Pop / Rock
[Live report] The Libertines au Zénith de Paris

[Live report] The Libertines au Zénith de Paris

01 octobre 2014 | PAR Bastien Stisi

Peter Doherty et Carl Bârat (et accessoirement aussi le bassiste John Hassal et le batteur Gary Powell) étaient réunis hier soir au Zénith de Paris pour une reformation des Libertines. L’événement, majeur, impliquait en gros, la possibilité de deux perspectives opposées : celle d’un très gros bonheur à venir, ou bien d’une très grosse arnaque. Après 2 heures de concert brûlantes, quelques éléments de réponse :

2 heures de show, 20 morceaux, une réussite

« Ouais, enfin faudrait déjà que Pete vienne cette fois hein ». Il est un peu plus de 21 heures au sein d’un Zénith absolument plein à craquer et proche de l’étouffement (cette flaque sur le sol, est-ce de la bière ou de la sueur ?) Les chapeaux noirs et arrondis sont sur les têtes, les tee-shirts sont à l’effigie du groupe (enfin pas celui de notre voisin de fosse, qui s’est trompé, et a mis celui des Beatles…), les démarches et les attitudes des plus mimétiques se font désinvoltes pour l’occasion. C’est mignon, lorsque ce n’est pas proche d’une certaine forme de folklore et de fétichisme ridicule. Et ceci indique surtout l’impact immense d’un groupe qui aura construit sa légende à l’aide de deux albums grandioses parus il y a tout juste dix ans (Up The Bracket et The Libertines), et dont l’histoire s’est depuis toujours confondue avec le mythe, élaboré autour de mille anecdotes grotesques, romanesques, excessives, décharnées (came et cures de désintox, ravage de chambre, cambriolage de l’appart de Carl par Pete, bastons dans les studios…) On parlera de rock branleur, désinvolte, hédoniste, vindicatif, acharné. « Britpop », résumeront certains.

Et bien évidemment, pas de lapin cette fois, Pete est bien là. Et avec son chapeau fétiche posé sur la tête. Et avec Carl. Et sans trop de retard. C’est aussi que lorsque l’on s’arrange pour mettre sur pied une reformation expresse de l’un des groupes les plus charismatiques du début du second millénaire en admettant sans détour qu’on le fait parce que quelques soucis pécuniaires sont venus perturber les horizons prochains, on s’arrange pour être présents dès le début des célébrations. Mais ne soyons pas vilains, et surtout pas trop manichéens : les mecs sont là pour le pognon, mais il reste que les fans en auront ce soir pour leur argent.

Car le concert n’a pas débuté depuis trente secondes que dans la fosse, les voix sont déjà égosillées et les corps en nage, pris à la gorge par la furie du culte et excité « The Delaney » (« no no no, say yeah yeah yeah ! »), première étape d’un savoureux saut dans le passé étalé sur deux heures et une vingtaine de titres issus des deux albums des Britanniques (« Campaign Of Hate », « Vertigo », « Music When The Lights Go Out », « Boys In The Band », « Can’t Stand Me Now »…), auquels on ajoutera « The Ballad of Grimaldi », tiré de l’album solo de Pete, et le « Fuck Forever » des Babyshambles, interprété en acoustique. Les lumières et les strobo jaunissent, voilà « Don’Look Back Into The Sun », et la lave (ah non, la foule) qui fusionne.

Niveau setlist d’ailleurs, et les fans s’en apercevront très vite, Paris se voit proposer sensiblement la même chose que Londres lors des trois derniers concerts du week-end dernier à l’Alexandra Palace. Mais le retrait de l’effet de surprise n’enlèvera pas celui de la jouissance. Car les fans les plus absolus trouveront en effet ici leur Eden idéal, même pas fâchés devant la qualité affreuse de la sono qui, comme si souvent au Zénith, rend parfois le propos du duo parfaitement inaudible…

Pete, Carl : l’amour, la promiscuité, la caricature

Ces tubes, enfilés comme des pintes bien remplies, on aura cependant quand même parfois l’impression qu’ils se suffiront à eux-mêmes sans avoir forcément besoin de l’assistance du duo Doherty / Bârat pour les interpréter, tandem dont la soudaine proximité de façade (si ce n’est de la promiscuité…) ne trompera, il faut bien l’avouer, pas grand monde. Car la relation que l’on sait ô combien conflictuelle et sanguine entre les deux rockeurs, se fait ici presque consanguine. Proche l’un de l’autre et parfois collés sur le même micro comme s’ils allaient se rouler une bonne grosse pelle bien bandante, Pete et Carl singent l’amour et s’auto caricaturent. Mais peu importe, puisque le taf est fait. Et que les balades indie sont gérées avec la même expertise que les chevauchées noisy. Et que, surtout, sera réitéré une nouvelle fois la promesse d’un troisième album à venir (« See you la prochaine fois pour de nouvelles chansons »). Une perspective (un fantasme ?) bien sûr, à prendre avec prudence, compte tenu des turbulences connues par le groupe depuis leur formation au début des années 2000.

« I’m still in love with you, oh oh oh ! », répètera Pete Doherty sur « Cant’t Stop Me Now ». Et c’est vrai, nombreux sont ceux qui l’ont pensé très fort hier soir. C’est que les premiers amours, même si l’on sait qu’ils sont inscrits dans un brouillard dont on ne retrouvera jamais la tendre et si honnête saveur, bouleversent toujours les âmes, qui ne peuvent les oublier, et ce même lorsque l’on revoit dix années après les premières dates des faits…

Visuels : © Robert Gil

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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