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[Live report] Elvis Perkins, Bristol, Born Ruffians & Aaron au MaMA

[Live report] Elvis Perkins, Bristol, Born Ruffians & Aaron au MaMA

15 octobre 2015 | PAR Bastien Stisi

Le triangle Barbès-Anvers-Pigalle, autour duquel gesticulera durant 3 jours la plus grande partie des acteurs de l’industrie du disque, accueillait hier soir la journée d’ouverture du MaMA. Un festival qui, en marge du cycle de conférences, de rencontres et de débats (une cinquantaine en 3 jours…) qui forgent depuis six années son identité première, ouvrait également son « versant » musical… 

Elvis Perkins rayonnant, Born Ruffians frustrants

1er des 124 concerts proposés durant ces 3 jours (et articulés autour d’une demi-douzaine de salles), l’Américain Elvis Perkins ouvre cette édition 2015 via ce folk épuré, tragique et quand même rayonnant qui a fondé sa réputation depuis la sortie en 2007 d’Ash Wednesday, ce premier album thérapeutique (il y soigne le traumatisme du décès de sa mère, disparue au cours des attentats du 11 septembre) qui devait en appeler deux autres (le dernier, I Aubade, est sorti cette année), et qui devait en même temps permettre à ce natif de Los Angeles de se faire un prénom, à défaut d’avoir la nécessité de se faire un nom (son père est l’acteur Anthony Perkins, le psychopathe taxidermiste de Psychose). Sur scène, et malgré le passif douloureux qui a justifié, lors de ses premiers murmures, le processus de création artistique, transparaît au contraire une bonne humeur véritable, incarnée par des tubes purs, référencés (le phrasé et l’harmonica parfois utilisé rappelle bien sûr Dylan) et parfaitement incarnés (« While You Were Sleeping », « Hogus Pogus », « Ash Wednesday »), qui aboutiront même à une belle tentative « beirutienne » en conclusion, où le tambour et les élancées vocales viendront donner à La Cigale des allures de petite fanfare folk. Premier concert pour premier très beau live.

Plus tard, et alors que l’on ne s’attardera pas outre mesure sur le live de Bristol au Divan du Monde, là où Marc Collin (déjà responsable du projet Nouvelle Vague) réinvente avec beaucoup de passion mais sans trop de force de persuasions les tubes trip hop des années 90 émanant, forcément, de la ville où est née le genre (nous ne sommes pourtant pas rue de Soufflot un soir de Fête de la Musique…), ce sont les Born Ruffians qui investissent à leur tour la scène de La Cigale, armés d’un quatrième album présenté hier soir en partie (Ruff, sorti en début de mois) et de trois autres, portés par le succès conséquent de Birthmarks, sur lequel s’accumule notamment les très bons tubes « Needle » et « Ocean’s Deep ». Largement salués, et plus que les extraits d’un dernier album encore mal connu par le public parisien (« Stupid Dream » le sera sûrement lors de leur prochain passage en France), les Canadiens agiteront la foule via cette folk-pop créatrice de larges sourires qu’on sait leur attribuer, mais ne parviendra pas à la faire chavirer totalement. C’est sans doute que le Parisien est un spectateur particulièrement exigeant. Et surtout que derrière Born Ruffians, c’est Aaron, tête d’affiche centrale de cette édition 2015, qui est programmé, et que beaucoup sont déjà là pour découvrir en live ce troisième album que Simon Buret et Olivier Coursier ont fait paraître cette année.

La belle transformation d’Aaron

Alors, lors du début du live d’Aaron à 21h30, La Cigale s’est largement garnie. Elle accueillera bruyamment les silhouettes des deux Français calfeutrées derrière un épais amas de fumée et un jeu de lumière particulièrement travaillé (leurs musiciens, derrière eux, sont à peine visibles), et saluera avec un enthousiasme semblable les tubes connus depuis longtemps (le délicat « U-Turn (Lili) ») tout spécialement, issu de la bande-son de Je Vais Bien, Ne T’En Fais Pas qui les avait fait connaître il y a dix ans), et aussi les tubes issus de ce dernier album (We Cut The Night) que l’on avait découvert il y a quelques semaines humectés dans un terreau synthpop aussi inattendu que réussi. De ces tubes, on isolera bien évidemment, et outre les très bons « We Cut The Night », « Ride On » ou « Onasiss », l’incontournable « Blouson Noir », ses basses profondes, ses  mélodies new wave, son franglais même pas ridicule (« Give me my blouson noir Cause have no espoir »), tellement efficace pour celui qui le reçoit comme pour celui qui l’émet que le groupe l’interprétera une seconde fois en guise de conclusion au terme d’un set idéal, marqué par la belle occupation de l’espace d’un chanteur bien dans ses bottes de « vocaliste pop » et bourré de tiques vocaux pas supportables pour tout le monde (pourquoi donc remercier la foule en Anglais lorsque l’on est né à Paris ?) mais qui, et ce n’est pas si fréquent, ne termineront nullement le ressentiment général. Aaron en fait des tonnes, mais on s’en balance, puisque cela fonctionne.

Le programme complet de cette 2e journée du MaMA, dont les lives débutent à 19h15 à La Cigale avec celui de Broken Back, est à retrouver ici.

Visuels : (c) Ybouh

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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