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[Live report] Kid Wise, Heymoonshaker, Mutiny On The Bounty & Maïa Vidal au MaMA

[Live report] Kid Wise, Heymoonshaker, Mutiny On The Bounty & Maïa Vidal au MaMA

17 octobre 2015 | PAR Bastien Stisi

Il y a des soirs comme ça où tout va pour le mieux. Où les éléments s’assemblent afin d’aller, ce n’est pas si fréquent, tous dans le même sens. Après une première et une deuxième journée aux contenus contrastés, cette troisième et dernière journée du MaMA ce sera en effet avéré idéale. La chance du parcours envisagé en amont (car avec le nombre de groupes proposé, les choix sont sévères), ou la qualité d’une programmation exempte de tout reproche. Un peu des deux sûrement.

Kid Wise & Ropoporose à la hauteur

C’est Kid Wise qui ouvre la soirée à La Cigale, à un horaire (19h15) où beaucoup auraient trouvé à leur place salle résonnante et public clairsemé. Sauf que les Toulousains, à force de tourner et à force d’emmagasiner de l’expérience live (même quand ils trébuchent, c’est très bon) sont en train de s’imposer comme une véritable assurance en la matière. Pas d’exception hier soir, et malgré l’existence de  quelques pépins physiques qui auraient pu avoir des conséquences fâcheuses (le batteur Léo a une tendinite au bras et le chanteur Augustin un orteil cassé, ce qui ne l’empêchera pas de joindre la fosse sur « Hope », comme le veut la tradition qu’il a lui-même imposé). Habités (sur « Forest » et ses onomatopées pop), parfois féroces (le final, avec un « Echo » aux accords accentués, se rapproche presque d’une ambiance rave métal), les Kid Wise proposent une superbe mise en bouche à ce qui est sur le point d’intervenir ensuite.


Car si ceux-là font exalter les foules grâce, aussi, à la force du nombre, d’autres prouveront juste après qu’il est aussi possible de le faire en comité tout réduit. C’est le cas d’abord de Romain et de Pauline, frères et sœurs dans la vie et partenaires sur scène (sur Ropoporose, l’un est à la batterie, aux chœurs et à la guitare, l’autre au chant, à la guitare, aux percussions et au clavier), qui proposent, en même temps qu’un joli agencement de couleurs (à La Boule Noire, lui porte une chemise jaune et elle une chemise rouge), un joli entremêlement des genres, puisque le duo pioche autant dans la surf pop inquiète (l’influence Raveonettes) que dans le post-punk noisy (l’influence Sonic Youth). Pop qui regarde dans les airs et grunge qui se regarde les pieds. Lien du sang et goût pour l’ombre.

L’apothéose Heymoonshaker

Et puis, au sein d’une Cigale garnie car avertie, vient l’apothéose de ces trois jours de festival. Tout droit sortis d’une pub Black XS sous testostérone (les vêtements noirs rock piochés chez All Saints, les poils du torse visibles, les muscles saillants, les mines de bad boys quand même gentils), Andy Balcon et Dave Crowe allument et séduisent La Cigale en moins de temps qu’il ne faut pour dire « Heymoonshaker ». Mais loin de se résumer à une paire d’attributs masculins sur pattes jouant à fond la carte de la bromance mimée (leur complicité et leur promiscuité scénique évoque celle de Pete et de Carl chez les Libertines) et de la séduction charnelle (il est probable qu’une ou deux personnes aient déjà dû leur dire qu’ils étaient sexy…), la performance du duo est aussi notable par la qualité intrinsèque du genre qu’il défend. Eux parlent, pour qualifier leur premier album qui vient de sortir (Noir, Dify Records) de « the only beatbox blues album in the world ». On n’aurait pas dit mieux. L’un (Andy) se charge du versant blues rock maniéré (via la guitare et via ce chant cassé), et l’autre (Dave) se charge du versant beatbox (non, il n’y a pas de samples électro derrière, c’est lui qui s’en charge avec sa bouche…) Ce dernier, seul bien que nombreux (dans sa tête…), lors d’un instant franchement époustouflant, permettra au show d’atteindre son paroxysme bizarre en imitant durant 5 bonnes minutes, un titre de dubstep avec la seule aide de son corps…

Mutiny On The Bounty, Maïa Vidal : math-rock tourbillon, folk coton

Un live furieux, sexy et inédit (gros coup de cœur) suivi bientôt par celui, excellent aussi, des quatre Mutiny On The Bounty, lancé dans un processus de défonce unilatérale des tympans au sein d’un Bus Palladium acquis à la cause de ces Luxembourgeois qui viennent de faire paraître chez Deaf Rock Records le meilleur album (Digital Tropics) de leur discographie. Ça tabasse sévère, ça fait penser à du Battles avec moins de galipettes, ça fait vaciller les nuques autant que les hanches, ça enfile ces titres étirés entre post-rock tordu et math-rock longiligne (« Ice Ice Island », « MKL JKSN », « Dance Automaton Dance »…) qui aboutiront sur l’autre très grand live de cette 3e journée.

Gros effort (des jambes), et puis gros réconfort. Dans l’intimité calfeutrée du Trois Baudets, le live douillet de Maïa Vidal permettra, puisque l’on s’arrêtera là (un tout petit peu trop de monde devant le Divan pour le final Acid Arab…), de clôturer cette édition 2015 du MaMA avec la sensation du bien-être tout doux. Pétillante, parfois charmante de gaucherie (on sait donc que le batteur qui l’accompagne est son ex boy-friend…), la Franco-Américaine (qui a aussi des origines japonaises, allemandes et espagnoles…) récitera quelques extraits de ses deux premiers albums (God Is My Bike et Spaces), mais focalisera surtout son set sur ceux du dernier (You’re the Waves) composé autour des ressentis d’une relation amoureuse intervenue de manière aussi naturelle que ces vagues qui s’échouent avec légèreté sur les rivages pas trop agressifs. « Bones », « The Bed We Made », « The Tide » : à la regarder et à écouter ces petits instants de vie partagés, il semblerait bien que l’amour fasse naître autant de sourires que de matières à souvenirs.

Un très joli live, malgré des conditions jamais évidentes (au Trois Baudets, il n’y a que des places assises), et un joli point final pour une édition qui, on l’apprenait quelques heures plus tôt, aura accueillie sur 3 jours plus de 4 000 professionnels de la musique de plus de 50 nationalités différentes. Ce qui représente donc un record.

Visuels : (c) B.S.

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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