Pop / Rock
[Chronique] « Digital Tropics » de Mutiny On The Bounty : se trouver grâce aux autres

[Chronique] « Digital Tropics » de Mutiny On The Bounty : se trouver grâce aux autres

09 octobre 2015 | PAR Bastien Stisi

Avec leur nouvel album Digital Tropics, troisième épisode d’une discographie jusqu’alors particulièrement frustrante, les Luxembourgeois de Mutiny On The Bounty trouvent enfin leur rythme de croisière. Et redistribuent les cartes.

[rating=4]

Taire les humains, pour mieux laisser dialoguer les guitares et les machines. Mettre de côté ce chant frontal et acéré, quasiment digne d’un héritage nu-métal ou post-grunge (clairement, le timbre du chanteur Pzey n’était pas loin de celui de Jacoby Shaddix, le chanteur de Papa Roach), qui venait sur Trials et sur Artifacts, parasiter le propos global par une énergie souvent vaine. Assumer encore plus cette tendance, que l’on imaginait déjà pas mal, à regarder vers le Nord Ouest, là où les New Yorkais de Battles – qui ont eux aussi abandonné le chant sur leur dernier album, pas de hasard – façonnent depuis trois albums les nouvelles règles exigeantes et bizarres d’un math-rock électronique, changeant et longiligne. Parvenir, donc, à livrer un album enfin remarquable en prenant le risque de la modulation massive.

On aurait toutefois tort de résumer l’histoire à un pastiche pas désagréable (voir carrément agréable) des cousins ricains de Battles. Depuis le petit Grand-Duché de Luxembourg, d’où il est heureusement possible de s’échapper, les quatre membres de Mutiny On The Bounty zieutent ainsi sans doute aussi vers les rivages de la Grande-Bretagne, puisque lorsqu’ils ne posent pas leurs yeux sur les alambics complexes du premier album de Foals (le brillant Antidotes), ils les posent sur les guitares plus amples et plus cumulées de Mogwai, dont ils imitent souvent, sans le plagier, le post-rock spacieux et sombrement héroïque.

Surtout, en se réinventant et en tirant le meilleur de ce qu’est parvenu à faire autrui, les Luxembourgeois parviennent, manifestement, à se trouver. Se caler très fort dans les tympans les phénoménaux et excentriques « Dance Automaton Dance », « Ice Ice Island » ou « Stroboscop » permet de s’en convaincre. Et si le miroir le plus révélateur de nous-même était finalement l’autre qui se tient devant nous ?


En concert au MaMA ce vendredi 16 octobre

Mutiny On The Bounty, Digital Tropics, 2015, Deaf Rock Records, 46 min.

Visuel : (c) Kim Keever

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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