Musique
[Live report] Griefjoy, Mademoiselle K et les Babyshambles au festival Chorus

[Live report] Griefjoy, Mademoiselle K et les Babyshambles au festival Chorus

30 mars 2014 | PAR Bastien Stisi

Après avoir ouvert son édition 2014 vendredi avec les performances d’Ibrahim Maalouf, de Magic Malik ou encore de F.F.F., le festival Chorus, niché entre les tours immenses et sans joie qui caractérisent le quartier de la Défense, maculait hier soir sa programmation d’une lueur largement plus rock que la veille.

« Alors, Pete, viendra ou viendra pas ? » Érosive quoiqu’inévitable, la question revient sur la plupart des lèvres à l’heure de poser les baskets sur le sol bien bétonné de la grande esplanade de la Défense. Les Babyshambles programmés à l’affiche d’un grand festival, c’est l’éternelle grosse prise de risque pour les organisateurs, avec l’assurance d’un côté d’attirer un public nombreux de fidèles et de groupies tatouées, tout en se confrontant à l’hypothèse que Doherty ne daigne tout simplement pas se déplacer

Mais de mauvais venin, personne n’aura finalement eu l’occasion d’en cracher hier soir. Dans les environs de 22 heures, et alors que l’on abandonne tout juste la performance des jeunes Toulousains de Kid Wise, revenus réveiller les fantômes du rock progressif au travers d’un premier EP (Renaissance) mélangeant avec une belle aisance la pop symphonique et le rock scintillant, c’est bien la silhouette de celui que l’on craint toujours de ne jamais voir venir qui apparaît sur scène, affublé d’un chapeau noirci et d’une désinvolture aussi superbe que les cris d’hystérie qui s’échappent immédiatement des gorges d’un public déjà au bord de l’implosion. Au grand complet, et avec le visuel de leur dernier album signé Damien Hirst placardé derrière la scène, les Babyshambles font alors défiler les compositions de leur dernier album Sequel To Prequel (« Nothing Comes To Nothing », « Farmer’s Daughter »…), auxquelles ils ajoutent les perles indie-rock ayant forgé la réputation du groupe, du riff kinksien de « Delivery » à la décadence suggérée par le refrain de « Fuck Forver ».

Les groupies sautillent, les têtes vacillent, le sol tremble, un gamin monte sur scène afin d’enlacer son idole…quand il se donne la peine de participer aux (d)ébats, Peter Doherty n’a sans doute que très peu de rivaux sur la scène britpop actuelle. Androgyne et viril, nonchalant et théâtral, sans doute quand même un peu pompette, l’ex Libertines peinera toutefois quelque peu à faire entendre son phrasé si particulier, noyé sous l’avalanche de sa guitare et de celle de ses coéquipiers, ce qui n’enlèvera rien à la performance idéale d’un groupe qui donne définitivement tout son sens au terme de plus en plus usé de « rock and roll »…

L’esprit « rock and roll », justement, on l’aura aussi retrouvé hier du côté des Londoniens The Jim Jones Revue, constructeurs bruyants d’un rock humecté dans la sueur de leurs ainés panthéonisés (The Sonics, Jerry Lee Lewis…), du côté du rock électronisé et déménageur des garçons de Nasser, et surtout, du côté de la Française Mademoiselle K, venue présenter au Chorus un univers qui voit désormais ses compositions traditionnellement interprétées en français (« Jouer Dehors », « Grave »…) rejointes par des morceaux exclusivement déclinés dans la langue d’Anna Calvi. À l’image de l’énonciation de son single « Glory », venu introduire un quatrième album personnel à paraître prochainement, Katerine Gierak et ses musiciens alourdissent en live les guitares et les éléments de percussions, idéale résonance à la performance tout aussi gonflée des Niçois de Griefjoy, qui introduisaient dans les environs de 19h cette seconde journée de festival.

Clairsemé avant de finir fusionné, le public avait alors pu apprécier la performance pleine d’entrain et d’emphase de Guillaume Ferran et de ses camarades, vecteurs d’une électro pop immensément bipolaire capable de débuter façon Bent Van Looy avec piano et chant mélancolique, et de terminer dans une frénésie de beats épidermiques et raveurs (« People Screwed Up »). En pleine tournée de présentation de leur premier album éponyme, ce nouveau porte-étendard d’une scène pop française décidément en pleine résurrection terminera d’échauffer les esprits avec l’interprétation de son joli tube « Touch Ground » (« wouhouhouhouhou… »), scandé par un public qui ne parviendra jamais à « foutre le bordel », comme le souhaitait pourtant le très ambitieux Guillaume Ferran (allez hop, un slam dans la fosse à 19 heures 30 et dans un public même pas encore ivre !), mais qui verra tout de même son corps se mouvoir de façon mécanique et sacrément sympathique.

Un Doherty venu rappeler au Monde l’étendu de son talent, une ambiance bon-enfant et surtout, une programmation qui se poursuit aujourd’hui et tout au long de la semaine prochaine, dont il est possible de retrouver l’intégralité par ici.

Visuels : © Jean-Luc Dolmaire

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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