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[Chronique] « Suuns and Jerusalem In My Heart » : sombre et illuminé

[Chronique] « Suuns and Jerusalem In My Heart » : sombre et illuminé

22 avril 2015 | PAR Bastien Stisi

En novembre dernier, dans l’intimité reculée du Chinois de Montreuil, on assistait au live de Suuns et de Radwan Ghazi Moumneh de Jerusalem In My Heart, fusion excitante de deux éminentes entités provenant de ce qui se fait de plus radical et de plus exigeant sur la scène indie nord-américaine (Secretly Canadians pour Suuns, et Contellation Records pour Jerusalem In My Heart). Surprise agréable : on retrouve aujourd’hui les composantes de ce live perché sur un disque tout aussi sombre et illuminé.

[rating=4]

Sombre, nerveux, ombreux, ombrageux, parce que Suuns (on notera encore une fois l’oxymore jolie qui nomme le projet de Ben Shemie & cie). Comme sur les deux premiers albums du quatuor canadien, le tout est marqué par une nervosité tangible destinée, parce que c’est une marque efficace de fabrique, à ne jamais devoir véritablement exploser (on exceptera les instants les plus vitaux de « Metal », plus frontal que les très patients « In Touch » et « Leyla »).

Illuminé, tournoyant, grabataire, lointain, parce que Jerusalem In My Heart (ou plutôt, l’une de ses deux moitiés). Car l’on retrouve ici la prose habitée et interprétée dans un arabe incantatoire (« Seif », « Gazelles In Flight ») que l’on trouve déjà sur l’immense et inédit album Mo7it Al-Mo7it et sur les autres productions du duo (montréalais lui aussi, malgré son nom), habitué à l’interprétation de live cinétiques et anormaux, dans la digne lignée de leurs camarades de label Constellation Records aux morceaux souvent aussi longs que leurs nominations baroques (Godspeed You ! Black Emperor, Avec le Soleil Sortant de sa Bouche, Les Momies de Palerme…)

Bien qu’imprégné de ces deux fortes personnalités sonores clairement identifiables, l’album parvient à les faire cohabiter avec justesse et cohérence, juxtaposées à bon escient comme le montre, d’emblée, le visuel d’un album qui mélange sans les confondre les lettres formant les appellations des deux projets. Ces chants de l’ailleurs improvisés sont rendus dicibles. Ce n’était pas chose aisée.

En 2012, les Suuns et le Jerusalem In My Heart s’étaient initialement réunis dans un studio montréalais, afin d’accumuler les sessions dans une démarche surréaliste (dans le sens « écriture automatique »), des sessions qui devaient être conservées sans subir, par la suite, de « discriminations » majeures et avec le moins de retouches possibles. Sans cesse repoussée faute de temps, l’enregistrement de l’album, composé en sept jours, s’est ainsi échelonné sur trois années. Sept jours, soit le temps qu’il a également fallu au Créateur (à quelques pauses dominicales prêtes) pour faire acte de construction du Monde. Sauf qu’il s’agit ici plutôt, de sa déconstruction.

Suuns And Jerusalem In My Heart, 2015, Secretly Canadian / [PIAS], 35 min.

Visuel : (c) pochette de l’album

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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