Pop / Rock

[Live report] Rodrigo y Gabriela, FFS, The Offspring, Miossec & Kasabian à Rock en Seine

[Live report] Rodrigo y Gabriela, FFS, The Offspring, Miossec & Kasabian à Rock en Seine

29 août 2015 | PAR Yaël Hirsch

Première journée champêtre et ensoleillé au Domaine National de saint Cloud. Après avoir longé la seine là où nagent les surfeurs et passé le Musée National de la Céramique, nous sommes entrés dans l’immense enceinte de verdure où les 4 scènes de Rock en Seine sont parfaitement agencées. Et nous nous en sommes donnés à cœur joie et à oreilles déployées pour suivre une partie des 20 concerts (!) programmés ce vendredi 28 août. L’ambiance était à la fête pour ce premier jour de Rock en seine où le public est venu comme à une soirée de vacances en rab’ à la fin de l’été offerte par la confédération géniale et stylée de la musique.

Ayant raté d’une grosse demie heure le phénomène de l’été, Jeanne Added (voir un de nos live-report de la Release Party au 104) et la chanteuse anglaise que nous voulions découvrir, Alice Wolf, c’est sur le duo de guitariste le plus réputé de la planète que nous avons commencé la soirée. Beaux, habités par la musique comme par un esprit sacré, Rodrigo et Gabriela bougent et virevoltent pour un show 100 % instrumental où les cordes entraînent corps et âmes dans une danse endiablée. A eux deux, avec leurs magnifiques instruments branchés, il tiennent en haleine et en apesanteur l’immense espace de la Grande Seine. Chapeau bas pour les mexicains !

Nous nous sommes arrachés aux charmes puissants de Rodrigo y Gabriela pour aller découvrir celui que tous présentent comme un phénomène, Jacco Gardner, musicien néerlandais de 27 ans à la chevelure de Jésus, avec déjà deux albums derrière lui. Sur la scène de l’Industrie, devant un grand groupe de festivaliers allongés dans l’herbe tendre, c’est porté par une lumière tournante combattant le soleil d’une journée d’été vrai, que Jacco Gardner et ses impeccables musiciens nous faisaient revisiter nos années 1960 avec une musique aérienne, perchée et psychédélique, qui soulève comme une bouée d’air chaud. Un moment rêveur précieux où le chanteur interrompait à peine le flow de sa musique par quelques présentations et un merci en Français.

Nous ne vous cacherons pas que c’est presque juste pour voir les frères Mael et Alex Kapranos gigoter côte à côte que nous sommes venus au domaine de Saint Cloud. Véritable mélange des genre et des époques, le groupe formé par Franz Ferdinand et Sparks, FFS était sur la scène de de la Cascade à 19h40. Scène centrale, mais peut-être trop petite pour contenir la foule pressée de danser et de célébrer un pop-rock qui mêle pointu very british et puissance américaine pour un moment réellement festif. Les titre bien sculptés qui commencent souvent comme des balades à voix et partant subitement dans du rock : « Police encounter » ou « Do you wanna » ont fait danser la foule, tandis que « Walk away » ou leur grand tube « Johnny Delusional » ont été repris en chœur par les fans. Parlant un français de bonne volonté et bougeant un maximum, Alex Kapranos (pantalon bicolore et chemise à poids) et Russell Mael (noir très rock’n roll) ont fait valoir leurs voix perchées, leur excentricité et leur complicité, sans jamais oublier de renvoyer le public vers l’autre frère Mael : Ron, aux claviers. Et quand le groupe a repris les tubes des uns et des autres, notamment l’immense « Take me out » de Franz Ferdinand, le sol a tremblé! Un grand moment de scène et de musique, à la fois très raffiné, résolument rock et entraînant…

