Pop / Rock
[Live report] Holy Strays et Suuns à la Gaité Lyrique

[Live report] Holy Strays et Suuns à la Gaité Lyrique

02 octobre 2014 | PAR Bastien Stisi

De passage à Paris pour la troisième fois en un peu plus d’un an (on les a déjà vu au Trabendo, et aussi à la Cigale dans le cadre du festival des Inrocks), les Montréalais de Suuns poursuivaient hier soir leur visite de la capitale en investissant la Gaîté Lyrique. Et une nouvelle fois, du Soleil, on en aura vu que la face noire.

Holy Strays : un homme, des machines, plusieurs mondes 

Seul sur scène, seulement accompagné par une armée de fils électriques et par quelques machines (un saxophoniste interviendra plus tard) le Français Holy Strays est d’abord chargé à 20h30 d’introduire la soirée. Mais compte tenu des ambiances qui émanent ici des enceintes, c’est plutôt dans les environs de 4 heures du matin, à ces heures où le crépuscule et l’aurore sont encore dans le compromis, que l’on aurait envisagé cette électro ombrageuse, urbaine, distordue, variante au sein de laquelle paraissent se croiser Mondkopf (la techno du pavé), Caribou (les cloches scintillantes), SBTRKT (les fragments tribaux), St. Germain (l’acid jazz), Fakear (les chants du monde), le Saint Père (l’orgue et les voix mystiques qui se projettent parfois), et surtout beaucoup d’angoisses.

Les claustrophobes manqueront alors d’étouffer, et béniront le haut plafond de la Gaîté Lyrique de leur donner un peu d’espace pour reprendre leur respiration. Et si l’on entrevoit parfois un peu de lumière (« Christabell B »), celle-ci ne pourra être, avec les compositions de ce Français dont on guettera avec intérêt les avancées prochaines, que tamisée.

Suuns : une nervosité, des tensions, des images du futur

Cette lumière, elle se noircira encore forcément avec l’arrivée des quatre membres de Suuns (Ben Shemie, Max Henry, Liam O’Neill, Joseph Yarmush), Canadiens au rock fondu dans une électro tordue et névrosée qui prendront le parti, comme dans leurs précédents lives, d’introduire leur performance par la diffusion d’un chant arabe incantatoire, curieux appel à la prière qui nous fera graviter bien plus haut encore que le minaret. Cette prière est ici adressée au Soleil, mais à celui de Nerval davantage qu’à celui de Caribou, un Soleil, multiplié, que l’on retrouvera dans la foulée projeté sur les trois écrans qui encadrent la scène de la Gaîté Lyrique. Mais ces boules de feu se retrouveront rapidement saccadées, tordues, liquéfiées, bientôt semblables aux fragments d’une toile abstraite de Kandinsky ou de Malevitch, échos idéaux à ce que représentent la musique de ceux qui ont su bâtir avec leur second album Images du Futur le tableau dystopique d’un lendemain que l’on souhaiterait ne jamais voir venir.

Car en studio comme sur scène, le futur chez Suuns séjourne dans un degré de froide apocalypse. Ce second album a été conçu en marge des manifestations étudiantes qui ont eu lieu au Québec au cours de l’année 2013, et cette tension vivace se ressent, faisant graviter le rock ombreux du groupe dans une nervosité tellement tangible qu’elle paraît décider à ne jamais vraiment éclater, si ce n’est sur les derniers instants de l’orgiaque « Arena », issu du premier album Zeroes QC, dont on prendra une nouvelle fois une injection d’ivresse psyché directement dans les veines (celles du cerveau).

Et les scènes d’hypnoses (« Bambi », « Pie IX ») se transforment en danse, zombiesque et habitée, trouvant leur apogée bruitiste sur l’électro brisée et grabataire de « 2020 », laissant se faufiler, aussi, quelques instants plus pop qui intégreront sans doute, et si l’on se réfère aux paroles du chanteur Ben Shemie (« on a décidé d’essayer trucs nouveaux aujourd’hui »), un prochain album dont on ne devra pas tarder à entendre parler.

Admirablement lancé, le concert du quatuor faiblira toutefois au sein d’une seconde partie un peu redondante et monochrome, qui poussera les moins patients à faire une parenthèse pinte de bière au bar tellement plus lumineux de la Gaîté Lyrique. L’ivresse aura ainsi été moins totale que lors des deux derniers shows du quatuor. Mais les décibels des applaudissements qui viennent clôturer un concert ne trompent jamais, et ceux entendus hier soir aux alentours de 23 heures auront été bruyants, et habités, eux qui confirmeront, au cas où l’on n’en aurait pas encore été convaincus, que dans les images d’un futur proche, on retrouvera encore en première page, sous l’appellation « prophétie rock » le visage des quatre heroes et non pas (Zeroes) de la soirée.

Visuels : (c) Robert Gil

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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