Musique

[Live report] Hot Chip, Tame Impala, Alt-J & The Chemical Brothers à Rock en Seine

[Live report] Hot Chip, Tame Impala, Alt-J & The Chemical Brothers à Rock en Seine

31 août 2015 | PAR Bastien Stisi

Des petites déceptions (Hot Chip, Jungle), des grandes satisfactions (Tame Impala, N’To), et un feu d’artifice de testostérone (The Chemical Brothers) au terme de la soirée : après la journée de vendredi, et celle de samedi, Rock en Seine, qui aura cumulé au cours de ces trois jours plus de 120 000 festivaliers, clôturait dimanche son édition 2015.

Hot Chip, Jungle : Londoniens loin du compte

Et elle fut belle, cette édition, marquée par les performances suivies de quelques grands héros d’hier (The Offspring, Etienne Daho, The Libertines) et de quelques héros ascendants d’aujourd’hui. Dans cette catégorie, on aurait donc eu tendance à placer d’abord Alexis Taylor, Joe Goddard, et Hot Chip, réputés pour leur faculté à provoquer la bacchanale (de dancefloor) partout où ils veulent bien poser leur électro pop organique (la voix d’Alexis Taylor se reconnaît entre mille), ambrée de disco et de synthés bavards. Pour cette fois, ce sera toutefois raté. La faute à un dernier album (Why Make Sense ?), bien en dessous de ses prédécesseurs, peut-être, et surtout, la faute à un manque d’énergie et d’allant que ne viendront pas compenser les interprétations des morceaux les plus addictifs du groupe londonien (« Flutes », I Feel Better »…)

Heureusement pour eux, et pour le duo Taylor / Goddard vêtu tout en blanc, la concurrence londonienne et rythmique, incarnée dans la foulée et sur la Scène de la Cascade par les voisins nombreux de Jungle (ils sont sept à avoir investi la scène), ne séduira pas davantage, malgré quelques gros tubes de plus en plus calibrés « Busy Earning’ », « Platoon », « Julia ») et une réputation scénique de plus en plus affinée.. On les avait pourtant vu brillants et pleins de jus l’an passé au We Love Green, puis plus tard au Pitchfork, judicieusement positionnés (car il y avait là une place à prendre) entre l’électro, le funk, le nu-disco hédoniste, la pop ultra efficace. Ce fut moins le cas aujourd’hui. C’est qu’on est toujours un peu déçu lorsque l’on en attend beaucoup.

Tame Impala, Alt-J : hauteurs et splendeurs

Egalement très attendus, les Australiens de Tame Impala, de retour à Rock en Seine deux ans après être venu y présenter leur brillant Lonerism, avec dans leur houlette un nouvel album (Currents) qui, s’il perpétue les obsessions psychés iconiques du groupe, a choisi de le faire cette fois-ci via l’utilisation massive des synthés, plutôt que de le faire via l’utilisation massive des guitares. Alors, Kevin Parker, les pieds nus, et entouré de ses musiciens (dont certains, proposaient plus tôt avec la succursale Pond, un live tout aussi psyché évocateur de ces deux premiers albums), interpréteront surtout les morceaux de ce Currents largement célébré (« Let It Happen », « ‘Cause I’m A Man », « The Moment », « The Less I Know The Better »…) et tellement perché qu’autour de nous, sur les rebords d’une Grande Scène noire de monde, certains grimperont même aux arbres afin de ressentir plus clairement les émanations aériennes qui s’échappent des guitares, de synthés, des lyrics enfumés, et du meilleur live de cette 3e journée…


Question « héros du siècle présent qui pourraient bien devenir ceux du siècle prochain », on pourra également placer Alt-J, eux aussi de retour à Rock en Seine deux ans après leur dernier passage (dans le coin, on est fidèle à ce que l’on aime). Les garçons de Leeds, délaissés depuis par leur bassiste (Gwil Sainsbury) parti voguer vers de nouveaux horizons, y avaient présenté leur premier superbe album (An Awesome Wave), qui avait façonné à une vitesse fascinante la postérité du groupe. Une gloire venue un peu (trop ?) vite, sans doute, pour un groupe qui ne semble avoir jamais pu trouver sa vitesse de croisière live, malgré un nombre de dates abondantes et nombre de tubes hallucinant (« Breezeblocks », « Taro », « Hunger of the Pine », « Fitzpleasure », « Pusher »…) C’est sûrement que les lives d’Alt-J sont de ceux qui se doivent d’être écoutés au sein d’une chapelle (ils l’avaient fait, justement, en janvier dernier, dans la Chapelle des Beaux-Arts de Paris). Celui donné hier soir à Rock en Seine fonctionnera quand même largement, si l’on en juge les cris de satisfaction de la foule au terme de chacun des morceaux (le riff de « Taro », on le répétera encore souvent, est quand même une sacrée merveille) et le nombre de personnes par mètre carré juxtaposé hier devant la Scène de la Cascade.

The Chemical Brothers, N’To : visions antinomiques des musiques électroniques

Le calme Alt-J, et puis bientôt, l’ouragan. Déjà suggéré plus tôt par Last Train (qu’il faudra bientôt renommer « Last TGV » tant les mecs envoient), puis par Fuzz (Ty Segall, lorsqu’il se met à la batterie, fait encore plus de bruit et porte sur le visage une poudre de démon blanchi), celui-ci est définitivement provoqué par le live, épidermique, acide et tambourineur de The Chemical Brothers, figures phares de l’électro mancunienne des années 90 (Tom Rowlands et Ed Simons firent leurs débuts à l’Hacienda, le club mythique de la ville ouvrière du Nord de l’Angleterre), venus montrer que le poids des années n’a pas encore altéré leur folle vitalité. Et pas le temps de tergiverser : le set, poussé par une scénographie exigeante, débute par le mythique « Hey Boy Hey Girl », enchaîne avec « Dot It Again » (oui, c’est la musique utilisée dans la pub pour le parfum 1 Million de Paco Rabane), puis avec « Block Rockin’ Beats », « Galvanize », et tous ses morceaux qui ont participé à fonder ce que l’on avait finis par nommer le mouvement « big beat », savante et violente fusion de techno, de rock, d’acid house, de rock. Un genre qu’apprécient manifestement les programmateurs du coin, puisque Prodigy, autre légende équivalente, était passé sur la même scène et à la même heure l’an passé…

Peut-être pas le plus suivi (tout le monde est devant les Chemical), mais certainement l’un des plus beaux : les plus sensibles favoriseront, pour leur part, le live donné à l’opposé du festival (sur la Scène Pression Live) par le Marseillais N’To, qui en même temps qu’il prouve que la cité phocéenne est capable de sortir autre chose que le son d’IAM et de Chinese Man, propose une vision tout autre et parfaitement antinomique de la musique électro. A la violence de Chemicals répond en effet la douceur de ce Dj accompagné par un xylophoniste (qui passe parfois à la batterie), qui répandra une heure durant toute l’exigence de son electronica house lyrique et introspective, portée par des petits chef-d’œuvres longilignes, parfois douillets (« Chez Nous », « Petite »), parfois inquiets (« Time », « Trauma »), tous parfaits. Terminaison idéale d’un festival dont on pourra retrouver les salves principales grâce aux lives captés par nos partenaires de Culture Box, juste ici.

Visuels : (c) Robert Gil

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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