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[Chronique] Mbongwana Star : le changement depuis Kinshasa

[Chronique] Mbongwana Star : le changement depuis Kinshasa

03 juillet 2015 | PAR Bastien Stisi

En lingala, langue bantoue parlée en République Démocratique du Congo, le mot « mbongwana » renvoi à l’idée de « changement », permettant à ces anciens membres de Staff Beda Bilili (Theo Nzonza et Coco Ngambali), de se positionner, d’emblée et de manière littérale, comme les véritables «  stars du changement »…

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Chevilles enflées et traditions rénovées

« On a changé l’eau en vin ! », s’écrie d’abord Theo Nzonza, l’excentrique chanteur principal du groupe, en évoquant cette construction étymologique audacieuse. Coco Ngambal (lui aussi aux voix), le verbe moins fort mais les chevilles tout aussi grosses, nuance un peu : « on est en train de créer quelque chose d’inconnu et d’unique. C’est à vous, les journalistes, de dire ce que l’on fait comme musique ! »

La musique de Mbongwana Star, puisque l’on nous donne la parole, oscille ainsi entre post-punk DIY, rythmiques traditionnelles, rumba congolaise, électro progressive et incantations griot, un son fusionnel et lo-fi marqué par les essayages semblables des ambassadeurs locaux et continentaux du genre (Konono n°1, avec qui ils ont d’ailleurs collaboré sur « Malukayi »), et qui témoigne de la richesse humaine et sonore ahurissante de ce que peut produire la scène alternative congolaise. (« Kinshasa c’est le noyau central de l’Afrique. Il y a là-bas un très grand mélange, où il y a beaucoup de musiciens mais pas assez de producteurs et de gens compétents pour organiser tout ça »).

Mondialisation et heureuses collaborations

Une fusion qui témoigne, aussi, des bienfaits que peut parfois engendrer l’idée de mondialisation (les outils et pratiques traditionnelles rencontrent ici les matériaux modernes), un choc utile des cultures que paraît incarner à lui seul le titre de « From Kinshasa to the Moon ». Heureux que l’on perçoive également dans ce titre une référence potentielle au propre parcours du groupe et de ses membres (avec Staff Beda Bilili, Théo et Coco ont donné des concerts sur les cinq continents après avoir grandi dans un pays politiquement et humainement perturbé…), le duo se met, après en avoir expliqué le sens (« Ça veut dire qu’on est là aujourd’hui, et qu’on le restera jusqu’à l’infini ! Nous on est vieux, on va mourir un jour, mais Mbongwana Star, lui, ne mourra jamais ! »), à chanter le morceau en question comme s’il se trouvait encore, comme la veille, devant le public averti du Cabaret Sauvage. Sauf que nous sommes désormais dans les locaux de Radio Nova. Et que les gens qui travaillent dans le coin, lorsqu’ils ne passent pas la tête avec un sourire curieux et surpris, viennent indiquer, de manière sous-jacente, qu’ils ne sont pas ici pour assister aux divagations bruyantes d’un groupe congolais qui enchaîne binouzes et accolades bisounours (« Nous travaillons à côté, et nous vous entendons un peu », fait-on remarquer au bruyant et très expressif duo à quelques reprises…)

Doctor L., batteur (Taxi Girl, The Wampas, Rita Mitsouko…) et producteur fondamental (Tony Allen, Stomy Bugsy, Assassin…), n’aura pas eu pour sa part l’occasion de se faire remarquer par les environs, puisqu’il sera parti juste avant que l’interview commence. Peu importe : son travail au mixage aux côtés du groupe congolais (il pose aussi quelques basses et quelques percussions en studio) aura en tout cas marqué les protagonistes de Mbongwana. Théo : « Doctor Liam est une personne très importante dans la musique world. Il nous a emmené d’autres trucs, des choses plus modernes que l’on ne maitrisait pas jusqu’alors. Et on s’en moque qu’il soit blanc : il est avec nous, on est tous ensembles ! » Et Coco poursuit : «  Ça a été un peu dur au début, le temps que l’on s’habitude à sa manière de travailler. Mais ça a fonctionné ! »

Collaboration fonctionnelle, comme l’alliance ici du passé et du présent, du tradi et du moderne, du naturel rigolard et du studio plus nuancé (on parle beaucoup du quotidien complexe, comme sur « Shégué », qui se préoccupe des enfants qui grandissent dans les rues de Kinshasa). De Théo et de Coco, aussi (le premier, en chaise roulante, est poussé par le second) qui repartiront de l’endroit le corps un peu ivre (quelques cadavres de bières demeureront sur place…) mais l’esprit plein d’une belle volonté de vivre. « Nous sommes des stars professionnelles qui ont grandi en République Démocratique du Congo. Mais rien n’est difficile quand on est vivants ! », affirmera Théo après avoir adressé l’une de ces accolades (la cinq ou sixième de l’entretien…) que seuls les êtres véritablement vivants sont capables de produire…

Mbongwana Star, From Kinshasa, 2015, World Circuit, 47 min.

Sortie de l’édition vinyle le 17 juillet.

Visuel : (c) DR

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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