Sur le chemin du retour vers l’espace presse où nous avons pu recharger nos portables et boire la seule bière de la soirée (pas le temps! trop de choses à écouter!), nous avons pu découvrir sur la petite et énergique scène d’Ile de France le groupe Inigo Montoya. Ayant choisi leur nom totem d’après un personnage du film culte Princess Bride, les 4 français proposent une pop léchée, tribale et syncopée qui n’est pas sans rappeler La femme. Normal, Adrien, le bassiste a produit la musique de La femme mais aussi de Grand Blanc et Moodoid. Talent à suivre…

A Rock en Seine, il y a toujours ce concert où l’on se dit qu’il faut être un peu en lévitation pour entrer dedans. On attendait The Offspring avec des vieux souvenirs d’adolescence. Le problème est peut-être qu’il n’ont pas changé en 20 ans et que nous, si. Toujours la même énergie, la même rage, le même rythme carrément rock. La foule s’est pressée autour de la grande scène, mais sauf le carré central, mesmérisé, les spectateurs semblaient un peu touristes, sur le mode de la balade festive. Nous nous sommes dit que nous manquions (de) quelque chose. Peut-être de jeunesse? Et nous avons passé notre chemin pour aller pleurer au son de la voix magnifiquement éraillé du vieux loup de mer breton, Miossec.

Dandy élégant utilisant son micro comme une canne, chapeau à la Leonard Cohen et surtout musiciens incroyables (violoncelle et basse, s’il-vous plait!), Miossec concentrait autour de lui dans la nuit tout juste tombée un public de tout grands fans qui ont demandé des bis jusqu’à plus soif. Luttant un peu contre le son envahissant de The Offspring depuis sa scène de l’Industrie (« Qu’on leur donne des skateboards ! » a-t-il commenté brièvement avec une humour magnifique), celui qui nous a bluffés avec son dernier album Ici bas (voir notre interview) a su donner avec générosité toute sa personne et sa discographique, en dix chansons. Dans un programme très travaillé, nous avons ainsi pu entendre des très vieilles chansons qu’on connaît tous par cœur (« Le défroqué » ou « Brest ») mais aussi les titres plus récents (« A Montparnasse » ou « La Mélancolie »). Un grand moment où l’on a même dansé avec « A l’attaque », titre du dernier album, qui est « une chanson contre le cancer »…

Pour ce remettre du magnifique tangage mélancolique de Miossec, nous sommes allés entendre la toute jeune et pétillante Clea Vincent à la scène Ile-de-France. Entourée de ses nombreux fans et de ses musiciens, la jolie brunette à la voix de velours affectionne les synthés rétros, qu’elle mêle à des percussions venues des îles. Elle chante ses préoccupations, passe des messages (« Retiens mon désir ») de jeune-femme et invite à une danse qui n’a pas jamais peur du kitsch (Reprise studieuse mais efficace du « All that she wants » de Ace of Base). seul bémol à cette petite fiesta revigorante : l’accent anglais est à revoir…

Après avoir zappé la case Fauve que nous avons déjà eu l’occasion d’entendre et voir plusieurs fois, nous avons fini la soirée avec les magnifiques Kasabian. Nous sommes restés en hauteur, à suivre sur un mode hypnotique Tom Meighan faire de la magie sur la grande scène, avec pour fond le titre du dernier album du groupe 48.13. L’accent est évidemment résolument anglais, les guitares électriques et la voix toujours au bord de la saturation, et pourtant, Kasabian parvient à garder un niveau constant de rythme et d’énergie qui équilibre et apaise. A part quelques ultra-fans hyper-réactifs au centre et levant les bras à la moindre demande du chanteur bête de scène, le public jeune et concentré du groupe récitait les paroles des chansons, se tenant par la main, assis dans l’herbe.

Nous sommes sortis de rock en seine comme d’une journée de longue marche à la campagne : energisés et rasseréné après une longue fête de fin d’été. A suivre encore ce samedi 29 et dimanche 30 août avec entres autres Etienne Daho, Interpol, The Libertines, Alt-J, Tame Impala et The Chemical Brothers….

Pour revivre Rock en Seine, direction CultureBox!

Visuels : (c) Robert Gil

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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