Musique
[Live report] Brigitte, Angus & Julia Stone, Kid Wise et Fyfe au Printemps de Bourges

[Live report] Brigitte, Angus & Julia Stone, Kid Wise et Fyfe au Printemps de Bourges

25 avril 2015 | PAR Bastien Stisi

Cette année, planning inhabituel, le Printemps de Bourges débute le vendredi, pour s’achever le mercredi. On évite ainsi le week-end prolongé du 1er mai, aussi risqué d’un point de vue fréquentation que d’un point de vue salarial (les salaires et les cachets des artistes, parce que le jour est férié, auraient dû être doublés ce jour-là…) Toujours pas Crésus si l’on parle finances (on sait que la crise n’a pas épargné cette année les festivals) mais toujours riche si l’on parle musique : cette année encore, la programmation du Printemps témoigne d’un éclectisme évident, à l’image des artistes et de leur timbre sonore qui ont défilé hier, lors de la journée d’ouverture du festival… 

Brigitte, Angus & Julia Stone : fausses siamoises et vrais liens du sang

Premières grandes têtes d’affiche de cette édition 2015, les Brigitte, passés quelques instants après la variété candide et bon-sentiment de Vianney, ce Français de 24 ans dont on avait pu voir le premier album Idées blanches émerger au cours de l’année précédente. Dans la vie, Sylvie Hoarau et Aurélie Saada affirment être difficilement séparables (Sylvie est par exemple la marraine de l’une des filles d’Aurélie). Sur scène, elles sont carrément indissociables, prostrées dans une gestuelle scénique mimétique qui consiste, lorsqu’elles ne sont pas accaparées par leurs instruments respectifs (guitare acoustique et tambourin) à faire de l’une le miroir absolument identique de l’autre. Robes de soirées, cheveux peroxydés, silhouettes pailletées, et refrains onomatopées : Donna (Summer) n’est pas loin (période Moroder à la prod’) et Abba non plus. Et le tout, bien sûr, est interprété dans la langue de Sheila, ritournelles marquées disco seventies qui se permettent quelques explorations dub, soul, et new-wave au sein d’un live qui accumule les petits tubes issus des deux premiers albums (le premier avait déjà été présenté au Printemps lors de sa sortie), de « À Bouche que veux-tu » à « Je veux un Enfant », de « J’sais pas » à « Ma Benz », cette reprise hyper sexuée de NTM dont on est toujours bien heureux d’entendre une version dans laquelle il est possible de distinguer les paroles…Ça minaude sévère, et si la démarche peut parfois paraître peu lisible (discours progressiste pour esthétisme arriériste), le live fait le taf : c’est-à-dire qu’il s’avère absolument kitsch et absolument sexy.

Aux siamoises factices succèdent alors sur la scène W deux véritables frères et sœurs : ce sont Angus & Julia Stone, que les habitués du Printemps de Bourges auront pu voir hier soir pour la troisième fois (parce que cet album éponyme est justement le troisième du groupe), Australiens de passage ces dernières années par la case « albums solo » avant d’avoir entrepris un dernier album qui laisse de côté les petites ballades pop-folk sensibles afin de dériver, et cela est très réussi, vers un rock électrique que l’on tendra presque à confondre parfois avec un shoegazing aux élans psychés. Angus et Julia alternent le chant lorsqu’ils ne le mélangent pas, et si les beaux tubes (« A Heartbreak », « Heart Beats Slow »…) de leur album éponyme gravitent joliment sur un mur d’étoiles constellées (la scéno rappelle certains éléments visuels de la dernière tournée de Girls In Hawaii, justement de passage à Bourges l’an passé), force est de reconnaître que l’espace proposé ici ne permet pas de déceler les mille nuances, les tensions pop et les belles mutations d’un dernier album qui s’impose incontestablement comme le plus riche et le plus courageux de leur discographie.

Kid Wise : habité et frustré

De l’espace géant du W, on passe alors à celui, plus restreint et donc plus charmant, du 22, dans lequel débute tout juste le concert de Kid Wise, ce sextet toulousain dont on a souvent salué la belle qualité d’un premier album sorti il y a quelques semaines et dont les immenses progrès constatés au cours des derniers mois se manifestent aussi dans la programmation, eux qui sont passés du tremplin« jeune talent » des Inouïs à la programmation officielle en une petite année. Comme sur leur premier album L’Innocence, et comme lors de leur dernier live, abouti et vivifiant, donné à la Maroquinerie, les Kid Wise commencent alors par « Ocean » (du coup, les light sont bleues), et enchaînent avec « Forest » ce tube de quasiment 5 minutes (pour Kid Wise, c’est un format « tube »…) qui s’allongent encore un peu plus ici, de la même manière que s’allongera « Funeral » et l’ensemble d’un set (dont le beau « Ceremony », qui emmène Augustin dans la foule) toujours capable de convoquer l’instant pop au sein de la tornade post-rock. Ne pas réciter proprement en live ce que le studio a gravé dans le marbre. C’est tout à leur honneur. Et en même temps, en festival, c’est une erreur. De jeunesse, ou plutôt une erreur d’enfants. Car s’ils l’annoncent comme la clôture de leur set, les Kid Wise n’auront pas le temps de jouer leur grand tube « Hope », qui marque toujours chez eux ce moment de communion superbe entre le groupe et son public. Le temps est écoulé, le Printemps a un planning à respecter. Ça siffle dans le public, c’est l’incompréhension, ça se termine sur un sentiment de frustration générale. Ce soir, le Printemps a puni les Kid Wise comme des parents sévères mais justes auraient puni leurs enfants un peu trop turbulents. Ils en sortiront plus grands.

Frustré par l’absence dommageable de « Hope », le public le sera aussi par le live inaudible de Husbands, racoleur et dispensable, et aussi un peu par celui de Fyfe, dont on ne parviendra pas hier soir à retrouver sur scène, et malgré l’arrivée d’un troisième membre en live (ils étaient encore deux cet hiver au Winter Camp Festival), toute la justesse azimut perçue sur son premier album, mélange intelligent et très blakien (on ne cessera d’évoquer l’influence du jeune producteur londonien sur toute la scène post-dubstep actuelle) d’électro acoustique, de R&B, et de soul. Le chant est juste, les basses renforcées (le sol et les murs tremblent sur « For You »), le tout groove sévèrement, mais gagnerait sans doute en se libérant davantage.

Et puis, parce que l’on se passera des élucubrations technoïdes de Worakls (quelques décibels de trop dans le coin…), on terminera avec le live générationnel de Thylacine, qui fait, comme Kid Wise, de la programmation officielle du Printemps après avoir fait partie de celle des Inouïs l’an passé. Partie intégrante (avec Fakear et Superpoze, eux aussi programmés à Bourges dans les heures à venir) de cette scène intellectro française aussi proche de l’entertainment dancefloor (« Mountains », « Anthem », « Sand ») que de la pseudo anthropologie électro (William Rezé, son truc, c’est de faire intervenir son saxo sur des beats électro asymétriques). Attendu mais efficace, et sans doute une bonne mise en bouche de ce qui nous sera proposé aujourd’hui, puisque la Rock & Beat (plus « Beat & Beat » cette année) aura lieu ce soir à partir de 20 heures.

On retrouve toute la programmation du Printemps de Bourges par ici.

Visuels : (c) Ybouh

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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