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[Interview] Mademoiselle K sur le Hope Sound Festival, contre les violences intrafamiliales : « Il y a une vraie volonté de faire avancer les choses »

[Interview] Mademoiselle K sur le Hope Sound Festival, contre les violences intrafamiliales : « Il y a une vraie volonté de faire avancer les choses »

20 août 2021 | PAR Julia Wahl

L’association Get Hope, qui se bat contre les violences intrafamiliales , organise ce 28 août un festival, le Hope Sound Festival, marrainé par Céline Sallette. Il aura lieu à Fleurieux-sur-l’Arbresle, près de Lyon, et accueillera notamment Mademoiselle K, qui a bien voulu répondre à nos questions.

Pouvez-vous présenter le festival ?

C’est un festival contre les violences intrafamiliales. C’est le premier sur ce thème en France et je trouve que c’est tout à leur honneur [à l’association Get hope, à l’origine du festival].

On entend que c’est un sujet qui vous importe ; qu’est-ce qui vous a intéressée dans le fait de participer à ce festival-là ?

Il n’y a pas beaucoup de festivals comme celui-ci, j’ai donc trouvé cela d’autant plus fort de le faire. Après, le fait que je sois une femme qui fait de la musique, et en plus du rock, j’ai l’impression que c’est déjà un engagement. Lors de mon premier album, ma place me paraissait naturelle, mais avec le temps, je réalise que c’est super d’avoir réussi, en tant que femme, avec mon projet. Je ne peux pas m’empêcher de me dire ça, depuis MeToo, depuis les débats qu’il y a depuis quelques années autour de la place de la femme dans la société, de la place qu’on lui donne, qu’on l’autorise à avoir ou qu’elle s’autorise souvent d’elle-même à avoir. J’entends beaucoup d’amies femmes soulever ces questions autour de la légitimité, que ce soit ou non dans les professions artistiques. Ce qui me plaît beaucoup, c’est qu’elles [l’association Get hope] se bougent vachement. Elles n’ont pas beaucoup de moyens, c’est une petite structure et je sens une énergie vachement forte. Il y a une vraie volonté de faire avancer les choses.

Vous dites que c’est rétrospectivement que vous vous êtes aperçue que cela avait été un défi de réussir dans le rock en tant que femme ; avez-vous le sentiment d’avoir rencontré des difficultés particulières du fait de votre genre ?

Je ne me suis jamais dit cela. Je réalise juste que, lors des Victoires de la musique, j’ai été nommée pour un album, mais, ce qui est surprenant, c’est que j’étais la seule femme nommée dans la catégorie pop-rock, avec d’autres grands artistes comme Gaétan Roussel ou Arthur H. C’est Arthur H qui a eu la Victoire à l’époque. Je ne me suis pas dit : « Je ne l’ai pas eue parce que je suis une femme ». Après, objectivement, ce n’était pas le meilleur album de ma carrière, mais c’était le plus rock de tous les albums présentés et on était dans la catégorie rock : à partir du moment où on parle de catégorie, il me paraît légitime que l’œuvre qui obtienne la victoire corresponde à la catégorie. Or, l’album de Arthur H était un album très peu rock. Après, je me souviens m’être dit à l’époque : « Je ne comprends pas trop mais enfin, passons. » Avec le recul, je suis très fière de la place que j’ai comme artiste femme rock, mais j’ai du mal avec le terme d’artiste féminine rock, parce que c’est ajouter une sous-catégorie. Je ne peux pas m’empêcher de me demander si j’aurais eu le même parcours si j’avais été un artiste homme rock.

