Musique

Foals, les poulains sauvages de la Gaité Lyrique

Foals, les poulains sauvages de la Gaité Lyrique

16 octobre 2019 | PAR Clara Bismuth

Pour sa 4ème édition, le festival Arte Concert s’implante une fois de plus au sein de la Gaité Lyrique, lieu emblématique des cultures futuristes, propice aux créations originales et aux programmations sans bavures.

Un événement attendu sur trois soirées, dont la dernière, ce dimanche 13 Octobre, a particulièrement percuté nos sens. Après une première soirée sur les traces du hip hop français avec le groupe Ärsenik, puis un second round porté par l’increvable Iggy Pop, le festival s’achève sur les grandes notes rock du groupe britannique, Foals. Mais avant d’expérimenter ces monstres de scène, l’Arte Concert Festival réserve plusieurs surprises pour  une tension en crescendo.

Dès 19 heures, une foule se presse devant les portes de la Gaité Lyrique. Et pour cause, ce n’est pas un simple concert que nous réserve le premier artiste. Toh Imago, dévoile une expérience immersive, où l’ambiance électro de son premier album, Nord Noir, s’accompagne d’un jeu de néons et d’une projection de motifs géométriques sur l’ensemble des murs de la salle.  Une techno planante, qui hypnotise et déstabilise par ces accompagnements lumineux, sans pour autant vous assommer. Originaire du Nord de la France, ce trentenaire au look passe-partout, semble loin d’endosser les codes d’une techno traditionnelle. Avec Nord Noir, c’est un récit oral et écrit qu’il diffuse. L’histoire de sa région, bouleversée par l’industrialisation et le travail des mines, au moyen de sonorités futuristes et électroniques. Toh Imago devient ainsi le passeur d’un héritage culturel et historique, mais aussi familial (son grand-père ayant lui-même était mineur). Dès les premières secondes, il nous invite à cette descente dans les profondeurs de la terre. Bienvenue dans les mines du Pas de Calais. Un voyage agrémenté de bruits métalliques, d’échos presque imperceptibles, d’une pesanteur incontrôlée avant d’entendre les pioches des mineurs s’activer. Nord Noir, ou la découverte d’un monde proche des romans de Science Fiction des 80’s, sur des notes parfois décalés, qui collerait parfaitement à un jeux vidéo rétro. Enfin une techno engagée, qui ne fait pas que vibrer les corps !

Juste le temps de prendre un peu l’air et d’attraper une bière, puis direction la grande salle de la Gaité Lyrique pour un peu d’action. Ils sont jeunes, ils sont belges, et semblent sortir des grandes écoles, pourtant le duo La Jungle n’a rien de conventionnel.

Une six-cordes et une batterie, des visages d’ange qui se transforment et se crispent, attention âmes sensibles s’abstenir. Voilà une jungle qui habite des rythmes endiablés et des guitares frénétiques, une ambiance 100% sauvage et hystérique. Il suffit de quelques minutes au public pour imiter le guitariste et ses headbang avant de  se trouver comme le batteur, ruisselant de sueur. « Qu’on lui donne une serviette ! », lance un admirateur compatissant. Il faut voir avec quelle rage ces deux là usent de leurs instruments ! C’est à peine si les baguettes ne se fendent pas et que les mains saignent. Entre noise-music et math-rock, La Jungle est un duo musclé qui ne manque pas de singularité.

Après la tempête le calme. ALA.NI est l’artiste parfaite pour cette transition en douceur. Entre rap, soul et musique folklorique, la chanteuse afro-londonienne présente au foyer historique de la Gaité Lyrique son deuxième album, ACCA. Une voix suave et un corps qui s’exprime dans un langage presque chamanique, ALA.NI, hypnotise et séduit par ses harmonies sensuelles et chaleureuses. Certes, la nostalgie se fait sentir par l’accompagnement du violoncelle et de l’accordéon, mais, il a dans le timbre de la jeune femme cette pâte des grandes voix d’antan, d’une Billie Holliday fusionnée avec une Mary J. Blige. Dans ce cadre intimiste, elle communique une joie intense soulignée par une once d’humour, qui nous rend presque triste une fois l’heure achevée.

L’attente fut longue, mais de bonne compagnie. Le moment tant attendu arrive, et si la grande salle semble s’être rafraîchie, ce n’est qu’une question de secondes. Les colosses de l’outre manche, détenteur d’un rock toujours en évolution, s’imposent une fois de plus comme l’un des groupes rock les plus emblématiques de leur temps. Leader par Yannis Philippakis, ce n’est pas un, mais deux albums, que le quatuor offre pour l’année 2019. Everything Not Saved Will Be Lost Part 1, le succès du mois de mars, suivi bientôt de la seconde partie ce vendredi 18 Octobre.

Un rock british qui décape, des mélodies accrocheuses adeptes des crescendos, et toujours ces rythmes brutaux à vous faire lever le poing. Si leur panache suffit à séduire, le groupe joue aussi la carte d’un album engagé. Everything Not Saved Will Be Lost Part 1 évoque les multiples menaces de notre société. Dérèglements climatiques, tensions politiques et rêves apocalyptiques, nos poulains offrent une poésie obscure dès le début du concert sur, On the Luna : « Trump clogging up my computer, but I’m watching all day, all day. » 

Mais pas le temps de souffler ! Sans transition, les voilà qui enchainent sur Olympic Airways, puis par les notes aériennes de My Number, le spirituel Mountain at My Gates ou encore l’atmosphère déchirante de leur succès, Spanish Sahara. Depuis plus de dix ans, Foals maintient cet équilibre parfait d’un univers sombre et romantique, sans tomber dans la désolation et la niaiserie. Une prouesse qui se fait sentir dans la salle par des pogo hystériques et des slam continus surtout sur , The Runner et Black Bull, du Everything Not Saved Will Be Lost Part 2. Singles qui rappellent d’ailleurs leur premier album, Antidotes par ses gimmicks, mais enrichis de la maturité actuelle du groupe. Un concert qui rend l’attente des chansons à venir vendredi encore plus douloureuse et garanti les commotions.

 

Visuel ©Julien Rieutort

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Clara Bismuth
Rédactrice pour le magazine Toute La Culture depuis mars 2018, principalement dans les rubriques Musique et Cinéma.

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