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[Live report] Portishead, Frànçois and The Atlas Mountains et The Prodigy à Rock en Seine

[Live report] Portishead, Frànçois and The Atlas Mountains et The Prodigy à Rock en Seine

24 août 2014 | PAR Bastien Stisi

Après une première journée relativement décevante, l’édition 2014 de Rock en Seine poursuivait sa route hier, après les performances réussies d’Émilie Simon, de Portishead, de  Frànçois and The Atlas Mountains, et de Prodigy.

Synthés glacés d’un côté, folk rock illuminé de l’autre, Giana Factory et Junip se répondent en ouverture de cette seconde journée de festival (on aura loupé les Parisiens de Dorian Pimpernel à 15h30). Les premières, trois petites sirènes venues du Danemark et produites par l’omnipotent Trentemøller (ça se sent bien sur le beau tube « Lemon Moon ») proposent l’égarement, non pas dans un conte d’Andersen ou dans une trop grosse production Walt Disney, mais dans un univers synthpop ombreux qui n’emprunte pas son nom au label mancunien de la fin des années 70 par hasard (on pourra penser à New Order, à Orchestral Manoeuvres in the Dark, à A Certaind Radio…) Les seconds, José Gonzalez et son orchestre, convoquent par le biais d’une pop divergente et mélancolique, le soleil là où il avait pourtant du mal à demeurer la veille. Les deux performances seront idéales, tout comme le sera celle du phénoménal St. Paul, entouré de ses Broken Bones sur la grande scène, crooner en costume et en transe qui exporte sa voix de ténor groovy sur les longueurs, les largeurs, les verticalités, atteint même les angles cachés, et finit par s’exporter partout où il est possible d’entendre quelque chose.

Thee Oh Sees, Cheveu : le punk s’invite à Saint-Cloud

Cuivres, claquements de doigts, soleil qui tape fort, et passage par la Scène de la Cascade, où comme la semaine passée du côté de Saint-Malo et de La Route du Rock, les hyper productifs Thee Oh Sees (une quinzaine d’albums en dix ans…) et leur leader multifonction John Dwyer (chanteur habité, compositeur acharné, guitariste cinglé) déversent leur rock noyé dans le post-punk, dans le krautrock, dans le psychédélisme bruyant, et offrent l’une des plus honnêtes performances de ce début de festival.

On pense inlassablement aux Falls, que les mélodies fracassées des Britanniques évoquent de manière irrémédiable, on perd un peu de force dans les jambes après l’interprétation du tout sale « Floating Coffin », et surtout, du jouissif « The Dream », on fait quelques mètres pour se tourner vers la Scène de l’Industrie, où est sur le point de débuter le concert de Cheveu, eux aussi programmés à La Route du Rock la semaine passée, et qui, grâce à un son enfin audible, déroulent une performance pleine de punch, de sonorités martiales, frondeuses et taillées dans la crasse, bien qu’ils aient parfois un peu de mal à engager le public dans leur transe caveuse et post-punk (il faut le savoir : les gens à Rock en Seine sont globalement des gens bien élevés).

Et puis, voilà l’arrivée de la toute douce Émilie Simon sur la Scène de la Cascade, qui ne se contente plus cette fois, comme au Printemps de Bourges, d’apposer sur son bras ce curieux appareil qui la transforme en dresseuse de faucons (et de boucles samplées) 2.0., puisqu’elle est aujourd’hui carrément entourée par un Orchestre National d’Île-de-France qui donne aux compositions de son dernier album (le très pop Mue) le caractère épique qu’elles nécessitent parfois (« Perdue dans tes Bras », « Menteur », « Paris j’ai pris Perpète »). Les qualités vocales de la Française sont toujours réelles, les tubes sont toujours joliment interprétés (« Le Désert », « Fleur de Saison »), la nuit, elle, commence sa lente mais certaine retombée sur le domaine national de Saint-Cloud.


Portishead, Frànçois and The Atlas Mountains : ombres et lumières

Le crépuscule du jour s’avère alors être le tableau idéal pour y glisser la silhouette, toujours inquiète et murée dans sa propre intimité, de Beth Gibbons, la voix pensante des mythiques Portishead, qui investissent alors et devant un public nombreux la Grande Scène. Idéal, et surtout inquiétant, si ce n’est ombrageux, si l’on considère la noirceur qui se dégage du live proposé par les héros de Bristol (le même que celui proposé une semaine auparavant à Saint-Malo), façonneur il y a tout juste vingt ans (et un jour) du gigantesque Dummy, manifeste trip hop de référence dont chaque émanation (« Glory Box », « Numb », « Sour Times ») sera célébrée par de véritables acclamations de la part du public. « Give me a reason to love you » ? Il y en a beaucoup, tant le son véhiculé ici, plein de spleen et de nuages foncés, paraît avoir pris suffisamment de rides pour pouvoir recevoir le luxe d’être qualifié d’éternel…

Il y aura alors le show globalisant de l’Australien Flume sur la Scène de la Cascade, et celui, prétentieux et gonflé aux prod’ bien lourdes, du performer Joey Badass. Il y aura surtout, du côté de la Scène Pression Live, celui de Frànçois and The Atlas Mountains, accueillis par une panoplie de petits « sabres lasers » rouges distribués dans le public, et qui offriront à un public important malgré les noms ronflants qui défilent au même moment, un set principalement pénétré par les effluves de Piano Ombre, le dernier album des Français sorti cette année. Le voyage est total, invite l’esprit à engager un cheminement vers des contrées exotiques, électroniques, lyriques, post-rock, et alternent bijoux de morceaux étirés à l’infini et tubes énoncés avec une malice véritable (compliqué de se retirer la mélodie de « La Vérité » après ça). La vérité, on se le dit d’ailleurs : c’est un sacré bon concert, plein d’authenticité et d’instants d’euphories musicales, sans doute le meilleur de ses deux premières journées de festival.

Plus costaud et moins nuancé, le live imposé par les Londoniens de Prodigy sur la Grande Scène en guise de clôture de la journée contentera les tympans des plus acharnés et des moins fragiles d’oreilles, fracassés par l’acharnement du harangueur Liam Paris Howlett et par ses troupes aux machines, qui accumuleront les tubes avec moins de temps qu’il n’en faut pour hurler dans le micro « Smack My Bitch Up ». La transe est totale et pénètre le tout, des pieds aux jambes, des hanches aux visages, des cerveaux à la mémoire de ceux qui se rappelleront de la formidable influence des Anglais sur la scène électronique des années 90, mêlant avec une dextérité de types tarés le hip hop habité, synthpunk virulente, et rave d’un passé révolu.

Le show fera hurler de bonheur les plus jeunes (et aussi les plus fans), fatiguera un peu les plus vieux, mais ne décevra personne. Il nous donnera une folle envie, surtout, de nous projeter déjà vers cette troisième et dernière journée du festival qui se clôture aujourd’hui avec, en guise d’apothéose, les performances terminales de Lana Del Rey et de Queen of the Stone Age.

Visuels : (c) Robert Gil

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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