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[Chronique] « La Di Da Di » de Battles : les machines définitivement au pouvoir

[Chronique] « La Di Da Di » de Battles : les machines définitivement au pouvoir

18 septembre 2015 | PAR Bastien Stisi

Cinq après avoir frôlé la rupture (le leader d’alors, Tyondai Braxton, s’en était alors allé débuter une carrière solo), Battles confirme avec La Di Da Di ce qu’avait déjà commencé à suggérer Gloss Drop, le précédent album studio des Américains : chez Battles, autour du trio John Stanier Ian Williams  Dave Konopka, les machines ont définitivement pris l’ascendant sur les humains.

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Car Tyondai Braxton, en plus d’être le penseur reconnu de l’ancien quatuor new yorkais, en était aussi le chanteur, ou du moins le vocaliste officiel (difficile en effet de considérer ce que l’on entend sur « Race : In » ou sur « Atlas » comme du chant véritable…) Après Mirrored et le départ un peu pressé de la première roue du carrosse, le reste du groupe avait dû s’adapter. Et trouver de nouvelles voix, extérieurs au groupe cette fois, pour accompagner les bourdonnements et les couches électroniques accumulées de Gloss Drop, moins sonique et plus « dance » (les guillemets sont ici importants), intervenu un an plus tard mais mis au monde avec une difficulté assumée. On entendit ainsi le Chilien Matias Aguayo sur « Ice Cream », la Japonaise Kazu Makino sur « Sweetie & Shag », le Britannique Gary Numan sur « My Machines », l’artiste dadaïste Yamatanka Eye sur « Sundome », japonais lui aussi.

Qu’elle ait été jugée réussie ou pas, la démarche n’est en tout cas pas reproduite sur La Di Da Di. Plus aucune voix d’humain ne figure en effet sur ce quatrième album (le premier, EP C/B EP, est une accumulation de tous les premiers EP du groupe), qui marque en cela une véritable rupture avec ses prédécesseurs et une ouverture véritable de l’air du « Battles post Braxton ». Une aire consacrée à la prise de pouvoir total par des machines qui, pas rancunière, imitent toujours autant dans leur phrasé celui des humains qu’elles accompagnaient hier.

Sur « FF Bada », « Flora > Fauna », « Luu Le » ou « Non-Violence », on entend ainsi quasiment, peut-être plus encore qu’hier, ces machines dialoguer, s’ébattre et se réconcilier, brouillonnes mais certaines d’un propos qui continuera indiscutablement à cliver l’auditoire (en général, peu d’entre-deux avec Battles : on adore ou on déteste), et aussi, à persuader d’une chose : dès lors qu’il s’agit de math-rock électro-sonique, et quels que soient les acteurs du moment, ces types-là n’ont pas de rivaux. Il faudra constater l’évidence en live, où les New-Yorkais excellent et ensorcellent, au Pitchfork Music Festival le 30 octobre.

Battles, La Di Da Di, 2015, Warp Records, 46 min.

Visuel : (c) Dave Konopka

Jeff Wall version intime
Les soirées du week-end du 18 septembre 2015
Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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