Musique

[Live report] Lana Del Rey, La Roux et Queens of the Stone Age à Rock en Seine

[Live report] Lana Del Rey, La Roux et Queens of the Stone Age à Rock en Seine

25 août 2014 | PAR Bastien Stisi

Après une première journée décevante, et une seconde bien plus enrichissante, Rock en Seine clôturait hier son édition 2014 qui aura alterné grosses performances et très grosses déceptions.

Feu ! Chatterton, Fat White Family : charismes divergents 

14h30 un dimanche, après deux journées complètes de festival : l’horaire aurait d’ordinaire de quoi repousser les plus mélomanes, mais ne paraît pas être aujourd’hui une barrière insurmontable. Alors, devant un public mine de rien assez nombreux,  les Feu ! Chatterton, emmenés par Arthur, leur chanteur toujours magistral de théâtralité gestuelle et vocale, confirment que le renouveau de la pop française ne devrait pas passer bien loin de leur spoken world habité et électrique. Les compositions de leur premier EP s’adaptent aux nécessités de l’espace agrandi de la Scène de l’Industrie, « La Mort dans la Pinède » s’enroule de lueurs new wave, la jouissance (ou l’épectase ?) est très grosse sur le tube en devenir « La Malinche » (« oh oui ! »), et ceux qui avaient encore des doutes sur la capacité du groupe à exporter leur univers poético-pop en live se trouvent rassurer : le concert de Feu ! Chatterton s’affirme comme l’un des plus encourageants de ces trois journées de festival.

Le renouvellement french pop est en marche, et les jambes aussi, elles qui après un passage devant le live sans histoire de Cloud Nothings, s’arrêteront quelques instants devant la Grande Scène et le show désuet et gonflé à bloc d’Airbourne, ces Australiens qui ont considéré, un jour, que le temps des cheveux bouclés dans le vent, des torses dénudés, des guitares triangulaires, et des accords pub-rock à la Kiss / AC/DC n’avaient aucune raison d’être révolus…

Pour un peu plus de confort sonore, il y aura alors l’alternative Petit Fantôme, échappé de Frànçois and The Atlas Mountains (tient, on retrouve d’ailleurs François Mary à la guitare et au clavier) afin de présenter son projet solo. Pop rêveuse, longues plages post-rock, chant en français, mais malheureusement, un charisme scénique effectivement fantomatique (d’où le nom ?) qui ne permet pas encore à un projet pourtant follement encourageant de décoller véritablement.

Du charisme, ce n’est au contraire pas ce qui manque aux Fat White Family, invités à 17h à fracasser par le biais de leur garage excité la scène Pression Live. Ce qui manque toutefois au groupe londonien, en réalité, c’est un public à la hauteur de la performance punk et sans concession proposée par ces types adeptes des tee-shirts retirés au moindre accord de guitare, emmenés par un chanteur au visage tout rouge à force de tordre convulsivement son corps lors de l’interprétation de ses chants séditieux et dingos (« Heaven On Earth », « Is It Raining In Your Mouth ? »). Il y a des dictions qui rappellent les Falls ou les Sex Pistols, d’autres qui s’engagent sur la voix d’un shoegaze psychédélique et bizarrement tribal (« Auto Neutron », « Cream of the Young »), il y a, surtout, beaucoup de bordel sur scène. On demeurera dans les environs, avec une impression similaire, concernant le live de Thurston Moore, qui à l’image de ce qu’il pouvait faire sous l’étiquette Sonic Youth, propose un rock enivrant aux fragmentations allongées, dressant une ode parfaite au bruitisme noisy et cependant parfaitement audible.

Lana Del Rey, Kavinsky : le vide dans le creux de la hype

Et puis, bien sûr, il faudra prendre la direction de la Grande Scène, assaillie de monde et de hurlements de groopies frénétiques, où intervient la new yorkaise Lana Del Rey, tête d’affiche absolue de cette édition 2014 de Rock en Seine, qui ne tardera pas à confirmer tous les a priori entourant ses prestations scéniques : Lana se comporte comme une diva faussement cool (selfies avec les fans, serrages de mains en série, bises aux plus entreprenants), minaude à n’en plus finir, marque des temps d’arrêts conséquents entre ses morceaux, et se montre incapable de reproduire en live la beauté vocale que transmettent ses deux derniers albums (Born To Die, Ultraviolence). Mais peu importe la pauvreté de la performance, et le massacre désastreux de son plus joli morceau (« Born To Die ») : le public, lui, rivalise de cris et d’applaudissements à la moindre note de chacun de ses tubes (« Body Electrics », « Blue Jean », « West Coast », « Summertime Sadness »), et se montre globalement satisfait de voir enfin en chair et en os (et en botox ?) l’une des artistes les plus surcotées de ces dernières années.

