Pop / Rock

[Live report] Young Thug, Étienne Daho, Interpol et The Libertines à Rock en Seine

[Live report] Young Thug, Étienne Daho, Interpol et The Libertines à Rock en Seine

30 août 2015 | PAR Bastien Stisi

Après une 1ère journée marquée par les concerts de The Offspring, de FFS et de Kasabian, le festival Rock en Seine poursuivait hier son édition 2015 en faisant défiler ses deux incontestables grosses affiches de l’année…

Étienne Daho : escale géniale

Les Chansons de l’Innocence Retrouvée. Le titre du dernier album du Rennais, qu’il avait fait paraître en 2013 six ans après une longue période de mutisme (L’Invitation, son précédent album, était sorti en 2007), pourrait résumer à lui seul ce qu’est Étienne Daho, sur scène du moins : un homme d’une humilité folle malgré ses allures de dandy d’un autre âge, en perpétuel état de reconnaissance malgré un palmarès long comme la pop et qui paraît, même avec le statut qui est le sien (c’est-à-dire l’incontestable parrain d’une scène que l’on aura dû nommer « french pop »), s’étonner avec bonheur de l’accueil déraisonnable qui lui est réservé. Alors, les lunettes noires et le foulard que Daho porte d’entrée tomberont bientôt (ce fameux déhanché qu’il exécute toujours avec la même élégance doit donner chaud), tout comme la France, bien sûr, et comme une sacrée planelle d’autres tubes (« Satori Pop Century », « Comme un Boomerang », « Des Attractions Désastres », « Le Grand Sommeil », « Les Chansons de l’Innocence Retrouvée »…) accueillis avec un certain degré d’excitation, lorsqu’ils ne le sont pas avec de gros cris d’adhésion (cela permet, notamment, de mesurer la place d’un morceau comme « Week-end à Rome », chanté par tous en chœur, dans le Panthéon du répertoire de pop variétale française…)

Young Thug, Interpol : presta toutes molles

Escale géniale malgré un son pas toujours optimal (la voix est parfois broyée sous l’effet des guitares), le concert de Daho, s’il est malheureusement programmé en même temps que celui des formidables Glass Animals (les choix sont douloureux à Rock en Seine), fera sautiller et lever les bras, bien davantage en tout cas que celui proposé juste avant par le rappeur Young Thug, professionnaliser dans l’art de la provocation puérile (sa relation tumultueuse avec Lil Wayne, qui a failli tourner au drame humain), dans celui de l’adoration des éléments les plus classiques du gangsta rap (biftons, nichons, flingues à canon), et surtout, dans celui des lives saccadés et paresseux qui tournent péniblement en rond. « Put your hands up », « Jump », « Makes some noise ». Tout cela répété 15 fois. Non, ça ne prend pas.

Live « gros melon » pour Young Thug (c’était attendu), et live « gros ronron » pour Interpol (c’était attendu également). Car à l’image de ce qu’ils avaient proposé il y a quelques mois à L’Alhambra, Paul Banks et les New Yorkais d’Interpol s’avéreront aussi sexy que leur nomination (c’est-à-dire : pas beaucoup), et gâcheront une fois encore les éléments émanants d’une discographie studio pourtant impeccable (de l’intial Turn On The Bright Lights à El Pintor, leur dernier album sorti en 2014, tout est bon) et quelques tubes parfaits (« Rosemary », « Rest My Chemistry », « Evil »…) en donnant l’impression d’exécuter de manière discontinue le même et unique morceau…

The Libertines : transe et bromance

À l’énergie molle d’Interpol répondra, plus tard, l’énergie folle des Libertines, et ce même si le live des Britanniques, immensément attendu, s’avérera moins supersonique que celui proposé il y a quelques mois à l’occasion d’une date au Zénith qui n’avait alors fait que suggérer, perspective fantastique, la possibilité d’un troisième album studio à venir. Aujourd’hui confirmée, la nouvelle d’un successeur à Up The Bracket (Anthems for Doomed Youth, parution début septembre) implique toutefois une chose fondamentale et perturbante : au sein du live donné par le duo Pete Doherty / Carl Bârat, par le sensationnel Gary Powell à la batterie (et aussi par le bassiste John Hassal, clairement là pour faire le nombre), le public ne connaîtra que la moitié des morceaux (seuls deux titres, « Gungan Din », « Anthems for Doomed », ont pour le moment été dévoilés).

Cette absence de marques se ressentira (le groupe lui-même paraît ne pas toujours être bien sûr de ses choix), mais ne gâchera en rien la sensation globale d’un live goinfré de tubes (« Can’t Stand Me Now », « What Katie Did », « Delaney », « Music When The Lights Go Out »…) et marquée par cette bromance toujours douteuse qui émane de la relation de Pete et de Carl, les deux chanteurs, lorsqu’ils partagent le même micro et se jettent des regards, donnant l’impression de vouloir s’embrasser sauvagement dans la seconde d’après.

Quelques coups d’éclats (Carl qui jette son micro, Pete qui fait le clown et lance le drapeau britannique dans la foule, Gary qui montre les muscles), quelques coups de génie (le final sur « Don’t Look Back Into The Sun », grandiose), et quelques cours de « rock attitude » à recevoir pour les groupes des générations futures, tant ces deux types-là respirent (et incarnent) le rock à l’état pur, dans tout ce qu’il a de plus extrême et de plus branleur. Légendes d’hier, suivies par celles d’aujourd’hui ce dimanche, puisque le 3e et dernier jour de cette édition 2015 de Rock en Seine verra notamment les lives de Tame Impala, d’Alt-J et de Jungle.

La programmation complète est à retrouver par ici.

Visuels : (c) Robert Gil

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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