Electro

[Chronique] « Dump Flesh » de Blanck Mass : grabataire et déchaîné

[Chronique] « Dump Flesh » de Blanck Mass : grabataire et déchaîné

22 mai 2015 | PAR Bastien Stisi

En amont de Fuck Buttons, qu’il mène depuis trois excellents albums avec son binôme Andrew Hung, John Power a construit le projet Blanck Mass, dont il livre aujourd’hui sur Sacred Bones Records (John Carpenter, David Lynch, Zola Jesus…) un second album radical enfin à la hauteur de ce qu’il est capable de produire avec son groupe d’origine.

[rating=4]

Qualité semblable, mais luminosité dissociable. Car si les trois premiers albums de Fuck Buttons étaient parfois capables d’inclure entre les samples tracassés et les claviers multilingues ce que certains (les plus angoissés) seraient tentés de voir comme une forme de luminosité, Blanck Mass adopte pour sa part moins de nuances. Sauf peut-être sur « Detritus », qui clôture l’album et qui rappelle largement Slow Focus, le dernier album en date de FB (les initiales, qui sont les mêmes que Facebook, sont bien moins choisies, Fuck Buttons étant plutôt de la musique d’asocial).

 En se basant sur ce point de vue, et sur le fait que les deux projets fusionnent le post-rock sans guitares et les ambiances violemment drone (ce genre musical proche d’un glitch obsessionnel qui consiste à accumuler les longues plages bourdonneuses et répétitives), on pourrait voir dans Fuck Buttons la phase qui succède aux instants de grosse folies, et dans Blanck Mass, la quintessence de l’état de décérébration. De l’électro gangrenée de l’intérieure, et construite sous camisole.

Car dans Dump Flesh (littéralement, « chaire secouée »), si quelques moment s’avèrent plus patients et plus ombrageux que le reste (« No Lite », « No Lung »), ce n’est que pour renforcer la perte de sens qui parviendra juste après, et qui culmine le plus souvent sur des morceaux bourdonnant et détonant à souhaits, basés sur des boucles continues qui viennent briser les espoirs d’une voix syncopée et grabataire, le plus souvent utilisée en tant que fil conducteur (« Loam », « Dead Format », « Atrophies »).

Personne ne parviendra ainsi à s’exprimer de manière dicible ici. Que l’on se base sur les mélodies et les percussions dégénérées de « Cruel Sport » (l’incontestable point culminant de l’album) pour le constater. Car à force de secouer la chair, on a fini par briser l’humain, et paradoxalement à le fusionner. En mille morceaux découpés et réunis comme autant de samples différents et pareils réunis sur un même support.

Blanck Mass, Dumb Flesh, 2015, Sacred Bones Records, 53 min.

Visuel : © Alex de Mora

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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