Musique
[Live report] Rone, IAM, Caribou et Die Antwoord au Solidays

[Live report] Rone, IAM, Caribou et Die Antwoord au Solidays

28 juin 2015 | PAR Bastien Stisi

Après une journée inaugurale marquée par des petites déceptions (Biga* Ranx, The Dø) quasiment aussi importantes que les belles satisfactions (Isaac Delusion, Hanni El Khatib, Kid Wise), le Solidays faisait dérouler hier la programmation de sa seconde journée.

Feu Chatterton !, The Vaccines : élégances changeantes

Sur la scène du chapiteau Domino, on y croise d’abord les Feu Chatterton !, ce quintet lettré passé en un an d’un format chanson (le verbe d’Arthur et ses mimiques gestuelles étaient alors au centre du propos) à un format clairement plus pop (et même rock, comme sur « La Mort dans la Pinède »), qui malgré un set relativement court (30 minutes, soit le temps réservé aux artistes ciglés « Paris Jeune Talents ») inviteront une chaleur étouffante sous le chapiteau. C’est peut-être le fait que l’on manque d’eau dans le coin (avec une telle affluence et une telle chaleur, refuser de l’eau gratuite aux festivaliers paraît être un cas d’inconscience majeur…) ou que le fait de voir Arthur comme toujours emmitouflé dans son costume trois pièces ne refroidit pas forcément. Ou bien simplement que le live des Parisiens, à force de se répéter, s’affine et s’aiguise de plus en plus. En témoigne la petite folie qui s’empare du chapiteau sur le beau final « La Malinche », le tube central du premier (et unique) EP du groupe, un morceau qu’il n’est pas excessif de considérer, déjà, comme un petit classique du genre.

Des classiques, on en entendra quelques-uns aussi à l’autre bout du festival sur la scène Bagatelle (« Teenage Icon », « If You Wanna »), à l’occasion du live élégant et appliqué donné par The Vaccines (le nom du groupe va bien avec la thématique du festival…), ces Anglais héritiers de leurs congénères Strokes et Libertines menés par un Justin Young bien à l’aise dans son costume de rock star d’un autre âge (la vague Vaccines a quand même peiné à emmener le troisième album du groupe English Graffiti sur les hauteurs espérées) pseudo désinvolte et vraiment concerné.

Grand Blanc, Rone : la scène indie française au rendez-vous

Et puis, le monde afflue de nouveau sous Domino pour y voir le show, toujours performant et batteur de rythme, du duo Chill Bump (Bankal + Miscellaneous), qui enfile les tubes downtempo, trip hop et hip hop de son premier album studio Ego Trip (« My Mother is a Pornstar », « The Memo »…) tout en faisant trembler les sols. Combo idéal, mains à la verticale, et baisse de température considérable (dans le son comme dans l’air) avec le début du live de Grand Blanc, qui débute sous le chapiteau voisin (celui du César Circus) avec l’interprétation, comme si cela était fait exprès, de « Degré Zéro », ce petit tube qui condense en lui tout ce qui fonde l’ADN de Grand Blanc : la pop est ici gelée dans une cold wave toute sombre, et portée par une prose récitée dans un français appliqué. C’est l’esprit de Bashung contrôlé par les synthés froids et les voix doublées (celles de Benoit et de Camille), et qui emmène le public dans une transe épileptique (« Nord »), onduleuse (« L’Homme Serpent ») et vagabonde (« Bosphore »), et qui parvient même à tisser un lien (évident mais loin d’être toujours mis en avant par les acteurs du festival) entre les thématiques du Solidays et celles de « Feu de Joie » (le dénominateur commun est donc la baise). Maîtrisé quoiqu’enflammé, Grand Blanc, ce soir, aura parfaitement fait honneur à son nom.

Le set termine avec « Samedi la Nuit », élément le plus pop et le plus tubesque du premier éponyme du quatuor messin (grosse folie dans le coin), qui fait justement écho à la lente et douce tombée du jour sur le Solidays. Ici, la nuit, que certains traverseront sans être pris par elle (les lives dureront jusqu’à 5 heures, notamment portés par le trio d’Ed Banger Busy P – Para One – Boston Bun), débute avec le live toujours aussi grandiose proposé par Rone sous le chapiteau Domino. Et qu’on l’ait déjà vu plusieurs fois au cours des derniers mois (aux Transmusicales, à la Cigale, au Chorus ou au Printemps de Bourges) ou qu’on le découvre pour la première fois, ce live lié au troisième album du porte-étendard d’Infiné charme et convainc toujours avec les mêmes ampleurs. Car l’album en question se nomme Creatures. Et ces bestioles-là, et malgré ce que suggère le morceau « Freaks » (qui introduit désormais les lives du Français), viennent ici en ambassadrice d’un autre monde (celui de l’esprit trafiqué de Rone), et avec une faculté extraordinaire : celles de générer le sourire et la bonne humeur viscérale partout où elles posent leur électro faiseuse de grâce et bougeuses de corps.

IAM, Caribou : ombres d’eux-mêmes 

La set list propose des morceaux provenant du dernier album (« Sing Song », « (OO) », « Ouija ») et d’autres provenant des premiers (les cultes « Parade », « Tohu Bohu », « Bora Vocal »). Tous reçoivent la même adhésion, enthousiaste et sincère. La démarche sera la même du côté d’IAM, mais la réception autre : car si chacun salue les tubes mythiques qui ont fondé la légende du groupe marseillais (« Je Danse le Mia », « Petit Frère »…), la foule s’indiffère par contre globalement des sons plus récents (deux albums sont sortis simultanément en 2013) du groupe mené par les patriarches Akhenathon et Surik’n. Un monument de rap raté (« Demain c’est Loin », qui ressemble plus à un karaoké saccadé qu’à un morceau live…), un autre monument dûment célébré avec sabre laser sur scène (« L’Empire du Côté Obscur », avec un sample de « La Marche Impériale » qui apparaît sur le dernier couplet), et un Solidays qui ne répond pas aux avances proposées par le Côté Obscur de la Force, mais qui cédera, plutôt, à l’electronica lumineuse et aqueuse proposée par Caribou quelques instants plus tard sur la scène Bagatelle.

Comme la vieille pour The Dø, le live très attendu de Caribou s’avèrera toutefois décevant. La faute à une scène décidément trop profonde et habillée par une installation sonore clairement insuffisante. La faute aussi à un set trop longtemps ronronnant (« Our Love », « Mars » et « Bowls » ne décollent pas), et qui mettra sans doute trop de temps à se lancer (hormis le finish grandiose et allongé avec « Sun », ça ne prend pas), car le public du Soliday, surtout un samedi à 11 heures du soir, est un public qu’il convient de choper à la jugulaire sans trop de tergiversations…

Choper à la gorge, sans somation préalable. C’est justement la spécialité du « Pitbull Terrier » des grands allumés sud-africains de Die Antwoord, et de la globalité des morceaux issus des trois albums du groupe de rave zef goinfré de beats cradingues et de verbes obscènes, qui feront basculer le Solidays dans la dinguerie collective que tous attendaient (« Baby’s on Fire », « I Fink U Freeky », sont en cela des morceaux efficaces). Tout est retourné, et tout est à sa place : le Solidays se poursuit et se clôture aujourd’hui avec une programmation portée par les concerts à venir de Yelle, de Brodinski, de Fakear et de Parov Stelar.


Visuels : (c) Robert Gil

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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