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[Interview] Rhum For Pauline : « on a pris le temps de trouver notre identité »

[Interview] Rhum For Pauline : « on a pris le temps de trouver notre identité »

03 novembre 2015 | PAR Bastien Stisi

Rhum For Pauline a accompagné Pegase sur une quarantaine de dates avant de sortir son premier album, sorti justement sur le label de Pegase (aka Raphaël d’Hervez, qui a également assuré le clavier en live sur quelques dates). Mais plus qu’une histoire d’échanges de bons précédés entre les différents membres émanant de la très prolifique scène pop nantaise, « l’expérience Pegase » a permis à Rhum For Pauline de trouver définitivement une voie et une identité jusqu’alors relativement floue, et d’accoucher d’un premier album intervenu 7 ans après les débuts officiels du groupe. Un soulagement logique pour un groupe désormais serein, dont a rencontré les deux principaux compositeurs (Romain Lallement au chant et Émile Ployaert à la batterie) avant une date au Badaboum, ce mercredi 4 novembre.

On parle de premier album, de retour après 3 ans d’absence, mais on vous a en réalité vu tourner avec Pegase au cours des derniers mois…

Émile : Oui, et c’est une histoire un peu compliquée ! En fait à la base, Pegase est le projet solo de Raphaël d’Hervez. Au moment où, via son label FUTUR, il a signé Rhum For Pauline, on lui a proposé de l’accompagner lors de ses lives, ce que l’on a donc fait sur une quarantaine de dates. Et puis avec Rhum For Pauline, il nous a rendu la pareille récemment, en nous accompagnant à son tour aux claviers sur nos dates…On a pris aussi Antonin Pierre à la guitare, qui était avant dans Pony Pony Run Run…Là récemment, Raphaël a dû s’isoler un peu pour composer son 2e album, qui est terminé d’ailleurs. Du coup on a pris à sa place aux claviers Pierre Lucas, qui lui est également bassiste pour le groupe Fortune

Une vraie mafia nantaise ! Ça me rappelle un peu Frànçois & The Atlas Mountains et tous les projets annexes qui en émerge

Émile : Écoute oui, c’est un peu ça, et je t’avoue que quand je regarde ce qu’ils parviennent à faire ça me donne vraiment envie. Ils arrivent parfaitement à faire dialoguer tous leurs projets, et du coup, ils passent l’année sur la route !

Après avoir défendu cet album de Pegase en live, avez-vous de fait vraiment la sensation de sortir votre premier album ?

Émile : Honnêtement, oui. Avec Rhum For Pauline on a fait deux EP entre 2010 et 2015, parce que l’on ne se sentait jusque-là pas prêts à faire un album en entier. C’est aussi pour ça qu’on a mis autant de temps à le faire. Avec Pegase justement, on a pris l’expérience live qui nous manquait. Ça nous a vraiment permis de nous professionnaliser, et je crois que ça nous donne un sacré plus aujourd’hui. Là tu vois, l’album est sorti, et on n’a aucun regret. On sait très bien que l’on n’aurait pas pu faire plus.

Romain : Le fait de jouer ensemble sur autant de dates, aussi, et de jouer autre chose que la musique de Rhum For Pauline. On a fait au total 1 an sur l’album, et puis 1 an et demi encore avant sur les EP.

Comment fait-on concrètement pour se détacher de cette set list et se dire vraiment « bon, c’est un nouveau projet là » ?

Romain : Ça peut effectivement paraître étrange de l’extérieur. Mais pour nous, Pegase a toujours été le projet solo de Raphaël, et nous ses musiciens qui l’accompagnions sur scène. À Rhum For Pauline, on est « vraiment » un groupe, dans le sens où il y a un aspect collectif qu’il n’y a automatiquement pas chez Pegase.

Émile : Et puis de manière très pratique, à partir du moment où l’album de Pegase est sorti, on s’est retrouvés avec un emploi du temps relativement idéal pour le métier que l’on fait : le week-end on était souvent sur la route pour Pegase, et en début de semaine on était en studio et on travaillait pour Rhum For Pauline. On écrivait les morceaux, et sans avoir la frustration de pas faire de scène. C’était vraiment parfait.

Ce qui est frappant et réussi à ce sujet, c’est que si on ne vous connaît pas et qu’on n’a pas fait le rapprochement avec Pegase, il y a relativement peu de chance pour que l’on s’imagine que ce sont les mêmes musiciens…

Émile : C’est vrai oui, ce sont deux projets très différents. Je n’ai pas l’impression qu’il y ait d’emprunts, ou de résonances. Avec Rhum For Pauline, c’est peut-être un peu bête mais on s’est fixé quelques petites règles. On est dans une certaine forme de classicisme soul, ou même pop, qu’on avait envie de suivre.

Je vais m’arrêter sur ce terme de classicisme, qui m’intéresse beaucoup. C’est un terme que l’on entend rarement chez les artistes, et qui ait relativement peu revendiqué, la plupart des groupes préférant au contraire dire qu’ils sont inspirés par le moins de choses possible…Aline par contre, eux, revendiquent clairement une forme de « classicisme pop »…

Émile : Ah oui effectivement, ça ne m’étonne pas vu leur écriture qu’Aline revendique ça. J’ai la sensation qu’ils sont dans un artisanat pop, un savoir-faire. Et attention ce n’est pas du tout dévalorisant ce terme-là. Notre classicisme à nous est différent je crois.

