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[Live report] The Hives, Die Antwoord et Arctic Monkeys à Rock en Seine

[Live report] The Hives, Die Antwoord et Arctic Monkeys à Rock en Seine

23 août 2014 | PAR Bastien Stisi

Crystal Fighters, Jake Bugg, Blondie, The Hives, Die Antwoord, Arctic Monkeys…de très gros groupes pour de gros espaces, hier, pour l’ouverture de l’édition 2014 de Rock en Seine, sur le gigantesque Domaine national de Saint-Cloud :

Et puisqu’il y a d’abord ici beaucoup de lumière, il convient d’y ajouter tout de suite un maximum d’obscurité. Alors, le très confidentiel Français Jessica93 impose sur la Scène de l’Industrie son post-rock noisy (lorsque ce n’est pas du post-métal), introduisant ainsi le festival aux cinq scènes et aux 118 000 spectateurs présents pour l’édition 2013. Seul sur scène et secondé par des machines qui diffusent à n’en plus finir des boucles de guitares pré enregistrées, il se charge du chant crépusculaire et des guitares électrifiées, capable d’intégrer parfois quelques percussions tribales, et d’inviter la noirceur à approprier le dancefloor. Présence grunge pour performance noire, et monolithique.

Un peu plus tard, on se lassera très vite du punk rock pas franchement subversif du girls band Tiger Bell, intervenu à 16h sur la scène Pression Live (la marque évènementielle de Kronenbourg), et dont les entités ultra féminisées s’imaginent encore sans doute que raccourcir le tissu des fringues peut permettre de transformer le vide en formidable habillage sexy…Sur la même scène, deux heures plus tard, on sera déjà plus convaincu par la performance engagée de Traams, Anglais pas franchement assagis mélangeant rigueur rock et hallucinations krautrock au sein d’une cacophonie efficace.

Les Wild Beats, eux, programmés à 18h sur la Scène de la Cascade, paraissent davantage à l’aise dans l’intimité de la salle confidentielle que dans celle des largeurs extérieures, tant la sensibilité de leur pop synthétique et exotique, pourtant portée par leur sublime dernier album Present Tense (« Wanderlust », « Nature Boy », « A Simple Beautiful Truth »…) paraît avoir du mal à affirmer sa singularité au-devant d’une scène trop impersonnelle pour eux.

Ces difficultés-là, elles ne semblent pas concerner Pegase et son chanteur Raphaël d’Hervez aux attitudes de Christ SF (curieux oxymore), qui présentait une nouvelle fois et avec une expertise scénique de plus en plus affirmée, son premier album de dream pop sensible et électrique sur la Scène de l’Industrie. Miroirs sur la scène, rêveries dans les esprits, l’extatique et aérien « Dreaming Legend » pour clôturer les débats : on ne se lasse pas de cet animal fantasmagorique et mythologique venu redonner de l’ampleur à l’idée d’une pop capable de faire rêver tout en faisant bouger le corps tout entier.

Et puis, voici de douces et convaincues mélodies qui commencent à s’enchaîner sur la scène de l’Industrie. Celles-ci sont l’œuvre des Crystal Fighters, et la foule s’est accumulée pour les recevoir. Car voir les Crystal Fighters en live, c’est avoir l’assurance d’assister à l’énonciation sans prétention mais avec beaucoup d’ambition de l’hymne national d’un pays (celui de « feel good pop land » ?) où les personnages principaux portent des chapeaux d’Indiens plumés sur la tête, où les sourires et la bonne humeur se tissent et se diffusent avec aisance, où la pop porte des couleurs d’une luisance vivace. Les instrumentations basques rencontrent celles d’une électro difforme, toujours joviale, donnent aux environs des allures de grande messe folk pop, alors que la récitation habitée du grand tube « You And I » apporte un peu plus de luminosité à un ciel soudainement devenu un peu capricieux.

La pluie, en effet, fait son arrivée sur le Domaine de Saint-Cloud. Elle accompagne d’abord sur la Grande Scène le show sans intérêt majeur du petit prince folk sur-marketé Jake Bugg, qui, s’il adopte un phrasé dylanien, porte une coupe de Beatles, a débuté sur scène aux côtés de Noël Gallagher d’Oasis, et a vu son second album enregistré par le producteur de Johnny Cash, devra encore sacrément affirmer ses prestations scéniques s’il veut espérer être comparé à ses glorieux ainés autre part que dans des fiches biographiques un tout petit peu trop pompeuses…

La pluie, elle, ne s’arrêtera qu’au terme de l’exercice vocal proposé sur la scène Pression Live par l’Irlandais Hozier, compatriote de timbre et de passeport du sublime James Vincent McMorrow. C’est sans doute qu’afin de prononcer les beaux instants de son tout premier album éponyme, l’auteur du bouleversé « Take Me To Church » dialogue avec les cieux, les caressent, et les fait finalement pleurer.

