Musique
[Live report] Broken Back, Chapelier Fou, Jay-Jay Johanson & Pavane au MaMA

[Live report] Broken Back, Chapelier Fou, Jay-Jay Johanson & Pavane au MaMA

16 octobre 2015 | PAR Bastien Stisi

Après une 1ère journée notamment marquée par les succès d’Elvis Perkins et d’Aaron à La Cigale, le MaMA accueillait hier soir la deuxième soirée de son édition 2015. 

Broken Back, Chapelier Fou : bons sentiments & voyage hors du temps

Et d’abord, une émanation estivale afin de pourfendre la grisaille qui, c’est définitif, a correctement pris sa place entre Barbès et Pigalle. Du soleil donc à l’intérieur de La Cigale via un premier live, celui du Breton Broken Back, aussi à l’aise dans ses bottes ce soir (et aussi dans son dos, puisque c’est à cause d’un accident dorsal, il nous le redit, qu’il a été amené à composer avec plus d’entrain sa musique) que le laisse suggérer le titre de son morceau le plus relayé. The « Happiest Man on Earth » porte un sourire large sur le visage, remercie tous ceux qu’il est possible de remercier, prend une photo du public afin de valider l’instant, fait répéter au public quelques onomatopées facilement mémorisables, dit souvent qu’il est bien content d’être là. L’homme le plus heureux de la Terre, sûrement, le temps en tout cas d’un live efficace et fédérateur, entre la pop folk d’Asaf Avidan et les résonnances deep house de Kilingande (il a composé un morceau avec lui) ou de Nto (qui a mixé son EP Dear Misfortune, Mother Of Joy, aux côtés de Pierrick Devin).

Bons sentiments authentiques, et choc thermique avec l’arrivée sur scène dans la foulée de Louis Warynski et de son Chapelier Fou. Car l’univers sensible, mélancolique et rêveur de ce manieur d’humeurs, que beaucoup aiment rapprocher de Yan Tiersen (les violons pleureurs), transporte immédiatement dans une galaxie alternative (et l’espace est un endroit relativement froid, on le sait), là où les étoiles transportent vers la même planète les souffrances du violon, les assurances de la contrebasse, les beats des machines, les filtrations de la flûte traversière même parfois. Sur scène, tous portent un tee-shirt qui évoque la pochette de Deltas (créé par Nicolas Nadé), ce troisième album dont on entendra quelques extraits (« Carlotta Valdes », « Tea Tea Tea », « La Guerre des Nombres ») et que l’on verra complété par ceux des deux précédents, de « Cyclope & Othello » au merveilleux « Fritz Lang », en terminant par le lyrique « Darling Darling Darling ». Émotion, émotion, émotion.

Et puis intervient Jay-Jay Johanson. Et les acclamations sincères qui accompagnent son arrivée sur scène témoignent de la taille de la carrière d’un artiste qui fêtera l’an prochain ses vingt années de carrière (son premier album, Whiskey, est paru en 1996). Mais tête d’affiche de cette édition 2015 du MaMA, Jay-Jay n’endosse pas pour autant le rôle de la superstar apparente. Fixe durant une grande partie de son concert (seuls quelques pas de danse mal assurés et quelques notes aux côtés de son pianiste lui feront bouger les gambettes), le Suédois, verre à la main et manches de parka retroussées, offrira un live apaisé et monochromatique, et bien que celui-ci aura fait intervenir dans son set des éléments issus de sa discographie d’hier (à la tête duquel le magnifique « She Doesn’t Live Here Anymore ») et de sa discographie d’aujourd’hui (« Moonshine », tiré de son dernier album Opium, et « NDE », de son EP qui vient d’arriver). La voix est douce et le verbe aiguisé, le teint est pâle et la peu déjà ridée : le live d’un Scandinave qui a toujours fait de la musique d’Anglophone, et qui, semble-t-il, a déjà beaucoup vécu.

En partant, Jay-Jay viendra serrer quelques mains tendues au premier rang. Avec un peu de maladresse, mais aussi beaucoup de tendresses (c’est ce qui se devine en tout cas sur son visage). Ceux-là, la main encore chaude (malgré le froid, on le redit) passeront peut-être aussi du côté de La Foule, où Damien Tronchot et son projet Pavane (mené sur scène en duo) citera aussi bien Ravel (explicitement) que Rone ou Santoré (implicitement), et mélangera electronica vagabonde et piano classique afin d’invoquer un EP (Le Belvédère) signé chez Eumolpe Records. Les plus noctambules termineront au Divan du Monde, aux côtés de Christine, d’Anna Kova et de la signature d’InFiné Gordon. Les autres reviendront ce soir, à partir de 19h30, pour y voir une programmation détaillée par ici.


Visuels : (c) Ybouh

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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