Un autre exemple : j’ai fait trois albums dans une maison de disques. Au bout de ces trois albums, j’ai dit à la maison que j’avais un album en anglais et ils ne m’ont pas suivie. Ils m’ont dit que j’allais perdre mon public si je faisais un album en anglais. J’ai quand même fait cet album en anglais, parce que j’étais partie des mois en Angleterre et à New York. J’avais vraiment travaillé cela et c’était un vrai projet artistique. Je ne sais pas si, si j’avais été un homme, on m’aurait lâchée comme cela. Des fois, je vois des artistes hommes de la même catégorie que moi qui sont dans la même maison de disques depuis des années et la maison de disques suit et projette en eux une forme de réussite. Je pense qu’il n’y a pas eu la même conscience avec moi, du fait que je sois une artiste femme et que, de toute façon, dans le rock, on est beaucoup moins nombreuses. J’ai compris après, parce que je suis tombée sur des chiffres.

Il y a trois ans, j’ai participé à une table ronde sur les femmes dans les musiques actuelles et j’ai constaté que ces chiffres correspondaient à ce que je vivais. Ce qui est intéressant, c’est que dans la musique classique, il y avait autant de femmes que d’hommes au conservatoire, même plus, toutes autant diplômées que les hommes [un constat à nuancer toutefois par le fait que les femmes sont massivement à des postes d’enseignement, mais peu programmées (22% au 1er janvier 2021) dans des festivals de musiques classique]. Dès qu’on arrive dans les musiques actuelles, il y a beaucoup moins de femmes bassistes, guitaristes, batteuses [au 1er janvier 2021, il y avait selon le DEPS 14% de femmes programmées en festival de musiques actuelles].  Dans les aides accordées aux femmes et dans les récompenses, on arrive à des chiffres de l’ordre de 1/5. Les projets de femmes sont beaucoup moins aidés (accompagnés et subventionnés) et les femmes sont moins récompensées, pas uniquement aux Victoires de la musique [où la part des femmes primées dans la catégorie « Meilleur album », entre 2010 et 2019, était de 24%], mais également dans les petits tremplins. Je pense qu’il faut vraiment militer pour une égalité sur ce plan. J’interviens beaucoup dans du coaching scénique : j’ai vu beaucoup de jeunes groupes avec des filles qui chantaient et jouaient de la guitare et, très vite, je les ai vues abandonner la guitare parce qu’il y avait deux autres membres [masculins] dans le groupe qui faisaient de la guitare. Ils étaient au même niveau qu’elles mais, simplement, ils avaient confiance. Ça part souvent de là : au départ, les hommes n’ont pas forcément la technique, mais ils se disent : « J’ai envie, j’y vais ».  Je vois régulièrement des femmes qui n’osent pas prendre leur place.

Pour revenir au festival, qui se concentre sur les violences intrafamiliales, pensez-vous que cette question de légitimité se construise dès le noyau familial ?

Oui, complètement. Les femmes se mettent à une place parce que, inconsciemment, elles ont grandi avec un modèle. Tout l’enjeu est de conscientiser les choses. Par exemple, j’ai un petit garçon dans ma vie. Il a quatre ans et, au moment de débarrasser, je me rappelle m’être dit : « Si ça se trouve, si ça avait été une fille, je lui aurais demandé beaucoup plus spontanément de débarrasser. » C’est fou, la force avec laquelle nous sommes imprégnés de la société dans laquelle on grandit. Cela se joue donc au sein de la famille qui, elle-même, fait partie de la société et donc s’imprègne de cette façon de considérer l’autre.

Sur la question des violences subies par les autres minorités, un rapport de SOS Homophobie a relevé une augmentation très importante des violences homosexuelles intrafamiliales lors des confinements…

Je n’étais pas au courant, mais je pense que les confinements et la situation actuelle exacerbent toute forme de violence et, en général, les minorités prennent forcément plus cher. Et les minorités, ce sont les femmes, les enfants, les homos, les migrants… toute personne qui ne rentre pas dans la norme. Du coup, cette augmentation des violences envers les homosexuels ne m’étonne pas du tout, mais je pense que, de toute façon, beaucoup de soucis familiaux sont remontés. Cela se sent très fort et je trouve que cet été est plus tendu que l’été d’avant, où on était juste contents de se retrouver après le premier confinement. Là, cet été, c’est plus difficile, parce que ça fait déjà un an et demi que ça dure et que la situation semble s’installer. On a le sentiment qu’on n’en sortira jamais.

