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[Critique] « Brooklyn » de Pascal Tessaud, un film cliché sur le hip-hop

[Critique] « Brooklyn » de Pascal Tessaud, un film cliché sur le hip-hop

03 septembre 2015 | PAR Constance Delamarre

Brooklyn de Pascal Tessaud s’annonce comme un film de fiction rendant hommage à la culture hip-hop à travers le personnage de Coralie, jeune rappeuse qui se produit sous le nom de Brooklyn. Mais le résultat ne semble pas fonctionner: un film sans réelle mise en scène, filmé à la manière d’un documentaire et restreignant le rap aux MJC. 

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Synopsis officiel: Coralie, jeune rappeuse suisse de 22 ans se produisant sous le nom de Brooklyn, quitte son pays et un père qui ne la comprend plus, pour s’installer à Paris. Logée chez Odette, une retraitée, elle trouve un petit job dans une association musicale de Saint-Denis, en banlieue parisienne. Lors d’une soirée slam, elle est poussée sur scène par l’un des animateurs. D’abord hésitante, elle conquiert son public et tape dans l’œil d’Issa, jeune rappeur, l’étoile montante de la ville…

La culture hip-hop est peu dépeinte dans le cinéma français, et généralement sous-estimée comme une culture « de banlieue ». L’idée de Pascal Tessaud, de rendre hommage à cette culture par le biais d’un film engagé, est louable. Mais son film ne semble justement montrer que cette facette sociale du hip-hop, plutôt que l’aspect artistique que cette culture a largement atteint – et gagné – aujourd’hui. Dans l’histoire, des jeunes de la banlieue de Saint-Denis s’exercent au rap grâce à une association musicale, tenue par Yazid, un homme qui a vécu l’évolution du hip-hop. Mais lorsqu’Issa, jeune rappeur prometteur, souhaite quitter l’association pour tenter de gagner sa vie avec son rap, Yazid lui dit clairement « ce n’est pas bien ce que tu fais », mettant en opposition le rap conscient et la rap game (commercial). Le hip-hop doit-il rester cantonné aux maisons de quartiers ?

Le film nous fait suivre Coralie, la jeune rappeuse fraîchement débarquée à Saint-Denis et qui rêve d’exprimer à haute-voix les textes qu’elle écrit – histoire ouvertement inspirée de la propre vie de KT Gorique qui joue le rôle de Coralie. Le réalisateur Pascal Tessaud a choisi de tourner avec des acteurs majoritairement non professionnels – ce qui se ressent – et de laisser une place à la spontanéité. Il a également pour ce fait choisi deux chefs opérateurs spécialisés dans le film documentaire pour ne pas contraindre les acteurs avec des cadres précis. Encore une fois, l’idée est bonne. Mais le résultat ne fonctionne pas. Pascal Tessaud a voulu délocaliser la fiction en banlieue, mais le manque de mise en scène ne peut pas faire de Brooklyn un film de fiction. Les caméras portées, pourtant très proches des acteurs, ne nous aident pas à rentrer dans l’histoire et nous avons davantage l’impression de suivre les personnages d’un film social, sous le regard du réalisateur.

Nous ne pouvons qu’admirer l’envie et l’intention de Pascal Tessaud de faire un film indépendant sur cette culture universelle, qui peut apporter à tous un réel questionnement artistique ou politique – et féliciter également les rappeurs pour leur talent indéniable. Réalisé à la manière du cinéma guérilla, qui désigne des films produits sans budget avec des petites équipes et du matériel léger, Brooklyn a été auto-financé pour lutter contre l’image stérile de la banlieue. Par cette volonté d’ouverture, Pascal Tessaud a pourtant réalisé un film assez fermé.

Brooklyn de Pascal Tessaud, en salles le 23 septembre 2015.

© DR

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