Pop / Rock
[Chronique] « Currents » de Tame Impala : de rock psyché à pop psyché

[Chronique] « Currents » de Tame Impala : de rock psyché à pop psyché

30 juillet 2015 | PAR Bastien Stisi

Avec Currents, le troisième album de Tame Impala, Kevin Parker convoque toujours les glorieuses sensations psychés, mais en favorisant l’utilisation des synthés et des mélodies désincarnées aux dépens des guitares et des troubles mélanco-chantées qui ont, jadis, fondé sa postérité. Moins radical qu’hier, Tame Impala s’ouvre à la foule, sans baisser son fute pour autant.

[rating=4]

 

Yes I’m changing, yes i’m gone

Yes i’m older, yes i’m moving on

And if you don’t think it’s a crime

You can come along, with me

 

Kevin Parker l’assume dans « Yes I’m Changing » (c’est une manière de l’interpréter) ce morceau plein de cette basse groovy que l’auditeur d’InnerSpeaker (2010) et de Lonerism (2012) n’aurait jamais cru voir apparaître un jour : il change, il se déplace, il avance vers des destinations qui n’étaient pas celles envisagées hier. Cette avancée, elle se fait surtout dans le temps, puisque l’Australien, originaire de Perth (au Sud-est du pays-continent) s’intéresse ici moins aux référents 70 qu’aux référents 80, et confirme l’idée qu’avait suggéré le dévoilement du long et très excitant single « Let It Happen » quelques semaines avant la sortie de l’album : loin du rock dominant d’alors, Currents est un album plus électro, en même temps qu’il accueille le R&B sensuel, le disco froid, la new wave mélodramatique.

Les guitares, omnipotentes hier, sont remplacées par les synthés et les basses mélodiques. On est ainsi passé du rock psyché à la pop psyché. Des songes enfumés aux dancefloors enjolivés.

Paru quelques mois plus tôt, et parce qu’il en rappelle lors de ses moments les plus groovy certains contours (« Past Life »), l’album aurait pu permettre à son géniteur de figurer dans la dream team invitée par les Daft Punk sur leur dernier Random Access Memories, tant l’Australien tend à se muter en orchestrateur d’une pop désormais faite, non plus seulement pour les auditeurs radicalement indés, mais pour les masses plus épaisses et plus éclectiques.

Figurent ainsi de vrais bons tubes pop à la production et aux gimmicks impeccables (« The Less I Know The Better »), des instants aussi langoureux (« I’m A Man », « New Person, Same Old Mistakes ») que le sont ceux de Caramel, l’excellent second album de son compatriote océanien Connan Mockasin (celui-ci est natif de Nouvelle-Zélande, bien que résident londonien), et globalement, un album à la production assagie (c’est la première fois que Kevin Parker se charge lui-même de la prod de l’un de ses albums).

Si Kevin Parker, responsable à 99,9% de l’album (composition, mixage, chant…), fait justement s’échapper Tame Impala en dehors de ces sentiers qu’il avait largement contribué à façonner depuis la sortie en 2010 du très culture InnerSpeaker, quelques autres membres de Tame Impala, qui forment ensemble l’explosif projet Pond, ont livré en janvier l’un des tous meilleurs albums psyché rock de l’année (Man It Feels Like Space Again). C’est ici que les nostalgiques du Tame Impala d’hier devront ainsi se tourner pour revivre le frisson de la mélodie défoncée. Et vers Rock en Seine pour les autres, ceux qui feront de ce Currents l’album d’électro pop incontournable de l’été, puisque c’est là, sur le Domaine National de Saint-Cloud, que Parker and co viendront y présenter ce 3e essai le dimanche 30 août.


Tame Impala, Currents, 2015, Modular Recordings, 51 min.

Visuel : © Robert Beatty

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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