Romain : Oui, notre classicisme se retrouve surtout dans la structure de nos morceaux. Il n’y a pas chez nous de longues intros qui partent un peu partout. Les phases de recherche ont été faites en amont, on ne les improvise pas sur place. C’est aussi pour ça que notre album a pris beaucoup de temps, parce que l’on souhaitait maîtriser tous les éléments qui en ressortent de bout en bout, que ce soit dans la forme ou dans le fond. Tu vois, on ne souhaite pas être avant-gardiste ou je ne sais quoi. On sait que l’on sonne « classique », et on l’assume.

« Classique », mais pas dans un genre précis donc. On sent que vous écoutez des choses très différentes…

Romain : On est effectivement des gros consommateurs de musique, on achète tous beaucoup de disques.

Émile : Oui, et quand on télécharge, on essaye de VRAIMENT écouter ce que l’on a téléchargé ! Sur cet album il y a effectivement beaucoup de choses : tu vois par exemple on est sur la soûl très seventies sur « When Endless Ends », mais la musique qui nous rapproche le plus tous les quatre c’est le hip hop, un genre dans lequel on a pioché quelques petits trucs, comme le grain de son que peut avoir la batterie où l’efficacité de certains chants. C’est peut-être aussi cette diversité qui nous a causé pas mal de problèmes d’identité musicale…

D’où aussi ce long interlude avant votre retour ?

Émile : Exactement. On avait tendance à partir dans des directions très opposées en fonction des morceaux ou des EP. Ça pouvait aller de la soûl au garage sixties ou à l’électro pop à la Phoenix…On n’aurait pas pu faire cet album à nos débuts, on ne voulait pas de ce mélange. On voulait un album qui fasse sens.

En interview, il y a globalement deux genres de groupes : ceux qui te disent qui ne sont influencés par rien ni personne (c’est la majorité), et ceux qui assument une filiation directe avec quelqu’un ou quelques-uns. Vous avez l’air d’avoir plutôt le profil du groupe encyclopédique qui a écouté et pensé beaucoup de choses avant de composer…

Émile : Actuellement je crois que c’est le cas oui. Mais tu vois si on avait fait cette interview il y a deux ans, on t’aurait dit que l’on n’était influencé par rien !

Romain : C’est vrai que ce temps-là nous a permis d’ingérer beaucoup de choses, et de faire vraiment le point. Ça nous a fait grandir, et ça nous a permis de produire notre propre spontanéité. On s’est posé beaucoup de questions : « qui on est ? », « qu’est-ce qu’on veut faire ? », « qu’est-ce qu’on veut dire ? » 7 ans c’est long tu sais…Et puis on est tous comme des frangins, tu imagines, Émile, Thibaud et moi on s’est rencontrés au lycée ! C’est pas évident d’évoluer et de grandir tous ensembles, avec chacun nos visions de choses. Et je peux te dire qu’on est vraiment fiers et soulagés aujourd’hui d’y être arrivés ! On a dû se faire violence au profit de notre musique.

C’est parce que vous vous êtes rencontrés au lycée que avez tous eu besoin, à un moment donné, de monter un projet solo?

Émile : C’est en fait à partir du moment où l’on a commencé à jouer avec Pegase, et à essayer de réfléchir à l’identité que l’on voulait donner à Rhum For Pauline, qu’il y a notamment eu l’émergence du projet de Romain, Lenparrot, qui avait besoin de mettre ses idées à lui dans un autre projet. On l’a tous poussé à le faire dans le groupe.

On en parlait, il y a une pause de Rhum For Pauline pendant trois ans. Et clairement, on peut identifier deux phases différentes entre votre deux premiers EP et l’album. Est-ce le sens des noms de votre discographie ? Votre premier disque se nomme Miami et le dernier Leaving Florida….

Romain : Complètement oui. C’est un clin d’œil affirmé à ce changement. On n’est d’ailleurs jamais allé à Miami ou en Floride de notre vie…Cette idée de fantasme nous plaisait pas mal.

Quentin : Avec tout ce que l’on a vécu pour mettre sur pied cet album, qui est quand même une part importante de notre vie, on voulait faire cette référence, avoir ce petit recul sur notre propre passé…

Le passé, et aussi le futur, non ? Si on reste dans l’analyse iconographique, on retrouve une route, symbole du demain, sur la pochette de votre album comme dans le clip de « Pan Peter »…Il y a aussi ce car sur votre pochette, qui est un symbole du voyage, et donc pourquoi pas du temps qui est passé…

Quentin : C’est exactement ça oui, très bien joué.

Romain : Il y a effectivement ce regard, tendre, sur nos années révolues, et en même temps un regard serein sur ce qui va suivre. Cette route, c’est aussi une manière, et sans tomber dans l’ésotérisme ou quoi, une manière pour nous de mettre en avant le voyage que l’on évoque dans notre musique, qu’il soit intérieur ou physique.

Désolé je ne pose jamais cette question, mais votre nom déchire vraiment : d’où vient-il ?

Romain : C’est un nom, un peu potache, qu’on a trouvé au lycée. Il y a ce côté : « tu fais un groupe pour quoi ? Pour séduire les filles », et pareil que pour le reste, Pauline n’existe pas en vrai…enfin dans notre imaginaire à tous elle existe mais pas dans la réalité !


Niveau réalité, le groupe sera en concert au Badaboum demain, aux côtés de Paon et de Nat Jenkins & The Heartcaves.

Rhum For Pauline, Leaving Florida, 2015, Futur Records / AL+SO, 38 min.

Visuel : (c) Cyril Pedrosa

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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