Fictions

Julien Decoin questionne la figure de la femme fatale dans « Platines »

14 novembre 2019 | PAR Heilen Beyer

Dans son dernier roman publié au Seuil, Platines, Julien Decoin annonce la couleur dès l’épigraphe : il sera question de la figure de la femme fatale. Et pas n’importe laquelle puisque Platines s’inspire de la chanteuse de Blondie, Deborah Harry. Figure sulfureuse du New-York des années 60, Debbie Harry aura été l’une des premières femmes à la tête d’un groupe de rock mais aussi la muse d’Andy Warhol, l’amie de Basquiat, Lou Reed et Iggy Pop. Julien Decoin s’inspire de cette femme mythique pour en faire l’une des héroïnes de son livre.

Les héroïnes du livres sont en fait deux, deux héroïnes, deux femmes qu’il met face à face. En effet, Julien Decoin invente à Debbie Harry un double fictif. Il s’agit d’une jeune-femme blonde qui rêve de succès avec son groupe de rock. D’un côté Platine -dont le nom à peine dissimulé renvoie à Blondie-, de l’autre Marie. Leur point commun, mis à part leur blondeur et leur goût pour le rock’n’roll ? Un écrivain, Jean. Celui-ci les aura croisées à deux moments de sa vie : Platine pendant sa jeunesse et Marie en fin de vie. La première a été une jeune-femme sulfureuse qu’il a aimé passionnément, la deuxième en est le miroir. Alors que l’une est figée dans le passé, dans le New-York des sixties où il se sont aimés, l’autre est bien vivante, chante, danse et parle fort.

A ces deux femmes, cet auteur veut dédier son dernier roman. Hommage à l’amour passionnel éprouvé pour l’une et à la tendresse ressentie pour l’autre. L’auteur fait sans cesse des parallèles entre ces deux femmes aux vies pourtant bien différentes. On se perd, en même temps que lui, à travers les époques et les souvenirs. Julien Decoin, à travers les yeux de Jean, sublime ces deux femmes, compare leurs corps et oppose leurs destins.

Dans Platines, il est sans cesse question de tensions entre deux pôles : le poids des souvenirs et l’espoir en ses rêves ; le goût du spectacle, de la foule, des concerts et l’envie de solitude, d’isolement ; la jeunesse punk de l’auteur et la tranquillité de sa vieillesse ; la frénésie du New-York des sixties et la quiétude de la campagne normande. L’écriture s’inscrit sans cesse dans une dualité. On navigue entre ces univers, au rythme de la pensée et des mots de Jean. On s’attache au vieil écrivain, à ses caprices et ses lubies. Les mots de Julien Decoin deviennent ceux de Jean, à la fois vifs et mélancoliques.

 

Platines, Editions du Seuil

18.00 € TTC
240 pages
EAN 9782021404418

 

 

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