Pour en revenir au festival lui-même, qu’est-ce que vous attendez de cette journée du 28 août ?

Déjà, de faire du bien aux gens, parce que la musique est un partage. C’est ce que j’aime le plus chez elle, ces moments où on chante et les gens se connectent à la chanson. Je n’ai pas vraiment d’autres attentes, parce que je trouve qu’il est important de ne pas trop en avoir avant un concert. Je peux vous dire ce dont j’ai envie et ce que je souhaite faire : être là, être bien avec les gens, donner un maximum. Il y a deux-trois chansons dont je sais que je serais vraiment contente de les donner à ce festival, notamment une chanson qui s’appelle « Crève », parce que ma présence à ce festival s’inscrit dans le cadre d’une tournée qui s’appelle « Ça me vexe », où je rejoue mon premier album. Dans ce premier album, il y a notamment une chanson qui s’appelle « Crève ». Cette chanson m’a beaucoup questionnée au moment où je l’ai écrite. C’est une chanson de rupture traditionnelle et elle parle de toute la détestation qui suit les ruptures un peu douloureuses. J’ai cherché longtemps comment reconvertir l’énergie de cette chanson, parce que, aujourd’hui, je pense que je n’écrirais plus une chanson comme cela. Je l’ai souvent dédicacée aux personnes victimes d’emprise, qui ont subi la tyrannie ou la violence de quelqu’un. Le but ultime est souvent d’arriver à être en paix avec soi-même, mais, auparavant, on a souvent besoin de cette phase où on déteste la personne qui nous a fait du mal. Ça fait partie du processus de guérison. Ce qui m’intéresse, c’est cette phase intermédiaire-là, qui sauve la personne. Quand on a été victime de violence, ce qui est difficile, c’est de se redresser, de ne plus avoir peur. Souvent, la meilleure façon de ne plus avoir peur est de passer par cette étape de colère. C’est une chanson assez radicale, mais je me dis que, si elle peut aider des gens à être bien, c’est une bonne chose.

Vous connaissez les autres artistes programmés ?

Oui, il y a deux groupes qui s’appellent Bandit Bandit et Martin Luminet. Je travaillais avec eux au chantier des Francofolies, qui est une structure créée par le festival des Francos, dont le but est d’accompagner des artistes en développement. J’ai travaillé avec Bandit Bandit et Martin sur leur projet et ça me fait plaisir de partager cette scène avec eux. On va peut-être d’ailleurs chanter un ou deux titres ensemble. Ce sont de super groupes. Martin Luminet est quelqu’un qui a beaucoup de choses à raconter sur notre société, qui écrit de manière très juste. Bandit Bandit et Martin Luminet sont d’aussi bons humains qu’artistes.

Avez-vous deux ou trois choses à nous présenter sur votre actualité ?

Oui, je suis en train d’enregistrer mon sixième album, qui sortira a priori l’été prochain.

Vous pouvez nous présenter cet album en deux mots ?

Non [rires], je ne sais pas trop faire ce genre de choses. Forcément, il sera riche de ce qu’on a vécu ces derniers temps. Ce que je peux en dire aussi, c’est qu’il y aura des titres un peu folk, ce qui est vraiment nouveau dans ma vie.

Mademoiselle K partagera l’affiche avec Baron.e et Cavale en plus de Martin Luminet et Bandit Bandit. Le site web du festival donne toutes les informations à connaitre pour y accéder.

Visuel : @asterios

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Julia Wahl
Professeure de lettres durant dix ans, chargée de production de diverses compagnies de danse ou de théâtre, chargée d'action culturelle et des relations publiques... Tout ce qui a trait à la promotion de la culture et au développement de ses publics me passionne. Parce que l'on ne peut voir un spectacle sans vouloir transmettre ses émotions, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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