Blondie, The Hives : idoles au seuil du crépuscule

Outre la belle grosse faute de goût occasionnée par l’affreuse reprise du « 1 Thing » d’Amerie, la performance sera belle et convaincante. Soit tout l’inverse de celle proposée au même moment par Blondie, pastiche édulcoré et affreusement raidi de ce qu’ils avaient pu être autrefois, soit l’une des figures pionnières du rock audacieusement mélangeur des années 80. En temps jadis, Debbie Harry et Chris Stein saisissaient le rock, le disco, la new wave, et en faisaient des tubes interplanétaires (« Heart Of Glass », « The Tide Is High »…), interprétés hier sans de trop grandes pulsations dans les artères…

Les fans hurleront de bonheur. Les autres s’enfuiront très vite, direction la Grande Scène, d’où ils repartiront sans doute aussi rapidement, le temps de voir confirmer ce que beaucoup  savaient déjà : s’ils portent avec eux la réputation d’un punk rock élégant et furieusement excité, les Suédois de The Hives, toujours habillés de leurs fameux costards blancs, peinent à retranscrire cette furie fantasmée sur scène, et ce malgré l’adhésion d’un public enivré dans les tous premiers rangs.  « Hate To Say I Told You So », « Tick Tick Boom », « Walk Idiot Walk » : The Hives alignent les tubes issus de leur discographie lapidaire (cinq albums qui ne dépassent que très rarement les 30 minutes d’écoute), font trembler sol et corps fragilisés, et surtout, préparent les esprits au fracas que le public abondamment regroupé autour de la Scène Cascade s’apprête à recevoir en plein dans les tympans.

Die Antwoord, Arctic Monkeys : des têtes d’affiche au rendez-vous

Boules Quies dans les oreilles et cerveaux déconnectés, on assiste alors à la performance forcément détraquée des Sud-africains de Die Antwoord, contestataires dans le son comme dans les images, qui retranscrivent sur scène la folie savamment calculée et véhiculée par leurs vidéos mille fois diffusées sur le web. Les clips de « Baby’s On Fire », de « I Fink U Freeky », de « Evil Boy », ou du dernier « Pitbull Terrier », sont d’ailleurs diffusés en arrière-fond, accompagnant le rap épidermique de Ninja, le chant échappé d’un hentai bien pervers de la chanteuse Yolandi Visser. Entre hip hop vicieux, machina malade, électro pornographique, et grand chamboule-tout scénique, les représentants de la scène rap-rave de Cap Town et de la contre-culture sud-africaine zef (une manière de rendre cool ce qui était ringard) suppriment toute notion de morale, suggèrent la révolte par le biais de l’absurde, et contrasteront nettement avec la prestation des très attendus Arctic Monkeys, attendus à 23h sur la Grande Scène.

Mené par un Alex Turner qui n’a décidément pas terminé de faire rougir la branche la plus sensible de son public féminin, le groupe de Sheffield adopte sur scène l’esthétisme noir et blanc de son dernier album AM, qui avait entamé un virage blues rock à la Black Keys bien éloigné de la folle énergie des débuts, et notamment des orageux Whatever People Say I Am, Thats’s What I’m Not et Favourite Worst Nightmare, et interprète avec une belle énergie les morceaux issus de cette discographie évolutive. Convaincant quoique convenu, orgasmique lorsqu’il accumule les nappes de guitares afin de réciter ses morceaux les plus excités (gros bordel sur « Brianstorm »), le concert des Britanniques clôture, en même temps que le Danois Trentemøller sur la Scène de l’Industrie et que le Français Étienne de Crécy sur la Scène Pression Live, une journée à la qualité contrastée et sans folle épopée, et dont on espérera que le second épisode s’avérera, aujourd’hui, davantage enthousiasmant.

La programmation complète, d’ailleurs, est à retrouver sur le site officiel de Rock en Seine.

Visuels : (c) Robert Gil

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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