Pop / Rock
[Chronique] « Music Complete » : le retour aux sources de New Order

[Chronique] « Music Complete » : le retour aux sources de New Order

25 septembre 2015 | PAR Bastien Stisi

Dix ans après Waiting for the Siren’s Call, et après deux albums clairement plus rock que leurs prédécesseurs, New Order marque avec la parution de ce 9e album (10e en comptant Lost Sirens , fait de titres inédits qui n’avaient pu trouver leur place sur Waiting for the Siren’s Call) un retour aux sources électroniques du groupe. Un retour que beaucoup n’attendaient, en réalité, plus vraiment.

[rating=4]

Sans Peter Hook, avec Gillian Gilbert

Car cet album, c’est un petit miracle de le voir paraître aujourd’hui. Le groupe, décidément destiné à devoir composer avec les absences (certaines, bien sûr, sont plus tragiques que d’autres…), a d’abord dû faire face au départ de son iconique bassiste Peter Hook, parti fonder en 2006 les projets Peter Hook and The Ligh et Freebass, plus de 25 ans après avoir fondé le projet sur les cendres de Joy Division et d’Ian Curtis aux côtés du trio Bernard Summer / Stephen Morris / Gillian Gilbert. Cette dernière aussi, femme du second et claviériste / guitariste de New Order, s’était écartée du projet en 2001 afin de s’occuper de leur fille, gravement malade. Elle est de retour sur Music Complete, sans éjecter pour autant celui qui avait été son successeur (Phil Cunningham).

À ce jeu de chaises musicales incertain, on avait même aussi songé à associer le nom de Bernard Summer, chanteur et guitariste du groupe, largement préoccupé ces dernières années par deux projets d’envergure pop (Electronic, fondé avec l’ex Smith Johnny Marr, et Bad Lieutenant, fondé avec Phil Cunningham), finalement mis de côté à la faveur d’un retour à son premier amour, auquel il propose ici, de s’aimer dans la langue de leur tout premier jour.

Au commencement, la new wave

Car ce Music Complete, on le disait, adopte le même langage new wave et électronique qui était celui de leurs premiers albums au début des années 80, de Movement, Power, Corruptions and Lies, de Brotherhood à Substance. Tom Chapman, le successeur de Peter Hook à la basse, l’assurait d’ailleurs en amont de cette sortie : « Nous avons voulu retourner aux sources de New Order et faire un album électronique. Et je crois que nous avons réussi »

Un album fait à plusieurs

Alors, le nouveau New Order fait danser. Via la voix des synthés et de leurs courses effrénées, souvent (« Singularity », « Plastic », « Unlearn This Hatred »). Via la voix des guitares plus rock encore parfois (« Nothing but a Fool », « The Game »). Via un son, globalement, marqué par les timbres d’hier (ou plutôt d’avant-hier, puisque l’album aurait clairement pu paraître au milieu des années 80) mais qui, plutôt que de se reposer exclusivement sur ses solides bases, a aussi le mérite de prendre pas mal de risques.

Car, et ce n’est pas du tout dans l’habitude du groupe, New Order fait appel sur Music Complete à une série de collaborateurs, qui permettent au disque d’éviter un ton sur ton rétro qui n’aurait sans doute pas totalement favorisé son propos (se souvenir d’hier est bon, dans la mesure où l’on est capable de regarder vers demain…)

Des collaborateurs, on en trouve ainsi à la production, comme Tom Rowlands, moitié de Chemical Brothers (la filiation Manchester), venu affermir et noircir les traits de « Singularity » et de « Unlearn This Hatred ». À la voix, aussi, comme Elly Jackson (la chanteuse de La Roux), qui participe à l’ode hédoniste et morodorienne « Tutti Frutti », comme Iggy Pop himself, prédicateur sombre sur un « Stray Dog » où il reprend un poème écrit par Summer (on se croirait ici sur le dernier album de Johnny Cash), ou comme Brandon Flowers (le chanteur des Killers), lancé en plein dialogue de pop héroïque avec Bernard Summer sur « Superheated ».

Et si « Singularity », le deuxième morceau de l’album, s’impose comme l’un de ses tous meilleurs moments, c’est sans doute parce que le titre résume à lui seul plus de 30 années de carrière. Un son qui paraîtra convenu aux novices parce que déjà largement attendu. Mais en réalité singulier parce qu’il est récité par ceux qui, à l’Origine, ont contribué à le façonner.

New Order, Music Complete, 2015, Mute / [PIAS], 64 min.

En concert au Casino de Paris le 4 novembre

Visuel : (c) Peter Saville

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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