Pop / Rock

[Chronique] « Trouble In Paradise » : la dommageable descente aux Enfers de La Roux

[Chronique] « Trouble In Paradise » : la dommageable descente aux Enfers de La Roux

22 juillet 2014 | PAR Bastien Stisi

Cinq après le succès mondial de La Roux, son premier album éponyme, Elly Jackson revient (sans son collaborateur d’alors Ben Langmaid) surfer sur une vague synthpop très fortement marquée eighty avec son second opus Trouble In Paradise. Reste à savoir si cette vague, à force d’être trop chevauchée par ses congénères pop du siècle XXI, n’est pas sur le point de devenir une houle périssable et dépassée…

[rating=2]

La Roux - Trouble In Paradise

Qu’elle soit grandiloquente (Thomas Azier, Juveniles), assombrie (Chateau Marmont, Trust), rêveuse et rétro futuriste (Pegase, Youth Lagoon), sensuelle et tropico-glaciale (Christine and The Queens, Jabberwocky, The Knife, MØ), la pop paraît depuis le début des années 2010 trouver dans le revival 80 et dans la réécriture new wave sa matière nutritive première, obsédée par l’accumulation de synthétiseurs réfrigérés sur des basses et des voix tournées vers l’étude des travaux de leurs prestigieux aînés. De nombreux talents, bien sûr, et des pastiches, aussi.

Mais lorsqu’en 2008, Elly Jackson, son look et sa nomination androgyne, débarquent sur la scène pop internationale, l’instant est encore propice au phénomène rouquin. D’autant que, loin du plagiat récurrent des anciens, on est alors confronté à une pop pleine d’urgence et d’apparats baroques, qui positionnera même aux yeux de certains la jeune Anglaise (elle dépasse alors à peine la vingtaine) comme le porte-étendard féminin d’un mouvement qui n’a pas peur de puiser dans l’archive pour élaborer les bases du futur. D’abord signée chez Kitsuné, La Roux sort même finalement son premier album chez Polydor, un premier essai récompensé par un Grammy Awards et par un amas de distinctions plus pompeuses les unes que les autres. Il circule alors dans l’air une idée de mode et de phénomène pop.

La problématique est donc la suivante : a-t-on atteint en 2014 un seuil d’épuisement 80 trop conséquent qui tendrait à faire de Trouble In Paradise le réceptacle d’une lassitude globale qui trouverait ici son bouc-émissaire idéal ?

Sans doute un peu, mais pas sûr que le problème puisse uniquement se résumer ici à une histoire de calendrier hasardeux. Si l’on a du mal à avaler ce Paradis-là, c’est en réalité surtout parce qu’il pêche là où son prédécesseur avait brillé, accentuant le virage pop convenu aux dépens de la spontanéité thérapeutique que suggérait des morceaux comme « Tigerlily », « In For The Kill » ou « As If By Magic ». Après la pop point de suture, voici la pop crème solaire.

Sur Trouble In Paradize, Elly Jackson évoque les amours un peu libérés (« Sexotheque », « Silence Partner », « Cruel Sexuality »…), quand elle évoquait hier les fractures du cœur, et parvient même à le faire sans y apporter le moindre vice vocal. On dirait Madonna, mais branchée en mode « bonne sœur » (c’est dire si c’est bon…) Madonna, justement : La Roux paraît en imiter les plus mauvais instants sur les premiers morceaux de l’album (« Kiss and not Tell », « Cruel Sexuality », « Paradise Is You », « Sexothèque »…), lisses et beaucoup trop sagement produits pour être fréquentables, avant de se rattraper, quand même le temps de deux titres, salvateurs.

On retiendra donc le tube « Tropical Chancer », mélange de reggae et de synthpop discoïde (La Roux, elle, parle dans le communiqué de presse de « ragga disco »), et surtout le très excitant et moroderien « Silent Partner » (on a quand même hâte d’entendre ça grossi en live pour Rock en Seine).

Si l’on veut toutefois tempérer un peu le propos, on pourra quand même admettre que ce Trouble In Paradise, compte-tenu du nombre de daubes aux appellations pop que l’on nous propose chaque semaine,  ne mérite pas les flammes de l’Enfer. Peut-être pourrait-il même devenir pour certains l’albums d’un été. Il n’accompagnera toutefois personne jusqu’au bout de l’éternité, qu’on la passe tout en haut dans les cieux ou tout en bas dans les flammes…

La Roux, Trouble In Paradise, Polydor, 2014, 43 min.

Visuel : © pochette de Trouble In Paradise de La Roux

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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