À propos d’artistes surcotés, et ce n’est pas une très grande surprise, il conviendra aussi de citer le live hyper convenu de Kavinsky, dont on commence clairement à se lasser de son interprétation répétitive de Outrun, récité sans renouvellement et avec un monolithisme navrant. On sera agréablement surpris, en revanche, par le live voisin de l’Anglaise La Roux, qui, sans son ancien collaborateur Ben Langmaid, avait pourtant livré il y a quelques semaines un second album (Trouble In Paradise) qui avait considérablement gâché la formidable impression laissée par son premier opus éponyme. En live, les morceaux de ces deux épisodes discographiques naviguent ainsi sur la même longueur d’ondes (synthétiques), et imposent superbement leur esthétisme new-wave et synthpop, faisant chavirer la Scène Cascade dans un revival eighty particulièrement réussi.

Il y aura les morceaux cultes du premier album (« Tigerlily », « In For The Kill », « Bulletproof », « I’m Not Your Toy »), les deux singles du second (« Let Me Down Gently », « Tropical Chancer »), et un séduisant morceau de bravoure synthétique (« Silent Partner ») auquel l’on pensera forcément, quelques instants plus tard sur la Scène Pression Live, à l’occasion du fabuleux show électro pop offert par Dan Whitford et par les Cut / Copy. Ici, les synthés dialoguent avec les chants follement sucrés, les strobos dessinent sur scène des silhouettes saccadées, et les morceaux cultes du groupe originaire de Melbourne (« Lights & Music », « Take Me Over », « Let Me Show You ») circulent avec une finesse clubbeuse qui se confond avec la perfection synthpop.

Les corps bougent les hanches dans les environs au sein d’une nuit devenue noire et évasive, et bougent plutôt les têtes, à l’autre bout du festival, afin de célébrer les légendaires Queens of the Stone Age, qui, à l’aide de leur rock rocailleux, brutal, sonique et éclectique (on peut parler de blues comme de métal), propose à un public naturellement conquis d’avance, une panoplie de leurs plus grands tubes (« No One Knows », « Little Sister ») mêlés à ceux du dernier album …Like Clockwork.

Le show est à la hauteur des attentes, et viendra se positionner aux côtés des grands instants du festival, qui aura vu certaines de ses têtes d’affiche « faire le taff » (Die Antwoord, La Roux, The Prodigy, Portishead) là où d’autres auront davantage peiné (Jake Bugg, Lana Del Rey, Blondie, Kavinsky), proposant aussi quelques figures dont il faudra songer à très rapidement mémoriser les noms pour ne pas se faire surprendre par le courant rapide de la hype (Jessica93, Feu ! Chatterton, Pegase). Palme de l’élégance pop pour Frànçois and The Atlas Mountains, palme de  l’arc-en-ciel revigorant pour Crystal Fighters, palme de la folie des jambes pour Cut / Copy, et à l’année prochaine, à n’en pas douter !

Visuels : (c) Robert Gil

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

3 thoughts on “[Live report] Lana Del Rey, La Roux et Queens of the Stone Age à Rock en Seine”

Commentaire(s)

  • rémi

    De la grosse merde, Lana Del Rey était super, les fan heureux et vous ne l’aimez pas ça se voit, on ne critique pas une stars parce qu’elle signe des autographe, ou parce qu’elle est gentille avec la foule, fausse ? déposez votre haine sur une stars ou fermez votre gueule, lana est une chanteuse bien et cool et si vous ne l’aimez pas, ben écouter quelqu’un d’autre

    août 26, 2014 at 9 h 36 min
  • Anonyme

    Je pense que nous n’avons pas vu le même concert, je suis globalement assez d’accord avec Rémi malgré la formulation assez douteuse. Je suis d’accord pour les groupies hystériques qui hurlaient à certains moments (Mais pas de là à ne plus l’entendre chanter lors des chansons que vous avez cité, et puis elle n’y peut rien). Je suis aussi d’accord pour les manies un peu diva qu’elle faisait, après c’est le personnage qui est sous le pseudo « Lana Del Rey », ça plait ou ça ne plait pas, mais ça ne remet pas en cause une fausseté ou une mauvaise performance.

    En ce qui concerne le chant, ce que vous avancez est totalement faux ! « Massacre désastreux » de Born to die ! A quel moment ? Elle a parfaitement chanté tout le long du concert, pas de fausses notes malgré les cigarettes et les nombreux arrêts comme vous le dites. (Je rappelle tout de même qu’elle a annulé son concert du lendemain pour cause de maladie…) Aucune chanson n’a été massacrée, sa voix était magnifique. Comme l’a dit Rémi, même si vous n’appréciez pas l’artiste (Trop connue à votre goût ?), soyez objectifs et n’inventez pas certaines choses, et n’appuyez pas sur certains « défauts » (qui n’en sont pas pour tout le monde), pour montrer que vous ne l’aimez pas et que personne ne doit l’aimer.
    Ca n’a probablement pas été la plus belle performance scénique de ce festival, mais c’était tout de même une belle performance, et un bon live.

    août 31, 2014 at 17 h 48 min

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