clips débiles, à la sonorité déjà oubliée. Harding amène quelque chose de bien différent, de frais, de curieux, de tic et de tac, d’émouvant aussi. En entendant sa belle voix grave, ses accompagnements sympas, en découvrant l’esthétique des clips « Designer », « Fixture Picture », « The Barrel » et « Zoo Eyes » où Harding n’hésite pas à jouer de sa personne, à altérer aussi son image de jolie fille, on s’était vaguement douté de quelque chose. Mais pas d’un tel choc et d’une telle présence scénique.

Après une première partie malheureusement bien nulle (un solo oscillant entre postures lourdingues et pépiements d’oiseaux préenregistrés), Aldous Harding arrive seule sur scène. Avec ses cheveux plaqués sur sa tête et sa tenue blanche laissant dépasser deux bras bleus, elle s’installe, tranquillement et entame un premier morceau. Elle est cool, Aldous, tel qu’on l’aurait imaginé au café. Pas impressionnée pour un balle. Elle s’assoit, naturellement, et se lance, le menton sur sa guitare. Les morceaux s’enchaînent, surtout issus des deux derniers albums de l’artiste (« Designer », 2019 et « Party », 2017) : « Imaginating my man », « Treasure », « Designer », « Fixture Picture », « The Barrel », « Zoo Eyes »… Les chansons sont personnelles, elles évoquent l’amour, la mort, la naissance, la séparation.

De ses grands yeux, Aldous Harding parcourt la Cigale, la regarde à la dérobée, de biais, lui sourit parfois. Mi-femme, mi-enfant, mi-chanteuse, mi-comédienne, elle entame une conversation avec son public, conquis, muet. Absorbée, concentrée, semblant par moments oublier où elle est, elle lance de temps à un autre un petit « Thank you », délaisse une fois ou deux sa guitare pour se mettre au piano ou se mouvoir lentement dans sa tenue d’extra-terrestre, bougeant un peu ses bras bleus, lançant des regards intenses au public qui n’ose bouger, parler et qui semble se réveiller à la fin de chaque morceau, pour applaudir à tout rompre, saluer la performance de l’artiste et de sa troupe. Les lumières sont violettes, bleutées, douces. Les portables filment peu, très peu, c’est bien. On est entre nous et ça fait du bien.

A un moment, quelques cris se font entendre dans la salle. Des chuts lui répondent aussitôt. Aldous sort de son silence et dit à son public : « Vous n’êtes pas à l’église, vous ne devez pas chuchoter ». Ca rit, ça commence à réagir un peu plus, mais en fait, si, on est un peu là-bas, à l’église. Entre quiétude et esprit de communion. Face à une nana qui en impose par sa personnalité et sa présence. 1h30 plus tard, Aldous Harding a fini. Après un bis, elle revient, chante deux-trois morceaux dont un issu de son nouvel album (plus énergique, moins dans l’esprit de la ballade, moins notre truc). Et puis, elle s’en va, avec ses quatre musiciens. Le tamisé disparaît, la conversation est terminée. L’esprit du concert s’évapore peu à peu, les portables se rallument trop vite. Aldous est partie se mouvoir ailleurs, avec son sourire énigmatique et ses grands yeux scrutateurs. Strasbourg aujourd’hui et puis, le reste de l’Europe demain.

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Katia Bayer

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